Bruxelles répète bien son intention de se passer entièrement et définitivement du gaz russe à l’horizon 2027, mais en attendant, le pipeline TurkStream tourne à plein régime. Selon Reuters, la livraison quotidienne moyenne vers l’Europe en mai a augmenté de 10,3 % par rapport au mois d’avril. La quantité les cinq premiers mois de l’année a atteint 7,2 milliards de mètres cubes contre 6,6 milliards.
Début mai, l’UE a annoncé sa décision de mettre fin à l’exploitation du gaz russe, y compris le GNL, et ce, d’ici 2027. « La dépendance à l’égard de la Russie n’est pas seulement néfaste pour notre sécurité, mais aussi pour notre économie. Nos prix énergétiques ne peuvent pas être dictés par un voisin hostile », a déclaré la présidente de la CE, Ursula von der Leyen, aux membres du Parlement européen à Strasbourg.
TurkStream prend le relais
Les 27 États membres de l’UE ont ainsi moins de deux ans pour mettre fin à l’achat et la consommation de l’énergie russe, dont les cargaisons, notamment celles de gaz naturel liquéfié (GNL). Ursula Von der Leyen a expliqué que cet arrêt se fera progressivement avec une interdiction des contrats à court terme d’ic la fin de l’année en cours, puis les contrats à long terme, seront résiliés d’ici la fin de 2027. À cela s’ajouteront d’autres restrictions visant à lutter contre la flotte clandestine qui transporte secrètement le pétrole russe.
Le 1ᵉʳ janvier dernier, Kiev mettait déjà fin au transit du gaz russe par son territoire sous les applaudissements de l’UE et les critiques de certains États membres comme la Slovaquie et la Hongrie. Depuis le sabotage de Nord Stream en septembre 2022 en mer Baltique, la Russie transmettait son gaz vers le Vieux continent par deux routes. Le premier itinéraire traversait justement l’Ukraine, et le second, TurkStream et son prolongement BalkanStream, lui passait sous la mer Noire, vers la Bulgarie, la Serbie et la Hongrie.
Lancé en 2020, TurkStream peut transporter environ 31,5 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an. Le gaz est acheminé vers la Turquie, puis distribué vers les pays européens.
Lundi, Reuteurs annonçait que Gazprom, géant russe de l’énergie, avait vu ses livraisons quotidiennes moyennes de gaz naturel vers l’Europe via ce gazoduc augmenter de 10,3 % en mai par rapport à avril. En se basant sur les données du groupe européen de transport de gaz Entsog, l’agence de presse britannique souligne que les exportations russes de gaz via TurkStream sont passées à 46,0 millions de mètres cubes (mcm) par jour en mai, contre 41,7 mcm par jour en avril.
Malgré une baisse par rapport aux 47,2 mcm enregistrés en mai 2024, les livraisons de gaz russe à l’Europe via TurkStream, poursuit Reuters, ont atteint environ 7,2 milliards de mètres cubes (bcm) sur les cinq premiers mois de l’année, contre 6,6 bcm sur la même période un an plus tôt.
Des livraisons vers l’Europe en hausse
L’agence de presse russe TASS a également communiqué sur ces livraisons. Mais les périodes et les chiffres diffèrent. Entre janvier et avril 2025, affirme-t-on, Moscou a augmenté ses livraisons de gaz par le même gazoduc de 16,4 % entre janvier et avril 2025, atteignant 8,8 milliards de mètres cubes. TASS affirme s’être basée sur les données d’Eurostat, qui “coïncident presque entièrement avec les statistiques de l’Autorité de régulation du marché de l’énergie de Turquie”. Au total, ce pays a ainsi importé au total 1,82 milliard de mètres cubes de gaz depuis la Russie en avril.
“Fin 2024, la Russie avait augmenté ses livraisons de gaz par gazoduc vers la Turquie de 2,6 %, pour dépasser légèrement les 21 milliards de mètres cubes. Les livraisons totales de gaz russe vers la Turquie, GNL compris, ont dépassé les 21,5 milliards de mètres cubes”, explique-t-on.
Bruxelles clame haut et fort sa volonté de tourner la page du gaz russe d’ici 2027, mais la réalité semble la rattraper avec cette source d’énergie qui continue d’alimenter discrètement l’Europe via TurkStream et le GNL. Cette rupture annoncée, loin de renforcer l’unité européenne, expose au contraire les fractures entre États membres, certains – comme la Hongrie ou la Bulgarie – préférant défendre leur sécurité énergétique plutôt que de suivre à la lettre les injonctions suicidaires de Bruxelles.