Aux origines tragiques de la rationalité, par Lotfi Hadjiat


On reconnaît un arbre à ses fruits, dit la sagesse populaire, c’est vrai, et la science a accouché de quoi détruire la planète plusieurs fois… Vous allez me dire que ce n’est pas la science qui prend la décision de balancer une bombe atomique, mais des chefs d’État… tel Truman, le vendeur de cravates sans diplôme… ou Trump… enfin, lui, en termes de décision, je dirais plutôt que ce sont ceux qui chuchotent à ses oreilles des versets de la Bible, ou de l’Ancien testament… Parce que figurez vous que la Bible est son livre préféré, à Donald, même s’il n’en connaît pas un seul verset !… Les versets bibliques sont pourtant faciles à retenir. Tenez, par exemple le sublime verset 8 du chapitre 3 de l’Évangile selon Matthieu : « Et Jésus apparut auréolé de gloire et déclara aux Pharisiens qui l’écoutaient : en vérité je vous le dis, ce phénoménal pourceau narcissique sanguinaire de Trump n’écrasera pas le monde ». Ou alors celui-ci, superbement lyrique, verset 35 du chapitre 22 du Lévitique : « Et Moïse illuminé du Verbe divin descendit du mont Sinaï et déclara aux Hébreux : l’Éternel m’a bien précisé que cette pourriture de saloperie de loi Yadan ne passera pas ». Mais mon préféré reste évidemment celui-ci, verset 3 chapitre 7 du Cantique des cantiques : « Les grandes eaux ne sauraient éteindre l’amour, et les fleuves ne le submergeraient pas ; face à l’Éternel resplendissant de gloire, ces maudits enfants de Satan, Ben Gvir, Netanyahu et Smotrich boufferons la merde du Diable éternellement ». Mais revenons à la science et à ses fruits maléfiques, revenons à la pensée rationnelle, à la raison.

« Comment la raison est‑elle venue au monde  ? Comme il fallait s’y attendre, d’une manière déraisonnable : par hasard. Il faudra déchiffrer ce hasard ». Cet aphorisme de Nietzsche m’a longtemps intrigué, jusqu’à ce que j’en trouve enfin la clef, après de longues années de réflexions et de recherches. Je n’ai jamais vraiment cru à une détermination génétique de la pensée rationnelle chez Homo-Sapiens. Lors de mes recherches doctorales, je tentai d’élucider la formation, la genèse profonde et précise de la pensée rationnelle chez l’homme, considérant la rationalité comme un acquis, plutôt que comme une faculté innée chez l’homme, comme le pensait Kant. Un acquis stratégique, car l’existence est une lutte permanente, à la surface comme dans le tréfonds de notre être. J’identifiai alors la pensée rationnelle comme une stratégie mentale de défense. Stratégie héritée du corps… J’envisageai notre vie mentale confrontée à l’incohérence de ce qui nous entoure – ou en tous cas appréhendé comme tel – et incitée par réaction de survie à y mettre de la cohérence, à l’aune de la cohérence du corps et de ses perceptions. Dans ce champs de bataille psychique, j’envisageai alors toutes les stratégies possibles, défense, repli, conquête… conquête jusqu’à la souveraineté, où le « je » se dissous… souveraineté divine… Des années plus tard, je découvris le contexte historique qui vit naître la rationalité empirique puis écrite, à Sumer. Et plus précisément, le personnage-clef à l’origine de Sumer, Caïn, et encore plus précisément, le drame de ce personnage : la malédiction de Caïn. 

Non, Nietzsche, ce n’est pas un hasard mais un drame, une tragédie terrible qui fit naître la rationalité… Attardons-nous un peu sur le lieu de naissance de la pensée logique, de la manifestation de ses premières formes… Cela se produisit sur les rives de l’Euphrate, au sud de la Mésopotamie, dans l’actuel Irak… Sur les rives basses et marécageuses du fleuve large et sinueux, dont les crues saisonnières inondaient les plaines en déposant du limon riche dans les sols fertiles. Entre les roseaux, les joncs et autres plantes sauvages des lagunes peu profondes, naquit la plus ancienne civilisation connue… à Eridu, première ville sumérienne, première ville de l’histoire humaine. Et cette civilisation naissante se développa à Uruk, toujours à Sumer, civilisation qui consistait à organiser la vie rationnellement. Les mathématiques et l’astronomie sont nées à Sumer où, 2500 avant J.-C., on calculait déjà les racines carrées et résolvait les équations du second degré !…, la première arithmétique écrite, les premiers algorithmes avant la lettre furent produits à Uruk, ainsi que la première comptabilité écrite, gestion économique, gestion des stocks, gestion des données… les premiers contrats écrits, les premières preuves juridiques de transaction…, les premières écoles (de scribes, avec exercices scolaires sur tablette d’argile ! ), le premier système bancaire, au temple…, les premiers marchands du temple…, les premiers prêts, taux d’intérêt, usures, dettes, la première mesure monétaire, le shekel… sans parlers de la première médecine écrite, des premiers praticiens, « asû », soins par plantes, huiles, résines, traitement des fractures, immobilisation de membres cassés avec des attelles… et première méthode thérapeutique : symptômes, diagnostique, pronostique, traitement. La science aujourd’hui reste impuissante à expliquer le surgissement soudain de la science à Sumer après pourtant 300000 ans d’existence d’Homo-sapiens sans qu’aucune science n’émerge… On pourrait me rétorquer qu’à Sumer les conditions étaient favorables, mais tout de même, au cours de 300 millénaires d’existence Sapiens a nécessairement eu nombre de conditions favorables… 300 millénaires, rendez-vous compte !… Il faut se rendre à l’évidence, le miracle sumérien est inélucidable rationnellement. Inélucidable rationnellement aussi l’émergence de cette rationalité, pratique puis écrite ; de toute façon, la pensée rationnelle ne peut pas élucider la pensée rationnelle. C’est comme si à l’aide d’une pince on essayait de saisir cette pince elle-même !… Ou alors, il faudrait envisager que ces Sumériens étaient des Homo-Sapiens avec un je-ne-sais-quoi en plus… une puissance d’esprit en plus… Mais une puissance qui serait apparue comment ?… 

Voyons bien que la rationalité pratique est née avant la rationalité écrite, théorique… Les mathématiques écrites sont nées à Uruk, mais la rationalité pratique est née à Éridu, la plus ancienne des cités sumériennes, dominée par le temple d’Enki, dieu de sagesse et de la maîtrise de l’eau. Les habitants y avaient dompté l’Euphrate 5000 ans avant J.-C., creusant canaux et digues pour guider ses eaux vers les champs, transformant les crues capricieuses en fertilité assurée. Utilisant le limon des crues pour enrichir les sols. Avec des houes de bois, des pioches au manches en bois et aux pointes de silex ou de cuivre, ils labouraient la terre, semaient le blé et l’orge à l’aide de planches rainurées pour répartir les graines uniformément dans les sillons, et moissonnaient déjà les épis avec des faucilles recourbées, méticuleusement façonnées, et des brosses ou des peignes servaient à séparer le grain des épis. Des silos et greniers veillaient sur les surplus, tandis que des jetons d’argile et de simples tablettes gravées enregistraient la quantité des grains, du bétail et des rations distribuées. Sans oublier les réservoirs et bassins pour stocker l’eau en période sèche. Le temple central, édifié en briques d’argile – premier édifice monumental en briques d’argile de l’histoire de l’humanité – n’était pas seulement un lieu de culte, il était le cœur administratif, où la redistribution des richesses se faisait selon les calculs des scribes et la supervision des prêtres. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, on organisa rationnellement toute la vie collective. Dans cette ville, chaque innovation – des canaux aux outils agricoles, des silos aux jetons comptables – tissait un réseau d’ingéniosité qui transformait une nature inhospitalière en abondance, et le chaos en ordre… 5000 avant J.-C. !… Par quel miracle, toutes ces innovations ont jailli après 300 millénaires de stagnation d’Homo-Sapiens… certains coins du monde n’ayant toujours pas fait leur révolution néolithique. Qui étaient donc ces Sumériens ?… qui bien avant les autres peuples inventèrent l’écriture codifiée non-figurative, les mathématiques, l’agriculture irriguée complexe, les lois (bien avant le code d’Hammurabi), l’architecture monumentale en brique d’argile, la ville structurée rationnellement (rue, temple, quartiers spécialisés, systèmes d’évacuation), la hiérarchie fonctionnelle, l’administration fiscale, puis, plus tard, le tour de potier, le métier à tisser, les poids et mesures, la balance à levier, la mesure monétaire, la base numérique (base 60, sexagésimal), le division du temps, en soixante minutes…, en soixante secondes…, le calendrier de 360 jours, ainsi que le découpage du cercle en 360 degrés… Pendant ce temps, au nord de l’Europe, de braves chasseur-cueilleurs-pêcheurs pratiquaient aussi l’élevage des bovins, des porcs et des moutons, ainsi que le semis d’orge et d’épeautre… Depuis, la roue a tourné… roue inventée à Sumer…, et à Ljubljana aussi, en Slovénie.

Les mythes sumériens raconte que Eridu fut fondé par le dieu-Serpent Enki, qui fit jaillir l’eau du « puits sacré », « l’Abzu », irrigant les champs et remplissant les rivières. Dans certains textes mythologiques, il façonne des canaux et des digues pour guider l’eau vers les cités. Qui était donc ce personnage ingénieux… un dieu sorti de l’imagination des Sumériens ?… Ou un personnage sur-humain ayant réellement existé, et que les mythes ont déifié. Dans la Genèse biblique, il y a aussi un personnage qui, tout comme Enki, a fondé la première ville et fut pionnier dans l’agriculture, et qui, comme Enki qui avait un frère cadet (Enlil), a lui aussi un frère cadet (Abel),… ce personnage, c’est Caïn, dont la descendance est riche de créations civilisationnelles, identiques aux créations civilisationnelles sumériennes : construction par Caïn de la première ville, Henoch (Eridu, chez les Sumériens… le petit-fils de Caïn s’appelant Irad… ), invention de la forge du bronze par Tubal-Caïn, invention d’instruments de musique à corde et à vent par Jubal (la lyre, la harpe et la flûte en métal sont nées à Sumer, avec une sophistication technique et artistique inédite, ainsi qu’un système musical théorique, gammes diatoniques, accordage en quartes et quintes, notations sur tablettes cunéiformes… ). La musique fut ainsi rationalisée pour la première fois. Naquit ainsi à Sumer le musicien professionnel, le « nar », pour les banquets, fêtes, mariages, processions, louanges royales, célébrations de victoire… et le « gala » pour la musique religieuse et les chants liturgiques, celui-ci transportait ses instruments, dirigeait parfois des ensembles et enseignait aux apprentis (le chef musicien du palais, « nar-gal », avait un statut élevé). Sans parler des premiers germes de théâtre… les Sumériens pratiquaient des cérémonies mises en scène, souvent liées aux dieux, avec chants, costumes et récitations, avec textes mythologiques joués ou récités, des récits comme l’Épopée de Gilgamesh pouvaient être déclamés de manière dramatique… et les lamentations pour la chute de Ur, très structurées, avec refrains, sont les ancêtres de la tragédie chantée. Tous les aspects de la vie furent systématisés, structurés rationnellement.

Finalement, tout bien considéré, Caïn et sa descendance ont-il fondé Sumer ?… Les linguistes peinent à élucider cet isolat linguistique que constitue la langue sumérienne (je parle bien de la langue, pas de l’écriture), une langue déjà aboutie dans les plus anciens fragments découverts, qui laisse à penser qu’elle fut apportée par une lignée en exil… Et les archéologues peinent à expliquer l’extraordinaire émergence d’Éridu, une accélération dans l’accélération néolithique. Au demeurant, Caïn est le candidat idéal pour expliquer tout cela. Après le meurtre de son frère Abel, il est banni et erre longtemps, vers l’Est nous dit la Genèse, avant de s’arrêter enfin sur les rives de l’Euphrate. Banni, exilé maudit, après une rupture profonde d’avec ses parents…, il est au fond du gouffre intérieur, ne croit plus en rien. Il ne veut désormais compter que sur lui-même… plus de secours divin, plus de providence divine, ou de providence naturelle… la nature elle-même lui semble hostile, cette nature, cette terre qu’il a souillée par son crime… cette nature créée par ce Dieu qui l’a jugé et banni… Jugé, condamné, rejeté… Son crime est irréparable, rien ne pourra faire revenir Abel… un crime inspiré par la jalousie, ou le Démon… Caïn ne veut plus rien demandé ni à Dieu ni à la nature… ne plus dépendre ni de l’un ni de l’autre… ne dépendre que de lui-même, que de sa propre force, de sa propre loi.. Ainsi naquit l’auto-nomie radicale, métaphysique…, l’esprit autonome, la pensée autonome dans la lutte pour la survie. L’autonomie de la pensée vient de Caïn, une autonomie issue du gouffre de la solitude… Caïn ne veut désormais avoir de compte à rendre qu’à lui-même, ni à Dieu ni à la nature… il ne se sent chez lui nulle part… il sent ne plus avoir sa place dans ce monde, alors que même les déchets y ont une place… à ses yeux, ce monde ne mérite que d’être vaincu, cette nature si hostile ne mérite que d’être maîtrisée, dominée, exploitée, transformée sans limites, soumise à sa loi à lui, Caïn… lorsque l’israélite Jacques Attali dit que « la nature est intrinsèquement hostile à l’homme », c’est Caïn qui parle à travers lui. Caïn veut vaincre la matière elle-même, la forcer à être à son service… Il va alors observer la nature pour pouvoir l’utiliser. Cette nature ne mérite plus d’être écoutée mais seulement observée, contrôlée, surveillée. Et Caïn observe aussi les hommes en vue de les utiliser, et d’en être obéi… pour désormais imposer sa loi, et ne plus être jugé…, ni par Dieu, ni par les hommes. Ne plus être jugé mais obéi, par la nature et par les hommes. L’arraisonnement de la nature et de l’homme, comme disait Heidegger, commence avec Caïn. Celui-ci va désormais considérer en tout être, en toute chose, son utilité, et seulement son utilité. Et la seule utilité des choses et des êtres sera de servir ses fins à lui.

Longtemps il observa la nature et les hommes, jusqu’à se mêler à eux. Sa marque au visage suscita quelques méfiances. Caïn commencera par détourner l’eau du fleuve en creusant des canaux, et à bâtir des digues pour faire obstacle à l’envahissement de l’eau. Des hommes le suivront, et peu à peu l’écouteront. Il donnera des instructions jusqu’à établir un réseaux complexe d’irrigation des terres. Peu à peu les hommes apprendront sa langue, sa loi. Transformant les contradictions naturelles en non-contradictions pratiques, en logique empirique, il soumettra la nature à la mesure, à sa mesure, à laquelle les hommes se soumettront. Il créera ses propres valeurs morales… Caïn est peut-être finalement le sur-homme de Nietzsche !… Une ville sera construite à la mesure des désirs de Caïn et des besoins des hommes. Ainsi naquit la rationalité pratique. La ville attirera les hommes. Elle sera appelée Eridu, du nom du petit fils de Caïn, Irad. Un grand temple sera édifié à Caïn, que l’on déifiera… le dieu En-ki… le seigneur de la terre. La langue de Caïn sera mise par écrit et esquissera les débuts de la pensée rationnelle. On mesurera le temps, les surface, la distance entre les astres, les quantités, les richesses, les prêts, les intérêts, les dettes…

Certains me rétorqueront que Caïn n’est sans doute qu’un personnage inventé, inspiré du dieu-Serpent Enki, imaginé lui aussi par les Sumériens… Il n’en reste pas moins que, en filigrane, la Genèse prend parti pour Caïn et sa descendance, prospère et riche de créations civilisationnelles. Même si Caïn est maudit après le meurtre de son frère Abel (présenté comme modèle de vertu mais qui meurt quand même sans descendance), Dieu accorde malgré tout protection au meurtrier avec la fameuse « marque de Caïn », et lui accorde aussi une descendance. La Genèse, premier livre de la Torah, fut écrite par des israélites au retour d’exil de Babylone, alors sous domination Perse. La Judée restait concrètement une province perse. Les rédacteurs de la Torah l’ont écrite dans un but politique : assurer la cohésion du peuple d’Israël tout en s’assurant la protection Perse. Il leur fallut donc honorer l’autorité religieuse Perse, honorer ce qui la fondait, Ormuzd, Ahura Mazda, le dieu unique zoroastrien, guide de vertu et de justice… et réprouver l’opposant à Ormuzd, Ahriman, dieu du mal. Ils honorèrent donc Ormuzd en honorant Abel, lui aussi guide de vertu et de justice, préféré du Dieu unique qu’ils nommèrent Yahvé. Au début, Yahvé n’était pas unique puisqu’il était jaloux des autres dieux ! Les rédacteurs de la Torah honorèrent donc le dieu unique en réprouvant Ahriman par la réprobation de Caïn et son meurtre. Mais cet hommage et cette réprobation étaient feints, car Abel meurt sans descendance, et Caïn et sa postérité sont finalement valorisés. Pour être plus précis, la mouvance judéenne valorisa la soumission à Dieu et la mouvance israélite la transgression de Caïn.

Ce qui est finalement valorisé dans cette Genèse, derrière le crédo monothéiste, c’est la transgression de Caïn, et donc la transgression d’Enki, qui précisément transgressaient les décisions d’Enlil, dieu de l’ordre et de la justice. Le dieu-Serpent Enki sauve même l’humanité quand Enlil voulut la faire disparaître sous le Déluge… Finalement, ce qui est valorisé dans cette Genèse pourtant monothéiste, c’est le dieu transgresseur et sauveur, Enki, c’est le salut par la transgression, car comme dit l’israëlite Jacques Attali, « le moteur du progrès c’est la transgression, et les israélites sont à l’avant-garde de la transgression ». Finalement, la Genèse indique discrètement que le salut n’est pas seulement dans la fidélité à Dieu mais aussi dans l’arbre défendu de la connaissance du bien et du mal, l’arbre du Serpent, qui va permettre à Ève d’expérimenter le bien et le mal, de sortir de l’innocence par-delà bien et mal dans laquelle la maintenait l’Arbre de vie, d’entrer dans le réel de la vie mortelle qui nous confronte au bien et au mal et d’avoir une descendance. Remarquons qu’il y a aussi un arbre de vie dans la mythologie sumérienne, plus exactement une plante sacrée interdite dans le jardin paradisiaque de Dilmun, une plante qui va induire vie et guérison, Ninti… Et il y a aussi un arbre de pouvoir, un arbre qui symbolise pouvoir et transformations par l’homme, un arbre offert par l’Euphrate à Inanna, qu’elle plantera dans son jardin sacré à Uruk, dont elle est la déesse protectrice, déesse de la fertilité humaine et de la reproduction… un arbre dans lequel va se lover un serpent…, et c’est cet arbre que les rédacteurs de la Torah ont transformé en arbre de la connaissance du bien et du mal. Ajoutons encore que Inanna reçoit les connaissances, les « me », les savoirs civilisationnelles, du dieu-Serpent Enki et qu’elle se retrouve complètement nue lorsqu’elle s’aventure dans le royaume des morts, tout comme Ève devient mortelle et consciente de sa nudité lorsqu’elle reçoit le fruit de la connaissance du Serpent. Similitude extrêmement troublante, n’est-il pas ? Précisons au passage que le royaume des morts sumérien, le Kur, est identique au Schéol juif, un lieu sombre et silencieux, égalitaire pour les défunts, sans récompense ni punition. Ajoutons aussi que Adam et Ève trompés par le Serpent et déchus, était un hommage au couple primordial perse, Mashia et Mashiana, eux aussi trompés par Ahriman. Mais derrière la façade de la fidélité et de la soumission à l’ordre divin, le peuple d’Israël est au fond le peuple de la transgression, comme l’indique précisément Attali, c’est-à-dire finalement le peuple de Caïn, qui me fait dire que Caïn est l’autre nom d’Israël. Israël n’est donc pas Jacob mais Caïn ; distinguons donc les héritiers de Jacob et ceux d’Israël. Le dieu de Jacob n’est pas jaloux, le dieu d’Israël si. Les israélites sont les héritiers de Caïn, les héritiers d’Enki, qui voient le salut par la transgression, transgression de l’ordre naturel, pour le transformer jusqu’à le soumettre, comme à Sumer on transforma l’ordre naturel jusqu’à le soumettre. Certains kabbalistes juifs considèrent que l’enseignement du Serpent n’était pas mauvais mais que Adam en fut instruit trop tôt, et que c’est pour cette précocité que le Serpent fut condamné. Le dieu-Serpent Enki a initié à Sumer la science, c’est-à-dire la transgression, la transformation de l’ordre naturel pour le salut des hommes, leur salut matériel, car cet ordre naturel, ce monde ici-bas est imparfait. La kabbale juive appelle cela le Tikkun Olam, la réparation du monde. C’est exactement la doctrine de la gnose, la doctrine du salut par la science. Gnose formulée formellement la première fois par l’israélite Simon le magicien, puis par la kabbale juive, puis par la franc-maçonnerie, dont les figures tutélaires sont de la postérité de Caïn : Henoch (fils de Caïn), Tubal-Caïn, Hiram, Nemrod… Cependant, Enki/Caïn apporte aux hommes une civilisation qui les entraînera dans les pires excès jusqu’au Déluge, comme la science moderne apparemment bienfaitrice pour le confort entraîne finalement l’humanité dans les pires excès. La science ne sauve pas l’homme des excès, au contraire elle l’y enfonce. C’est une fausse promesse de salut qui finit mal. Le dieu Enki ne cherche pas l’harmonie avec la nature, il cherche à la maîtriser, à la dominer sans limite, tel est le but de la science. En vérité, il n’y a de salut que dans l’harmonie ultime avec la nature, et de perdition que dans la volonté de la dominer, de la soumettre totalement…

Caïn cherchait exclusivement la domination terrestre car il a perdu le salut spirituel, l’unité divine… Sa transgression morale criminelle fait qu’il ne croit plus en l’unité primordiale, à l’harmonie divine, l’harmonie naturelle, il ne croit plus qu’au chaos, qu’il faut soumettre à sa propre mesure. Les scientifiques considèrent aujourd’hui qu’il n’y a pas d’unité primordiale, mais que le chaos est la réalité primordiale : la fameuse « soupe primordiale ». Mais cette thèse très laborieuse, les Sumériens la posaient déjà il y a 8000 ans… Effectivement, dans la religion antique des Sumériens, le dogme fondamental, le postulat de départ est que le gouffre chaotique est la réalité primordiale : les fameuses « eaux primordiales ». La science a donc mis plusieurs millénaires pour poser ce qui l’était déjà depuis bien longtemps à Sumer. C’est le serpent qui se mord la queue. Une science qui – comme Caïn – exclut l’idée d’une harmonie divine se manifestant dans l’harmonie naturelle, ne peut progresser que par la transgression de la nature, et par transgression morale… Il y eut pourtant dans l’histoire de la science des paradoxes troublants, tel Faraday, physicien de génie et génie de la chimie, n’ayant jamais fréquenté l’université, qui disait : « Le livre de la nature que nous avons à lire est écrit par le doigt de Dieu »…

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