Avec plus de 1,3 million de voyageurs en 2024, la liaison TGV Paris-Grenoble affiche pourtant un déficit économique qui inquiète les associations d’usagers. Deux trajets directs ont déjà été supprimés en semaine. Si la SNCF promet un retour à la normale en décembre, la hausse des coûts ferroviaires fait planer une menace durable sur cette desserte.
La liaison ferroviaire entre Paris et Grenoble traverse une période d’incertitude. Comme le rapporte actu.fr, la SNCF a reconnu la suppression de deux trajets directs en semaine. L’entreprise explique ces ajustements par une disponibilité insuffisante de ses rames et des contraintes de maintenance. Elle annonce un rétablissement du service à partir du 14 décembre 2026, à la faveur de l’arrivée de nouveaux trains. Aucune fermeture définitive de la liaison n’a été annoncée.
Dans une alerte publiée le 28 septembre, la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (FNAUT) décrit une desserte économiquement fragile, malgré une fréquentation importante. L’association rappelle que la SNCF a progressivement réduit certaines fréquences et systématisé les arrêts à Lyon-Saint-Exupéry pour améliorer le remplissage de ses trains.
Les données issues du rapport Bussereau, remis au gouvernement en juillet 2026 et reprises par la fédération, confirment cette fragilité. La liaison aurait transporté plus de 1,3 million de voyageurs en 2024, générant environ 169 millions d’euros de recettes. Mais les péages ferroviaires, versés pour utiliser le réseau, auraient représenté 80 millions d’euros, soit près de 47 % de ce montant. À ces dépenses s’ajoutent notamment les coûts du matériel roulant, du personnel et de l’exploitation.
La FNAUT souligne également que le trajet s’effectue pour environ un tiers de sa durée sur des lignes classiques, ce qui complique son équilibre économique. La hausse programmée des péages et l’ouverture du marché ferroviaire à la concurrence pourraient encore accentuer cette pression financière. Par ailleurs, Grenoble ne bénéficie pas des réductions de péages accordées à certaines dessertes considérées comme essentielles à l’aménagement du territoire. Les critères actuels reposent notamment sur la population, le revenu médian et l’attractivité touristique des territoires desservis. La fédération demande leur révision et souhaite des mesures anticipées pour préserver les fréquences.
Le problème dépasse d’ailleurs le seul cas grenoblois. Dans un communiqué du 25 juillet, le ministère chargé des Transports rappelle que la France compte 180 dessertes domestiques régulièrement assurées par TGV. La mission conduite par Dominique Bussereau propose plusieurs solutions pour protéger les liaisons fragiles, notamment une modulation des péages, un mécanisme de solidarité financière ou des conventions avec les collectivités territoriales.
Le gouvernement privilégie pour l’instant des gains de performance et des dispositifs incitatifs. Une réflexion plus large sur le financement de ces dessertes est renvoyée aux années 2030.