Emmanuel Macron veut interdire les réseaux sociaux aux moins de 15-16 ans dès 2026. Brandissant à tout-va le cas australien, qui fait pourtant polémique en Australie et pas que, le président français estime que la question “fait consensus”. Lors d’un débat à Saint-Malo, il a évoqué la possibilité d’appliquer la même mesure faite aux sites pornographiques pour la vérification d’âge.
La loi australienne interdisant les réseaux sociaux aux moins de 16 ans, l’Online Safety Amendment Act 2024, qui a modifié la mouture originale de 2021 pour imposer un âge minimum légal de 16 ans pour la création de comptes sur les réseaux sociaux, est entré en vigueur cette semaine. Adopté fin novembre 2024, le texte fait peser sur les plateformes l’obligation de prendre des mesures de vérification d’âge, sous peine d’amendes pouvant atteindre près de 50 millions de dollars australiens en cas de manquements répétés. Canberra a sans cesse justifié cette restriction par la volonté de protéger les mineurs contre les “algorithmes prédateurs”, le cyberharcèlement et l’exposition à des contenus violents ou sexuels.
Technique fragile et polémique en Australie
Malgré leurs critiques et leurs réticences, les plateformes se sont conformées au texte, en adaptant leurs systèmes de contrôle d’âge et de gestion de comptes. Certaines, comme YouTube, ont expliqué qu’elles s’appuieraient sur l’âge déclaré dans les comptes Google tandis que Meta ou TikTok ont détaillé la possibilité pour les adolescents de télécharger leurs données, de suspendre leurs comptes jusqu’à leurs 16 ans ou de les effacer.
Depuis l’entrée en vigueur du texte, la polémique enfle. Les géants de la tech et des défenseurs des libertés numériques regrettent respectivement un dispositif fragile techniquement et dangereux pour la vie privée, si des procédés jugés “intrusifs” comme la reconnaissance faciale ou la vérification via pièces d’identité se généralisent.
En outre, des parents et des jeunes dénoncent des inégalités car certains continuent à accéder aux plateformes via des contournements ou des âges falsifiés, d’autres se retrouvant isolés de leurs réseaux amicaux parce que leur compte a été effectivement supprimé ou suspendu.
Des organisations comme le Digital Freedom Project ont saisi la Haute Cour australienne en arguant que la loi porte une atteinte “injuste” à la liberté d’expression politique des 14‑15 ans, désormais privés d’accès à ce qui est décrit comme une nouvelle “place publique” numérique. Le gouvernement australien, qui s’était déjà distingué pendant la pandémie de COVID par ses restrictions des libertés individuelles, ne flanche pas et assure ne pas se laisser “intimider”.
Pourtant, la démarche de Canberra, qui subit à bien des égards des critiques en matière des libertés, séduit des dirigeants européens, Emmanuel Macron à leur tête. En juin 2025, le président français a ouvertement mis sur la table l’idée d’interdire l’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. Il a estimé lors d’un entretien sur France 2 que Paris devait “bannir les réseaux sociaux pour les enfants de moins de 15 ans” dans les mois à venir si aucune régulation n’était décidée à l’échelle européenne.
Cette déclaration intervient dans un contexte tendu après le meurtre au couteau d’un membre du personnel d’un collège à Nogent par un élève de 14 ans. Des gestes de violence qui rappellent d’ailleurs les manifestations de l’été 2023 et que le gouvernement français impute aux contenus des réseaux sociaux.
Macron fan du modèle de Canberra
La France “n’attendrait” pas si l’Union européenne tardait à adopter un cadre commun sur l’âge d’accès aux réseaux sociaux, avait-il affirmé, appelant les plateformes à vérifier l’âge, quitte à utiliser des outils intrusifs.
Mercredi, Emmanuel Macron a de nouveau évoqué son projet lors d’un débat à Saint-Malo. Il y a confirmé sa volonté “d’imposer à tous les réseaux sociaux la vérification de l’âge” des utilisateurs et de les interdire en dessous de “15 ou 16 ans”, en renvoyant à un projet de loi qui doit être déposé début 2026 et en soulignant que “le consensus est en train de se forger”, en citant… l’exemple australien. Le président a dit s’appuyer sur les travaux d’une commission de dix experts chargés en 2024 d’évaluer l’impact des écrans sur les jeunes et explique que “plus on augmente le temps d’écran, plus les performances éducatives chutent (…), plus on augmente le temps d’écran, plus les problèmes de santé mentale augmentent”.
Pour défendre sa position, il multiplie les analogies. “On a interdit l’alcool aux mineurs dans notre pays il y a des décennies “, dit‑il, en estimant qu’aujourd’hui “tout le monde a compris que ce n’était pas bon” et qu’il faut désormais envoyer “à toutes les familles et tous les jeunes un message qu’avant 15‑16 ans, les réseaux sociaux, ce n’est pas bon”. Il compare aussi l’obligation faite aux plateformes à celle imposée aux sites pornographiques : la vérification d’âge “fonctionne, cette technique, on peut l’utiliser pour les réseaux sociaux”, plaide‑t‑il.
Des arguments qui omettent de rappeler qu’à la différence des sites pornographiques, les réseaux sociaux sont également une “place publique numérique” où les internautes s’expriment sur des questions d’actualité, de politique ou autres.