Les journalistes du magazine économique Challenges sont appelés à la grève mardi pour protester contre leur nouveau propriétaire, le géant du luxe LVMH, qu’ils accusent d’atteinte à leur indépendance et d’absence de perspectives quatre mois après leur rachat, ont-ils annoncé lundi.
Le principe de cette grève, prévue le jour du « bouclage » de l’hebdomadaire et susceptible de gêner sa parution, avait été voté la semaine dernière. Il a été confirmé lundi faute de réponses satisfaisantes de LVMH, propriété du milliardaire Bernard Arnault, a indiqué Guillaume Echelard, membre de la Société des journalistes (SDJ) de Challenges.
Selon plusieurs de ses journalistes, il s’agit d’une première dans l’histoire du titre lancé au début des années 1980, et connu pour son numéro annuel sur les 500 plus grandes fortunes de France.
Une grève sera également suivie mardi à La Tribune, les journalistes de cette publication, propriété de CMA Media, la branche media de l’armateur CMA CGM, protestant contre un plan social lié à un rapprochement avec BFM Business.
La SDJ et les syndicats de Challenges dénoncent la volonté du nouvel actionnaire de renoncer à la charte d’indépendance du magazine, qui octroie à la rédaction un pouvoir d’approbation pour la nomination de son directeur et prône « l’adhésion à une économie sociale de marché ».
Ils accusent aussi LVMH d’encourager les départs avec une généreuse clause de cession, dispositif qui permet de quitter un média lors d’un changement de propriétaire.
Dans ce contexte, le directeur du magazine, Pierre-Henri de Menthon, a officialisé la semaine dernière son départ, évoquant des « divergences » avec LVMH, deux jours après l’annonce selon laquelle un de ses potentiels successeurs, Thiébault Dromard, quittait aussi l’entreprise. De quoi faire craindre « un accident industriel » au magazine, avait alerté la SDJ la semaine dernière.
Depuis l’annonce du mouvement social, la SDJ dit avoir obtenu des concessions mais « nous avons appris que LVMH n’entendait faire aucune ouverture sur notre charte d’indépendance », une « décision historique » qui justifie la grève, selon elle, a-t-elle communiqué lundi.
LVMH, qui a finalisé le rachat de « Challenges » fin 2025 auprès de l’homme d’affaires Claude Perdriel, est déjà propriétaire du quotidien économique Les Echos et du quotidien généraliste Le Parisien (groupe Les Echos-Le Parisien), du quotidien libéral L’Opinion, du site d’actualité financière L’Agefi et de l’hebdomadaire Investir-Le Journal des Finances.
Les syndicats de journalistes et Reporters sans frontières (RSF) ont saisi la justice, pour l’instant en vain, pour dénoncer une situation de « concentration » dans la presse économique.