En Cisjordanie, le vin au service de la colonisation, par Meriem Laribi & Marta Vidal (Le Monde diplomatique, février 2026)


Accaparement, expulsions et « winewashing »

Dans les territoires occupés de Cisjordanie, la vigne s’étend de plus en plus. Produits sur des terres confisquées aux Palestiniens, avec un soutien sans faille de Tel-Aviv, les vins israéliens prospèrent et s’exportent. Il suffit de quelques dissimulations pour faire oublier leur origine et les écouler sur le marché européen.

JPEG - 34.7 kio

Mosab Shawer. – M. Nabil Al-Nawajaan tient une grappe de ses vignes détruites par des colons à Susya, au sud d’Hébron, 2025

© Mosab Shawer

Les rangées de vignes fraîchement plantées longent les collines ondulantes du paysage aride. Tout près, on tombe sur un vélo d’enfant abandonné, une vieille valise et une botte poussiéreuse : les vestiges d’une communauté palestinienne récemment expulsée par les colons israéliens. Un vieil homme, M. Issa Abou Al-Qabach, connu sous le nom d’Abou Safi, raconte comment ces derniers l’ont chassé de sa maison à Khirbet Ar-Rathim. « Ils n’ont cessé de nous menacer, chaque nuit, chaque jour, chaque heure, ils nous ont humiliés… Cinq d’entre eux m’ont frappé avec leurs M16, juste entre les yeux. Ils m’ont dit : “Tu mourras si tu ne pars pas, tu as cinq jours pour partir.” »

Les collines au sud de la ville d’Hébron figurent parmi les régions où la viticulture progresse le plus rapidement. À mesure que les attaques s’intensifient, les terres palestiniennes sont vidées, saisies puis intégrées aux colonies, ouvrant la voie à l’annexion de la Cisjordanie par Israël. « Mon grand-père avait acheté cette terre à une autre tribu à l’époque ottomane. Elle a été transmise à mon père, puis à nous… Nous vivions de ses récoltes, de ses bénédictions », ajoute Abou Safi. Mais, aujourd’hui, « tout a disparu… Nous sommes ruinés, dispersés… Ils nous ont déracinés ». Abou Safi est décédé quelques mois après cet entretien. Son cas illustre la situation délétère de la Dheffa, la « rive » ouest du Jourdain. Khirbet Ar-Rathim fait ainsi partie des soixante-dix communautés palestiniennes déplacées de force depuis octobre 2023. Au cours des deux dernières années, plus de mille Palestiniens ont été tués, et des milliers d’autres blessés, dans des attaques menées par l’armée israélienne ou par des colons.

Le gouvernement investit massivement

La plantation de vignes offre des perspectives économiques aux colons, tout en empêchant les Palestiniens de revenir sur leurs terres. Deux entreprises viticoles installées dans la région d’Hébron écoulent (…)

Taille de l’article complet : 4 284 mots.

Cet article est réservé aux abonnés

Lycées, bibliothèques, administrations, entreprises,
accédez à la base de données en ligne de tous les articles du Monde diplomatique de 1954 à nos jours.
Retrouvez cette offre spécifique.

Meriem Laribi &

Marta Vidal

Journalistes. Cette enquête a bénéficié du soutien d’Investigative Journalism for Europe (IJ4EU) ainsi que des contributions d’Omri Eran-Vardi et du collectif AIN.



Source link

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *