Dans un contexte de tensions croissantes autour de la liberté d’expression en ligne, l’État du Wyoming fait figure de pionnier en introduisant le Guaranteeing Rights Against Novel International Tyranny and Extortion (GRANITE) Act, une loi inédite visant à protéger les citoyens et entreprises américains contre les tentatives de censure venues de l’étranger. Inspirée par des cas récents comme les sanctions européennes imposées à la plateforme X (120 millions d’euros pour museler X), cette mesure pourrait offrir un havre de paix aux créateurs de contenu confrontés aux régimes répressifs comme le Digital Services Act (DSA) de l’Union européenne.
Une réponse audacieuse à la censure transnationale
Introduit le 30 janvier 2026 par le représentant républicain Daniel Singh à la législature de Cheyenne, le GRANITE Act (House Bill 0070) crée un droit d’action privé contre les gouvernements étrangers ou organisations internationales qui tentent d’imposer des restrictions sur des discours protégés par le Premier Amendement de la Constitution américaine. Selon les dispositions clés de la loi, toute personne ou entreprise ayant un lien avec le Wyoming – comme une résidence, un siège social ou des serveurs hébergés dans l’État – peut poursuivre en justice ces entités pour des violations, avec des dommages minimaux fixés à 1 million de dollars par infraction, ou 10 % des revenus américains de l’entité concernée, le montant le plus élevé prévalant.

La loi interdit également aux tribunaux et agences du Wyoming de reconnaître ou d’appliquer des jugements étrangers liés à la censure, et elle empêche toute coopération étatique avec des demandes d’extradition ou de données relatives à des expressions légitimes. « Les gouvernements étrangers ont décidé qu’ils pouvaient menacer les citoyens et entreprises américains pour des discours protégés par notre Constitution », a déclaré Daniel Singh. « Le Wyoming trace une ligne dans le sable. Si vous êtes dans le Wyoming, vous parlez librement. Point final. »
Cette initiative, rédigée avec l’aide de l’avocat Preston Byrne – qui représente des plateformes comme 4chan et Kiwi Farms face à des régulateurs britanniques – s’inspire directement d’un article de Byrne publié un mois plus tôt. Elle répond à des exemples concrets de censure extraterritoriale, tels que les menaces de l’Office of Communications (Ofcom) au Royaume-Uni, l’interdiction de X au Brésil par la Cour suprême, ou les efforts de l’Union européenne via le DSA.

Preston Byrne a souligné l’impact potentiel : « Si l’Australie tentait d’appliquer son interdiction des médias sociaux contre une entreprise avec un lien suffisant au Wyoming, le bouclier du GRANITE Act protégerait cette entreprise, et cela l’exposerait à un procès avec des dommages minimaux de 1 million de dollars. »
Les liens avec les sanctions européennes contre X
Cette loi arrive à point nommé, alors que l’Union européenne intensifie ses pressions sur les plateformes américaines. En décembre 2025, la Commission européenne a infligé une amende record de 120 millions d’euros à X pour non-conformité au DSA, citant trois infractions principales : le système de vérification payante (blue checkmark) considéré comme une pratique algorithmique trompeuse (45 millions d’euros), un répertoire publicitaire insuffisant (35 millions d’euros), et un accès restreint aux données pour les chercheurs (40 millions d’euros).

Selon un rapport du Comité judiciaire républicain de la Chambre des représentants américaine, cette amende masque une « ordonnance de censure secrète » visant à punir X pour sa défense de la liberté d’expression. Des exemples incluent la censure d’un compte parodique de Donald Duck, d’un post sur les voitures électriques en Pologne, ou de mèmes sur l’immigration en France, perçus comme du discours politique légitime mais qualifiés de « désinformation » ou de « contenu nuisible » par l’UE.
Mike Benz, directeur exécutif de la Foundation for Freedom Online et ancien expert en cyber du Département d’État américain, a salué l’initiative du Wyoming sur X : « Absolument massif. @elonmusk, si ce projet de loi passe au Wyoming, envisagez de relocating certains serveurs là-bas. Cela donnerait à X des munitions pour contrer les censeurs de l’UE avec un levier légal puissant. »
Absolutely massive. @elonmusk, if this bill passes in Wyoming, may wanna consider relocating some servers to Wyoming. Bill would give X ammo to fight back against the EU censors with a powerful legal lever of your own. https://t.co/n7nfC5ADPS pic.twitter.com/Y3cXx8PWLW
— Mike Benz (@MikeBenzCyber) January 30, 2026
Benz a également loué les efforts de Preston Byrne, appelant à une adoption nationale de mesures similaires.
Conséquences pour les créateurs de contenu
Pour les créateurs européens, le DSA représente un risque majeur : modération renforcée sur des sujets sensibles comme les élections, l’immigration ou la désinformation, avec des amendes pouvant atteindre 6 % du chiffre d’affaires mondial. Cela pourrait entraîner une « balkanisation » d’internet, où les plateformes appliquent des règles plus strictes en Europe, limitant la visibilité des contenus et exposant les créateurs à des suspensions ou des pertes de revenus.
Le GRANITE Act offre une échappatoire. En établissant un « lien avec le Wyoming » – par exemple, en hébergeant des serveurs ou en incorporant une entité dans l’État – les créateurs et plateformes ciblés par l’UE, le Royaume-Uni ou l’Australie pourraient ancrer leurs opérations aux États-Unis, rendant les menaces étrangères ineffectives. « Nous allons libérer le monde entier avec cette loi », affirme Preston Byrne, soulignant son potentiel transformateur.
Cependant, le projet de loi doit encore passer par les comités et un vote au sol, et bien que les républicains contrôlent les deux chambres du Wyoming, son adoption n’est pas garantie. S’il passe, il pourrait inspirer d’autres États et marquer un tournant dans la défense de la liberté d’expression numérique.
En positionnant le Wyoming comme un « nouveau havre de liberté d’expression en Amérique », le GRANITE Act défie les régimes censoriaux mondiaux et invite les innovateurs à s’y implanter. Pour les créateurs sous pression en Europe, cela pourrait signifier la fin d’une ère de peur et le début d’une résistance légale transatlantique.
Car au fond, comme le rappelait déjà Benjamin Franklin au XVIIIᵉ siècle : « Sans liberté de pensée, il ne peut y avoir de sagesse ; et sans liberté d’expression, il ne peut y avoir de liberté publique. » Dans un monde où la parole est de plus en plus conditionnée par des algorithmes, des lois extraterritoriales et des majorités silencieuses, cette vérité intemporelle reste la plus radicale des défenses : la liberté de dire n’est pas un luxe démocratique, c’est la condition même de ce que nous appelons encore humanité.

Ainsi, face aux tentatives de museler les voix dissonantes – qu’elles viennent de Bruxelles, de Londres ou d’ailleurs –, le vrai combat n’est pas seulement juridique ou technologique. Il est existentiel : refuser que l’on nous impose le silence au nom du confort, de la sécurité ou de la « vérité officielle ». Car si la parole libre disparaît, c’est l’esprit humain lui-même qui commence à s’éteindre.
Le Wyoming, par ce bouclier législatif audacieux, nous rappelle une évidence philosophique oubliée : la liberté d’expression n’est pas un droit parmi d’autres ; c’est le droit qui rend tous les autres possibles.