La Suisse entreprend la rénovation de plus de 350 000 bunkers détournés de leur usage


Réputée pour sa neutralité, la Suisse ne rate pourtant jamais une occasion pour renforcer ses capacités de défense. Outre un service militaire obligatoire jamais aboli, Berne a entrepris de réformer son armée et sa politique d’armement, en réaction à la guerre en Ukraine. Désormais, l’État helvétique envisage de rénover ses bunkers, datant pour la majorité de la Guerre froide, pour se prémunir aussi bien contre les catastrophes naturelles, les attaques nucléaires ainsi que les bombardements de plus en plus sophistiqués.

La Suisse, reconnue internationalement comme neutre depuis 1907, a réagi à la guerre en Ukraine lancée en 2022 par un alignement sans précédent sur les sanctions de l’Union européenne. Berne ayant adopté l’ensemble des mesures économiques punitives contre la Russie, elle a gelé des actifs et interdi certaines exportations, ce qui marque une rupture avec sa pratique traditionnelle d’autonomie. 

Des abris remontant aux années 60

Sur le plan militaire, ce pays, où la conscription a toujours été obligatoire, a entrepris en décembre 2025 la révision de la loi fédérale sur le matériel de guerre (LFMG), autorisant la réexportation d’armes suisses vers des pays tiers comme l’Ukraine à travers l’UE, testant les limites de sa neutralité militaire stricte tout en refusant des livraisons directes.

Neutre ou pas, Berne n’omet pas que personne n’est à l’abri, et sa réaction à la situation géopolitique actuelle, notamment la guerre en Ukraine, rappelle ses investissements massifs dans des bunkers durant la Guerre froide et la prolifération des armes nucléaires. Dans les années 1960, une loi fédérale sur la protection civile est promulguée et impose alors la construction d’abris anti-atomiques couvrant 100 % de la population nationale ainsi que leur entretien régulier. À défaut, une taxe doit être payée. 

En 2010, la Suisse a envisagé d’abolir cette obligation, mais s’est contentée de la réformer. Les petites constructions dans les zones déjà dotées suffisamment de bunkers ne sont plus obligées d’en inclure. Mais la taxe, qui faisait déjà jaser, a été relevée récemment à 1400 francs suisses (environ 1530 euros, NDLR) par le Conseil fédéral dans les régions déficitaires. Cette taxe alimente un fonds national destiné à la construction de ces bunkers. 

Aujourd’hui, avec 370 000 abris, l’on estime que les neuf millions de Suisses ont une place garantie dans ces abris. Sauf que ces installations ont évolué au fil des ans en caves à vin, parkings ou salles de fêtes et nécessitent une rénovation. 

Mais « compte tenu de l’évolution de la situation sécuritaire globale », le Conseil fédéral a décidé en octobre dernier d’investir massivement dans ces abris, notamment les publics, en recourant à ce fonds, doté actuellement d’un milliard d’euros. 

Des infrastructures fragilisées

Interrogé par RFI, Christian Sinigaglia, qui dirige une PME spécialisée dans la construction et la rénovation de ces abris, explique que pour les convertir en des bars et autres endroits de divertissements, des travaux ont été menés pour acheminer l’eau ou encore l’électricité. Des réalisations qui fragilisent alors les enveloppes des abris. 

L’urgence est d’autant plus justifiée par l’innovation en matière d’armement, avec des bombes ou des missiles qui sont capables de transpercer des bunkers en profondeur pour exploser et atteindre leurs cibles. Un comportement qui rappelle la bombe GBU-57A/B Massive Ordnance Penetrator (MOP), une « bunker buster » de 13-14 tonnes capable de percer jusqu’à 60 mètres de béton armé, larguée par des bombardiers américains furtifs B-2 Spirit lors de l’opération « Midnight Hammer » en juin 2025 contre des sites nucléaires iraniens souterrains.

L’objectif des autorités suisses est de réhabiliter ces abris et de les doter des ressources permettant à leurs usagers d’y survivre pendant de longs mois si nécessaire, en cas de catastrophes naturelles, industrielles ou en cas d’attaque militaire. 

Parmi ces abris publics figurent des parkings ou des tunnels fonctionnels capables de se transformer en bunker à l’aide de portes blindées qui peuvent les rendre complètement hermétiques. 

Peu après le début de la guerre en Ukraine, la question de la réhabilitation de ces abris a été évoquée dans de nombreux pays européens, notamment l’Allemagne et la France.





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