L’effondrement du droit multilatéral et la confusion des champs de bataille, par Thierry Meyssan



Néron brûle Rome

Le président des États-Unis d’Amérique, Donald Trump, a d’abord déclaré qu’étaient « sérieusement examinées la destruction totale de zones et la mort certaine de groupes de personnes qui, jusqu’à présent, n’avaient pas été envisagés comme des cibles possibles » (S/2026/141). Puis il a publiquement et explicitement menacé d’anéantir la civilisation iranienne, le 7 avril 2026 [1], en violation de l’article 2.4 de la Charte des Nations unies.

Ce faisant, le président des États-Unis s’est tenu hors de la civilisation. S’il est un principe de base du droit international, depuis la conférence de la Haye de 1899, c’est que les États signataires ne doivent pas se comporter comme des barbares.

Il n’a pas mis sa menace à exécution, mais avec une violence inouïe, a détruit délibérément des cibles civiles.

Il a commencé par participer à l’assassinat du chef spirituel de millions de chiites, l’ayatollah Ali Khamenei ( S/2026/109). Puis, il a détruit les complexes sportifs Azadi et Besat, le parc aquatique d’Azadegan, le stade Shahidan Esmaeili, la salle de sports Shahid Eskandarloo de Téhéran (ONU S/2026/130). Puis, l’école primaire de Minab. Il a alors attaqué des bâtiments du Croissant-Rouge, les hôpitaux Gandi, Motahari et Khatam de Téhéran, l’hôpital Abouzar d’Ahvaz (S/2026/111). Il a bombardé plusieurs installations de stockage de carburant à Téhéran, libérant dans l’atmosphère de grandes quantités d’hydrocarbures, dont des oxydes de soufre et d’azote, provoquant des pluies acides, la mort de nombreux survivants des attaques au gaz de la guerre Iraq-Iran, et de gigantesques incendies (S/2026/149). Il a bombardé des sites culturels, comme le palais de la dynastie qadjar, le Golestan (S/2026/180). Et, probablement par confusion, il a bombardé des bureaux de l’UNESCO et de l’OMS (S/2026/269) et même l’institut Pasteur d’Iran (S/2026/279).

Sa violence n’ayant pas de limite, alors qu’il prétendait lutter contre un péril atomique — nous avons longuement expliqué qu’il n’y a pas de programme atomique militaire iranien depuis 1988 —, il a bombardé quatre fois la centrale atomique civile de Bushehr, au risque de détruire le système de refroidissement et de diffuser des radiations dans toutes les eaux de la région.

Désormais, les populations du Moyen-Orient ne croient plus que les Nations unies les protègent et que les États-Unis puissent leur apporter la paix [2].

Les populations du golfe, qui avaient accepté des bases militaires US sur leur sol pour les protéger, ont appris à leurs dépens qu’elles avaient été dupées. Leurs hôtes états-uniens ont utilisé leur sol pour mener leur guerre contre la civilisation perse, les transformant en cibles pour la résistance légitime de l’Iran.

La confusion qui s’est développé depuis cinq semaines a montré que le multilatéralisme peut s’opposer au droit international. Pour se protéger, les États du golfe ont multiplié les déclarations multilatérales : au Conseil de coopération du golfe [3], à la Ligue arabe [4], à l’Organisation maritime internationale [5]. Ils ont découvert finalement que le droit international leur donnait tort : ils sont co-responsables de l’agression états-unienne perpétrée depuis leur sol. Cette confusion a atteint son paroxysme avec l’adoption, avec deux abstentions, de la résolution 2817 du Conseil de sécurité qui, le 11 mars 2026, a fait fi de la résolution 3314 de l’Assemblée générale, adoptée, elle, à l’unanimité et sans vote, le 14 décembre 1974. Il est évident que l’ONU, telle que nous la connaissons, devra être profondément réformée ou dissoute [6].

La confusion se porte maintenant sur le détroit d’Ormuz. Laissons de côté la période de la guerre pendant laquelle l’Iran a interdit le détroit aux navires des puissances qui l’agressent (Israël, les États-Unis et le Royaume-Uni) ainsi qu’à ceux des pays qui les autorisent à utiliser leur territoire pour commettre leur agression (l’Allemagne et l’Italie, la Jordanie, les États du golfe). En Occident, il y a un consensus pour penser que nul ne peut dicter sa loi dans le détroit en temps de paix. Or, ce n’est pas évident : les eaux du détroit d’Ormuz sont des eaux territoriales omanaises et iraniennes, pas des eaux internationales. Compte tenu de la profondeur du détroit, son passage se fait en principe plus du côté omanais que du côté iranien.

Les deux pays peuvent légitimement se concerter et demander un péage, comme c’est le cas dans les canaux de Suez et de Panama, bien qu’il s’agisse ici d’un détroit naturel [7]. Ils ne peuvent cependant pas s’opposer à ce que le trafic mondial passe, « de manière inoffensive », par leurs eaux, d’autant qu’ils contrôlent l’accès au golfe persique. Sauf, que les pétroliers représentent un vrai danger avec leurs cargaisons extrêmement polluantes en cas de naufrage.

L’exemple du canal de Suez n’est pas anodin : en 1956, les deux empires britannique et français, aidés militairement par l’État colonial d’Israël, tentèrent de prendre le contrôle du canal de Suez que le président égyptien, Gamal Abdel Nasser, venait de nationaliser. Cette opération fut un fiasco. Elle marqua la fin des deux empires coloniaux et révèla l’alliance franco-britannique avec Israël — qui sera brisée par Charles De Gaulle lors de la guerre des Six jours. La crise du détroit d’Ormuz pourrait, à son tour, marquer la fin des ambitions états-uniennes sur le « reste du monde ».

Une autre question se pose : si Oman et l’Iran sont autorisés à prélever un péage, comment s’assurer que son montant ne sera pas prohibitif et dans quelle monnaie sera t-il réglé ? Sur ce sujet l’Iran a envisagé qu’il soit payable en yuan, tandis que les États-Unis, attachés à la suprématie du dollar, voudraient que ce soit en dollar ou, à défaut en Trump coin ($Trump), la cryptomonnaie de la famille présidentielle états-unienne et de la famille royale émiratie, Al-Zayed [8].

Dans le cas où ce ne serait pas en dollars, les compagnies pétrolières se prépareraient à abandonner cette devise. Or, celle-ci n’est plus basée sur l’économie des États-Unis, mais sur son rôle dans le marché mondial des hydrocarbures. Ce basculement serait donc la poursuite de la guerre contre le « Grand Satan ».

Le 12 avril, le président Trump a publié un message sur X : « À compter de maintenant, la Marine des États-Unis, la plus belle du monde, entamera le processus de BLOCAGE de tous les navires qui tentent d’entrer ou de sortir du détroit d’Ormuz. À un moment donné, nous atteindrons ce principe « TOUS SERONT AUTORISÉ À ENTRER, QUAND TOUS SERONT AUTORISÉ À SORTIR », mais l’Iran n’a pas permis que cela se produise en disant simplement : « Il peut y avoir une mine quelque part », que personne d’autre qu’eux ne connaît . C’est DU RACKET MONDIAL, et les dirigeants des pays, en particulier les États-Unis d’Amérique, ne seront jamais extorqués. J’ai également demandé à notre Marine de rechercher, dans les eaux internationales, et d’interdire tous les navires qui ont réglé un péage à l’Iran. Aucun de ceux qui ont réglé un péage illégal n’aura un passage sûr en haute mer. » [9]

Ne sachant que faire, Donald Trump bloque lui-même le détroit d’Ormuz, alors que les Anglo-Saxons imposent la liberté de circulation et de commerce depuis 1837 — Fini donc le dogme du « libre-échange » ! —. Mais il est vrai que les Jacksoniens ne sont pas des Globalistes. Peu importe : Donald Trump a déjà trahi ses électeurs en lançant cette guerre, il y a un mois et demi. Il trahit, aujourd’hui, ses prédécesseurs. Nous assistons au suicide des États-Unis.



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