La Chine durcit son contrôle sur les écrans : relations homosexuelles, adultères et scènes « immorales » interdites à la télévision


Le gouvernement chinois renforce activement la régulation des contenus diffusés à la télévision nationale et sur les plateformes numériques. Cette politique vise à éliminer ce que les autorités qualifient officiellement de contenus « vulgaires, immoraux et malsains ». Parmi les cibles explicites : les relations homosexuelles, les relations adultères, les scènes de tabac ou d’alcool, les tenues jugées provocantes, et même les thèmes liés à la réincarnation.

Illustration des règles imposées aux contenus télévisés en Chine
Illustration diffusée lors de la communication sur les nouvelles restrictions imposées par les autorités chinoises aux programmes télévisés et aux contenus en ligne.

1. Contexte : une politique culturelle assumée

Ces mesures ne sont pas apparues du jour au lendemain. Elles s’inscrivent dans une stratégie culturelle cohérente, initiée dès 2015-2016 par les autorités de régulation des médias chinois (la SAPPRFT, Autorité nationale de la radio, du cinéma et de la télévision), et renforcée tout au long de la présidence de Xi Jinping.

L’objectif déclaré : promouvoir les « valeurs traditionnelles » chinoises et résister à ce que Pékin considère comme une décadence morale importée, en particulier d’Occident. Au printemps 2026, ces règles continuent de faire parler d’elles sur les réseaux sociaux mondiaux, rappelant que leur application n’a pas faibli.


2. Les interdictions précises et leur portée

Les directives officielles prohibent explicitement tout contenu qui « exagère le côté sombre de la société ». Voici ce qui est formellement banni des écrans, télévision comme plateformes numériques :

  • Les relations homosexuelles et tout comportement sexuel qualifié d’« anormal » (inceste, agression, violence sexuelle) ;
  • Les relations adultères ou d’un soir ;
  • Toute relation impliquant des mineurs à caractère romantique ou sexuel ;
  • Les scènes de consommation de tabac et d’alcool ;
  • Les tenues vestimentaires jugées provocantes ou « sexy » ;
  • Les thèmes liés à la réincarnation, au surnaturel ou à la sorcellerie.

Ces restrictions s’appliquent indifféremment aux programmes diffusés sur les chaînes nationales et aux séries et films disponibles sur les grandes plateformes chinoises comme iQIYI, Youku ou Tencent Video — l’équivalent de Netflix en Chine.


3. L’affaire de la série Addicted : le cas le plus emblématique

La série Addicted (titre chinois : Shang Yin, 上瘾) est devenue le symbole le plus visible de cette politique. Diffusée en 2016 sur des plateformes en ligne, cette web-série mettait en scène une romance entre deux jeunes hommes et avait rencontré un succès considérable auprès d’un public jeune, notamment féminin, en Chine comme à l’international.

Affiche promotionnelle de la série Addicted
Affiche de la série Addicted (2016) — retirée de toutes les plateformes chinoises peu après sa diffusion.

La série a été purement et simplement supprimée de toutes les plateformes chinoises en quelques heures, illustrant la capacité des censeurs à agir avec une efficacité redoutable. Pour de nombreux fans, notamment issus de la communauté LGBT+, ce retrait a constitué un choc émotionnel fort et un signal politique sans ambiguïté.


4. La vision culturelle de Xi Jinping

Ces mesures s’inscrivent dans une vision globale portée par Xi Jinping, qui considère la culture comme un outil de gouvernance et de cohésion nationale. Depuis son arrivée au pouvoir en 2012, le contrôle exercé sur les contenus audiovisuels s’est considérablement renforcé.

Cette approche ne se limite pas à la télévision. Elle s’étend aux jeux vidéo (avec des restrictions sur le temps de jeu pour les mineurs), à la littérature, aux réseaux sociaux, et même aux contenus produits à l’étranger qui souhaitent accéder au marché chinois — ce qui pousse certains studios hollywoodiens à s’autocensurer lors des coproductions.


5. Réactions et contexte légal

La situation est paradoxale : la Chine a dépénalisé l’homosexualité dès 1997 et l’a retirée de sa liste officielle des maladies mentales en 2001. Pourtant, la représentation publique des personnes LGBT+ reste sévèrement encadrée, voire quasi-invisible à l’écran.

Les militants de la cause LGBT+ en Chine dénoncent une stigmatisation persistante : l’absence de représentation contribue à l’invisibilité sociale et nuit à l’acceptation des personnes concernées. Selon Human Rights Watch, la situation des droits LGBT+ en Chine s’est globalement dégradée ces dernières années, avec une répression croissante des associations militantes.

À l’inverse, une partie des commentateurs conservateurs en Chine saluent ces mesures comme une protection nécessaire de la jeunesse contre ce qu’ils perçoivent comme une décadence culturelle.

6. Conclusion

La Chine a choisi la voie d’un contrôle culturel rigoureux. En interdisant les représentations homosexuelles, les relations adultères, les scènes de tabac et d’alcool, les tenues provocantes et les thèmes de réincarnation, Pékin affirme une vision conservatrice et centralisée de la morale publique — transmise par les écrans.




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