Arrêté fin septembre à Varsovie, Volodymyr Z, un suspect ukrainien visé par un mandat d’arrêt européen émis par Berlin, restera encore en détention en Pologne pendant un mois selon un tribunal local, afin de statuer sur la demande allemande de son extradition. Mais le Premier ministre Donald Tusk, qui affirme que son gouvernement ne s’opposera pas à une décision de justice, exprime tout de même sa réticence. L’extradition de Volodymyr Z “n’est pas dans l’intérêt” de son pays.
Fin septembre 2022, quatre explosions sous-marines détruisent gravement les gazoducs Nord Stream 1 et 2 en mer Baltique. Les relevés sismiques danois et suédois confirment rapidement que la nature des explosions est bien artificielle et volontaire, menant à la qualification immédiate d’acte de sabotage par les gouvernements concernés.
À la suite de ces explosions, plusieurs capitales européennes réagissent promptement en condamnant l’incident, et lançent des enquêtes nationales. L’Allemagne, la Suède et le Danemark ouvrent chacun des investigations distinctes. Les réactions diplomatiques qui s’ensuivent sont marquées par des accusations mutuelles. La Russie pointe la responsabilité occidentale tandis que plusieurs gouvernements occidentaux suspectent une opération russe, voire imputent l’acte à un commando ukrainien.
Le principal suspect reste détenu en Pologne
En janvier et février 2024, la Suède et le Danemark annoncent tour à tour la clôture de leurs enquêtes, invoquant l’absence de preuves formelles pour désigner un auteur ou engager des poursuites judiciaires. Seule l’Allemagne décide de poursuivre ses investigations. Malgré la pression internationale pour faire la lumière sur ce sabotage.
L’enquête menée par les autorités allemandes aurait permis d’identifier une cellule composée de plusieurs personnes originaires d’Ukraine. Après plusieurs mois, un suspect ukrainien, Volodymyr Z., a été interpellé par les autorités polonaises le 30 septembre 2025 dans la banlieue de Varsovie, en exécution d’un mandat d’arrêt européen émis par l’Allemagne. L’homme, moniteur de plongée de formation, est soupçonné d’avoir participé au sabotage du gazoduc Nord Stream.
Volodymyr Z avait trouvé refuge temporairement en Ukraine avant d’être de nouveau localisé en Pologne fin septembre 2025. Selon les procureurs, il risque jusqu’à 15 ans de prison pour sabotage constitutionnel et destruction d’infrastructures stratégiques.
Son arrestation intervient après celle, en août 2025, d’un autre suspect ukrainien, Serhii K., en Italie. Ce dernier, pressenti comme coordinateur logistique du commando, avait également fait l’objet d’un mandat d’arrêt européen émis par la justice allemande. Interpellé dans la province de Rimini, il devrait être transféré en Allemagne pour y être jugé.
Ciblé par un mandat d’arrêt émis par Berlin, Volodymyr Z doit ainsi être extradé vers l’Allemagne. Sauf que le Premier ministre polonais Donald Tusk ne voit pas cette éventuelle extradition d’un bon œil.
Lundi dernier, un tribunal a statué, et le suspect ukrainien doit encore rester en détention pendant 40 jours, durant l’évaluation de la demande allemande de son extradition. Et même si Donald Tusk a rappelé que c’était à la cour de décider si Volodymyr Z. devait être remis à l’Allemagne, il a affirmé qu’une telle décision ne serait pas dans l’intérêt de sa Pologne.
Varsovie toujours aussi hostile à Nord Stream
“Le problème de l’Europe, le problème de l’Ukraine, le problème de la Lituanie et de la Pologne n’est pas que Nord Stream 2 ait été détruit, mais qu’il ait été construit”, a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse. Le Premier ministre polonais a de tout temps exprimé son opposition à ces pipelines, bien avant la guerre en Ukraine, estimant qu’ils rendaient l’Europe trop dépendante de l’énergie russe. “Ce n’est certainement pas dans l’intérêt de la Pologne… de remettre ce citoyen à un pays étranger”, a-t-il ajouté.
Excès de zèle ? Instrumentalisation de l’affaire ? En s’opposant à une extradition, Donald Tusk, qui justifie sa position par la dépendance de pays de l’Europe centrale au gaz russe via Nord Stream au moment où l’UE lance pourtant son plan RePower, marginalise volontairement la dimension juridique de l’affaire au profit d’une dénonciation politique. Le Premier ministre polonais, un fervent soutien de Kiev depuis le début de la guerre en février 2022, semble prêt à s’opposer à toute procédure légale qui reviendrait à criminaliser l’action présumée du commando ukrainien pour la légitimité de la résistance aussi bien ukrainienne que régionale contre Moscou.
En outre, maintenir le suspect sur le sol polonais permet à la Pologne d’éviter de se positionner explicitement dans une enquête où plusieurs récits s’affrontent, entre les hypothèses russes, américaines et pro-ukrainiennes. De telles révélations, si elles étaient toutefois possibles en Allemagne, pourraient alors causer du tort aux relations entretenues avec ses alliés.
Volodymyr Z. a nié tout acte répréhensible et entend combattre son extradition vers l’Allemagne, selon son avocat polonais.