Des mots dans le plancher, par Philippe Pataud Célérier (Le Monde diplomatique, avril 2026)


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Jean Crampilh-Broucaret (1939-1972), trois mois après l’inhumation de sa mère sous l’escalier de la ferme familiale, grave, à l’aide d’une perceuse et de ciseaux à bois, soixante-huit lignes, en lettres capitales, sur le parquet de sa chambre. Ce « plancher de Jeannot » (1) épigraphe de treize mètres carrés, qui pourrait être une monumentale épitaphe si les mots n’étaient aussi tourmentés, a fait l’objet d’innombrables interprétations. Déposé, restauré, il a été présenté au sein du Musée d’art et d’histoire de l’hôpital Sainte-Anne (MAHHSA), et le catalogue accompagnant cette exposition a notamment porté l’accent sur son contexte historique et social.

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Mais un second volume (2), riche de cinquante-cinq illustrations, lui est consacré, qui le met en regard et en résonance avec d’autres œuvres d’une quarantaine d’artistes du XXe siècle (Antonin Artaud, Christian Dotremont, Henri Michaux, Antoni Tàpies, etc.). On est loin des classifications parfois réductrices (ainsi de l’art brut, souvent associé à l’isolement mental et à l’autodidactisme), qui ignorent bien souvent les ressorts communs : un apprentissage, une expérience, et la tension créatrice en écho à une obsédante nécessité intérieure. De cette confrontation inhabituelle sourdent de multiples analogies formelles : entre les lettres, les mots, les écritures, les techniques…

(1Jean Crampilh-Broucaret, Le Plancher de Jeannot, sous la direction d’Anne-Marie Dubois et de Dominique Viéville, MAHHSA – In Fine, Paris, 2024, 144 pages, 25 euros.

(2Le Plancher de Jeannot. L’invention d’une écriture, sous la direction d’Anne-Marie Dubois et de Dominique Viéville, MAHHSA – In Fine, 2025, 88 pages, 22 euros.



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