À Bruxelles, un texte porté par la Commission européenne pourrait prolonger la présence en magasin de cosmétiques contenant des substances cancérogènes. Soutenus par des géants comme LVMH et L’Oréal, ainsi que par le gouvernement français, les industriels plaident pour davantage de délais au nom de l’économie et de l’emploi, au risque d’accroître l’exposition des consommateurs.
Derrière les vitrines brillantes, une bataille feutrée se joue à Bruxelles. Selon une enquête de Reporterre, les industriels de la beauté ont obtenu un soutien politique décisif pour repousser l’échéance d’interdiction de substances jugées dangereuses. « Le chantage à l’emploi est un classique des lobbyistes », rappelle Vicky Cann, de Corporate Europe Observatory, pointant une stratégie bien rodée qui retarde toute contrainte réelle.
Il paraît que l’argent n’a pas d’odeur ; il a pourtant un parfum entêtant… Avec 70 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025 et une croissance régulière, le secteur pèse lourd. Les entreprises évoquent une « obligation de reformulation massive » qui concernerait 85 % du marché. Mais pour les ONG, « cette déconstruction de la règlementation va bénéficier spécialement aux grands groupes », comme le souligne Yoann Coulmont de Générations futures, dénonçant une protection de façade des PME.
L’influence en question se mesure en millions. Déjeuners à Bruxelles, visites de laboratoires, rendez-vous à répétition avec la Commission, tout concourt à façonner la décision publique. LVMH et L’Oréal figurent en première ligne, épaulés par des structures comme Cosmetics Europe ou The Value of Beauty Alliance. Officiellement, il s’agit de « simplifier » la réglementation. Officieusement, gagner du temps, et de l’argent.