Le plus gros maraîcher du Grand Est contraint de cesser sa production face à la grande distribution


Claude Keller, patron d’ID3A, l’un des plus grands maraîchers du Grand Est, met fin à son activité après avoir été étranglé par la grande distribution. L’impossibilité d’augmenter ses prix et les hausses de charges l’ont poussé à cesser sa production. À Balgau (Haut-Rhin), son entreprise de 220 hectares se transforme en un champ de ruines. Pourquoi l’agriculture, pilier de notre alimentation, n’est-elle pas protégée des dérives économiques du marché ?

La décision est tombée comme un couperet. Claude Keller, âgé de 59 ans, abandonne un rêve de famille qu’il avait bâti avec son père et qu’il espérait léguer à son fils. Mais la réalité est implacable : « C’est un cadeau empoisonné », dit-il à l’AFP. Un fardeau qui devient trop lourd à porter quand les marges de manœuvre sont nulles face à des grandes surfaces qui imposent leurs conditions. En 2024, ID3A a produit plus de quatre millions de salades et des centaines de tonnes d’autres légumes destinés aux supermarchés français. Pourtant, dans les champs de Balgau, il ne reste plus rien. Les machines partent à l’étranger, les terres seront converties en culture céréalière. La fin d’une époque pour ce géant de l’agriculture, autrefois fleuron de la région.

Le cœur du problème réside dans la bataille économique qui oppose les producteurs aux grandes surfaces. Claude Keller le résume ainsi : « Personne n’a le droit de vendre à perte, sauf nous. » Un prix de vente souvent bien inférieur au coût de production, comme ces salades vendues à 50 centimes alors qu’elles coûtaient 75 centimes à produire. Face à ce rapport de force inégal, les producteurs, petits et grands, sont acculés. À force de concessions, c’est la rentabilité qui part en fumée, tout comme les espoirs de nombreux agriculteurs.

Mais la grande distribution n’est pas seule en cause. Le manque d’organisation au sein même du secteur agricole empêche de contrer cette pression. L’interprofession, qui aurait pu offrir une défense commune, est inexistante. Et si les lois comme Egalim ont été mises en place pour mieux rémunérer les agriculteurs, elles n’ont pas changé la donne. « C’est le consommateur qui décide s’il achète nos produits », constate amèrement Keller. Un consommateur dont le pouvoir d’achat est brinqueballant ; une arme à double tranchant pour les producteurs locaux.

L’histoire de Claude Keller n’est que l’illustration d’une crise plus large qui frappe le secteur agricole français. Si des solutions ne sont pas rapidement trouvées, le modèle agricole traditionnel, qui alimente encore une grande partie de la population, risque de tirer définitivement sa révérence. Les politiques de soutien à l’agriculture doivent rapidement être réévaluées pour que la prochaine génération d’agriculteurs ne se retrouve pas à fermer les portes de ses exploitations.





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