Everllence à Saint-nazaire : Encore un fleuron du nucléaire qui file vers les États-Unis ?


Six vols de hafnium en sept ans chez Framatome, des turbines Arabelle cédées à General Electric puis péniblement rapatriées par EDF près de dix ans plus tard, sans que l’on sache pour autant si tous les brevets ont suivi, et voici qu’un nouveau maillon du nucléaire français s’apprête à changer de mains. Volkswagen veut céder 51 % d’Everllence, l’ancien MAN Energy Solutions, au fonds d’investissement américain Bain Capital, qui gère quelque 225 milliards de dollars d’actifs.

Sous la marque historique Pielstick, l’usine de Saint-Nazaire fabrique depuis cinquante ans les moteurs des groupes de secours chargés d’alimenter le refroidissement des réacteurs nucléaires en cas de coupure électrique. Ces moteurs « sont voués à ne jamais démarrer », expliquait au printemps un responsable de l’entreprise à L’Usine Nouvelle, ce qui en dit long sur leur rôle de dernier rempart en cas d’incident. Le site produit également les moteurs auxiliaires des sous-marins nucléaires français, et ses 600 salariés visent une croissance de 40 % de l’activité d’ici 2028, portée par le nucléaire et les centres de données. 

Le communiqué d’Everllence promet le maintien des sites allemands et l’absence de licenciements, une garantie dont Saint-Nazaire ne bénéficie pas, ce qui inquiète les élus locaux. Ces derniers redoutent qu’un fonds en quête de rentabilité rapide ne s’accommode mal d’équipements conçus pour fonctionner plusieurs décennies au cœur des centrales et de la dissuasion.

La transaction devrait aboutir d’ici la fin de l’année, sous réserve des autorisations réglementaires, au premier rang desquelles le contrôle des investissements étrangers exercé par Bercy sur les activités jugées sensibles. L’État dispose donc d’un levier pour imposer des conditions, voire bloquer l’opération comme il l’a déjà fait pour d’autres entreprises de défense, reste à savoir s’il voudra s’en servir cette fois. L’affaire Arabelle a montré combien il coûte de racheter ce que l’on a laissé partir, et Saint-Nazaire pourrait offrir à l’exécutif l’occasion de ne pas répéter la même erreur.





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