En Norvège, les moins de 16 ans devront bientôt ranger leurs smartphones. Le gouvernement d’Oslo a annoncé ce 24 avril un projet de loi radical, interdisant l’accès aux réseaux sociaux avant l’âge de 16 ans, une première en Europe. Les plateformes comme Meta, TikTok ou X auront l’obligation légale de vérifier l’âge de leurs utilisateurs sous peine de sanctions. Présentée comme une victoire pour l’enfance, la mesure soulève des questions sur son application, ses limites et ses enjeux sous jacents.
« Les enfants ne sont pas des cobayes pour les algorithmes » a tonné le Premier ministre Jonas Gahr Støre, justifiant une réforme qui vise à « rendre aux enfants leur enfance ». L’argument est séduisant : protéger les mineurs des dérives du numérique, des harceleurs en ligne et de l’addiction aux écrans. Pour autant, l’efficacité d’un tel blocage reste à prouver. L’Australie, pionnière en la matière, a bien fermé 5 millions de comptes en quelques semaines après l’adoption d’une loi similaire en 2025, mais les contourner reste un jeu d’enfant pour les ados déterminés…
La Turquie, la Grèce et une dizaine de pays européens préparent des textes comparables, tandis que Bruxelles planche sur une application de vérification d’âge « anonyme » pour éviter la collecte massive de données biométriques. Henna Virkkunen, vice-présidente de la Commission européenne, vante une solution « sans partage de données sensibles », basée sur la preuve cryptographique. Une avancée technologique saluée par Ursula von der Leyen, qui y voit « la fin des excuses » pour les plateformes. Malgré tout, des associations comme La Quadrature du Net mettent en garde contre les risques de surveillance accrue et de censure collatérale. Filtrer l’accès à l’information, même pour protéger, reste une pente glissante. Et si la promesse de l’anonymat n’est pas tenue, tout cela nous amène vers une identification systématique de l’individu pour aller sur le net.