Sauver une vie plutôt que débattre du genre ou traquer les fake news : l’appel des médecins face aux priorités de l’Éducation nationale


Plus de six cents médecins et paramédicaux ont pris la plume dans Le Monde, le 23 octobre, pour réclamer que l’apprentissage des gestes qui sauvent devienne enfin systématique au collège et au lycée. Ils proposent de confier cette formation aux professeurs d’éducation physique et aux infirmiers scolaires, plutôt que de la laisser au bon vouloir de chaque établissement. Un appel alors que la France est l’un des plus mauvais élèves européens du secourisme, et ce malgré les objectifs affichés depuis plus de vingt ans par les gouvernements successifs.

Chaque année, entre 40 000 et 50 000 personnes sont victimes d’un arrêt cardiaque en France, le plus souvent à domicile et sous les yeux d’un proche qui sait rarement quoi faire. Selon un rapport parlementaire, le taux de survie plafonne autour de 7 % dans l’Hexagone, quand il atteint 20 à 30 % dans les pays d’Europe du Nord, où la population est massivement formée. Chaque minute perdue sans massage cardiaque fait chuter de 10 % les chances de survie, alors que seuls quatre Français sur dix ont reçu une formation aux premiers secours.

Le plus étonnant tient au fait que l’obligation existe déjà, puisque deux lois votées en 2004 imposent un apprentissage des premiers gestes de secours aux élèves de collège et de lycée. Six ans plus tard, moins d’un élève de troisième sur cinq avait pourtant obtenu son certificat de prévention et secours civiques, et à peine trois sur dix en 2015, d’après les chiffres transmis au Parlement. Les rapports se sont succédé depuis, de l’Académie nationale de médecine aux commissions de l’Assemblée, et tous jugent la France très en retard sur ses voisins.

L’école n’a pourtant jamais manqué d’ambition quant au remplissage de ses emplois du temps, façon « éducation à la vie affective et relationnelle », dont le contenu divise de nombreux parents. De nombreuses associations et politiques critiquent même ce rôle que l’Éducation nationale s’est octroyé, à coup de dessins de cunni ou de branlette, le tout présenté à des enfants de primaires. 

Quant aux modules de 20h dispensés au collège, consacrés à l’esprit critique et aux fausses informations, où l’on martèle via les professeurs de français « gare aux fakenews » sur la santé et le covid, n’en parlons pas ! Comme si ces derniers avaient un semblant de compétence pour parler science et médecine… Ils ont pourtant toute autorité pour laver le cerveau de nos enfants. 

Le respect de la vie peut passer par de beaux discours en classe, mais il n’en demeure pas moins que commencer par l’apprentissage de la capacité à intervenir lorsqu’une personne s’effondre dans la rue, à la sortie d’un stade ou à la maison est un objectif d’une toute autre valeur. 

L’État s’était fixé l’objectif de former 80 % de la population d’ici 2027, un horizon déjà hors d’atteinte, du fait que l’école, seul lieu où passe une génération entière, n’en fait pas une véritable priorité. 





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