28 février 2025 à 09h26
Mis à jour le 1er mars 2025 à 09h31
Durée de lecture : 3 minutes
Cette tribune a été signée par plus de 200 personnes, retrouvez ici la liste complète des signataires.
Messieurs Wauquiez et Pannekoucke,
Nous, agricultrices et agriculteurs de la région Auvergne Rhône-Alpes, tenons à vous exprimer notre colère et notre plus vive préoccupation suite à la réception de votre courrier [du 20 février]. Avant toute chose, nous tenons à vous faire savoir que nous ne nous reconnaissons aucunement dans le portrait que vous dressez des agriculteursices (nous en sommes pourtant bel et bien) et qu’à aucun moment nous ne vous autorisons à tenir ce discours réducteur et clivant en notre nom. Vous semblez prendre pour acquis que les agriculteursices forment un groupe homogène, uniformément positionné contre l’Office français de la biodiversité (OFB). C’est pourtant loin d’être le cas.
L’OFB est un organisme d’État émanant de deux ministères et dédié à la sauvegarde de la biodiversité. Comme indiqué sur le site du ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, ses missions sont multiples : développement des connaissances, police de l’environnement et police sanitaire, appui aux politiques publiques de protection de l’eau, gestion des espaces naturels, formation des professionnels et mobilisation citoyenne. Le contrôle du respect des règles environnementales est donc bien une de ses missions et est expressément désigné par le terme de « police », comme pour les autres instances garantes du respect des lois régissant la vie en société.
Personne ne remet en question la légitimité des forces de l’ordre (police et gendarmerie) pour effectuer le contrôle du respect de ces lois. Pourquoi serait-ce différent en matière d’environnement ? On supprimerait l’OFB parce qu’il empêcherait les agriculteursices, c’est-à-dire nous, de travailler et vivre dignement ? Serait-on au-dessus des lois quand on est agriculteursices pour que l’on puisse supprimer les lois et les contrôles que l’on trouve gênants ? À travers votre discours, vous avez l’air de penser que notre préoccupation première est la peur de se faire contrôler par l’OFB.
« Un positionnement populiste auquel nous refusons d’être associés »
Nous tenons à vous assurer que nous avons actuellement d’autres préoccupations bien plus importantes et urgentes, à savoir comment parvenir à générer, grâce à notre activité, dont vous dites très justement qu’elle « nourrit » le pays, un revenu suffisant pour vivre nous-mêmes. C’est cette priorité-là que nous vous demandons de faire votre cheval de bataille. Et nous pensons pouvoir affirmer que cette priorité-là est partagée par l’ensemble des agriculteursices. C’est à cela que nous vous demandons d’utiliser les fonds publics plutôt qu’à nous proposer une aide juridique en cas de litige avec l’OFB.
Vous nous encouragez également à vous faire remonter « toutes les situations ubuesques que vous rencontrez ». Nous vous informons donc que, à ce jour, la situation la plus ubuesque que nous ayons rencontrée est la réception de ce courrier. Pour terminer, nous souhaitons vous faire part du fait que votre initiative nous préoccupe bien au-delà de la question des normes environnementales. Que, comme représentants de l’État, vous appeliez les citoyens que nous sommes à nous mobiliser contre un organisme d’État nous interroge grandement quant à votre conception de la politique et de la gouvernance.
Donner à croire que les agriculteursices forment un groupe uniforme, utiliser les difficultés auxquelles ils et elles font face et les émotions que celles-ci génèrent pour les opposer à d’autres segments de la société ou de l’État, tout en prétendant être les seuls à pouvoir nous aider, relève d’un positionnement populiste auquel nous refusons d’être associés. Par cette lettre, nous souhaitons réaffirmer la pluralité de la société, tout comme de ses agriculteur.ices, et notre attachement à la démocratie, pluraliste par essence. Nous assurons également l’OFB de notre soutien.
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