Le Dr Victor Larger, médecin, docteur en philosophie et diacre, dresse un réquisitoire sans concession contre la loi sur la fin de vie qui revient devant la Commission des affaires sociales puis au Sénat.
À Velars sur Ouche en Bourgogne, sur un chemin de campagne, loin des hémicycles parisiens, le Dr Victor Larger reçoit France-Soir. Médecin, philosophe et diacre, cet homme aux multiples casquettes a consacré une grande partie de sa carrière à l’accompagnement des patients en fin de vie. Auteur de plusieurs ouvrages dont La liberté de mourir (2023), il n’a pas de mots assez tranchants pour dénoncer le projet de loi qui s’apprête à revenir devant le Parlement.
Un médecin devenu philosophe par nécessité
Le parcours de Victor Larger est lui-même une leçon de vie. Entré en médecine « par erreur d’aiguillage », il s’est progressivement intéressé aux soins palliatifs, avant de s’interroger sur le fondement même de l’acte médical : « Pourquoi les hommes seraient-ils intéressés au bien-être en santé de leurs semblables ? » Cette question l’a conduit vers la philosophie — une thèse académique à Lille — puis vers la foi et enfin le diaconat. Trois voies convergeant vers la même conviction : soigner, c’est servir, pas décider.
Une loi qu’il juge « mauvaise du début à la fin »
Sur le fond du texte, le Dr Larger ne fait pas dans la nuance : « Cette loi, à mon avis, n’est pas bonne dans son ensemble. Ça ne va pas du début à la fin. » Pour lui, l’adossement des soins palliatifs à la loi sur l’aide à mourir n’est qu’un « cache-misère » : « C’était une manière d’avancer sur l’euthanasie en disant : vous voyez, on va tout faire pour les soins palliatifs, ce qui est complètement faux, parce que l’argent n’ira pas aux soins palliatifs. »
Il pointe également le délit d’entrave prévu par le texte comme une atteinte à la liberté fondamentale : « Pourquoi, si votre loi est juste, interdire aux gens d’argumenter contre l’euthanasie d’une personne ? »
La dérive belge et canadienne en miroir
Fort des exemples étrangers, le médecin s’alarme. Au Canada, 8 % des décès sont aujourd’hui des décès par euthanasie. En Belgique, un cas l’obsède : une femme qui ne voulait pas mourir par injection a été étouffée avec un oreiller — sans que le médecin concerné, président de la commission de contrôle, ne soit jamais inquiété. « Je suis impressionné que ça ne fasse pas plus réagir les gens. » Il souligne l’absurdité structurelle d’une commission de validation composée uniquement de partisans de l’euthanasie : « Vous n’aurez dans ces commissions que des gens acquis à la cause. »
Le médecin « usurpé » par le politique
Victor Larger dénonce avec véhémence ce qu’il appelle l’enrégimentement des médecins, un processus déjà à l’œuvre depuis le plan Juppé de 1996, accentué par la ROSP (Rémunération sur Objectif de Santé Publique) et illustré, selon lui, lors de la campagne vaccinale COVID. La logique est simple : « On vous donne de l’argent sous condition. » Résultat : le médecin cesse d’être au service du patient pour devenir l’instrument d’une politique de santé publique. « L’homme n’est pas là pour être l’instrument de la médecine, ni du politique. »
Concernant l’Ordre des médecins, qui a exprimé ses réserves sur le texte, il approuve : « Ils disent : on n’a pas travaillé pour ça, pour emmener des gens à la mort. Ce n’est pas notre fonction. »
La mort industrialisée, symptôme d’une société qui déraille
Au détour d’une image saisissante — le centre funéraire de Dijon jouxtant un golf et un vaste parc de tombes — le Dr Larger formule son inquiétude la plus profonde : « On a complètement industrialisé la mort. » Il voit dans ce projet de loi le symptôme d’une société qui traite ses membres comme des ressources à gérer : « À terme, lorsque le cheval sera fourbu, qu’il ne sera plus capable de tirer la charrue, il sera temps d’en finir avec lui. »
Face à cela, il oppose une vision radicalement différente de la vieillesse et de la vulnérabilité, illustrée par une anecdote personnelle : un patient qu’il avait, dans sa jeunesse, jugé sans valeur par son apparence, et dont il comprit trop tard l’importance pour ses proches. « Peut-être que toutes ces personnes que nous pensons inutiles ont une importance bien plus grande que celle de ceux qui, en bougeant leurs bras et leurs jambes, pensent qu’ils changent le monde. »
Son message aux sénateurs
Le mot de la fin est direct : « Prenez conscience de ce que vous faites, et allez voter contre. » Et si une formule devait résumer sa pensée sur la mort, ce serait celle-ci : « La mort, c’est emmerdant, et tant mieux. Sinon, c’est quelque chose de désirable. »
En clôture de l’entretien, il transmet le message d’une amie endeuillée, qui lui semble plus précieux que n’importe quelle loi : « Prenons bien soin les uns des autres. »