Islamabad et Kaboul, le coût de la proximité, par Zia Ur Rehman (Le Monde diplomatique, mai 2026)


« On ne peut élever des serpents et s’attendre à ce qu’ils ne mordent que ses voisins »

Dès le 23 mars, Islamabad s’est imposé comme l’un des acteurs-clés des tentatives de médiation entre Washington et Téhéran, en vue d’un cessez-le-feu. Frontalier de l’Iran, le Pakistan mesure les conséquences potentielles d’une escalade du conflit, à l’heure où il est lui-même aux prises avec son rival historique, l’Inde, et engagé dans un affrontement violent avec l’Afghanistan.

Représentés sur les cartes par un trait continu, les 2 640 kilomètres de la ligne Durand — le nom de la frontière qui sépare le Pakistan et l’Afghanistan — ressemblent davantage à une série de pointillés. Espace géopolitique poreux et fluide, cette frontière n’a que peu d’existence concrète. Elle s’efface au gré des échanges entre régions tribales pachtounes et offre un espace idéal pour les insurgés de part et d’autre de son tracé. Un tel contexte favorise l’immixtion de chaque pays dans les affaires intérieures de son voisin.

Ces derniers mois, la région est entrée dans une phase de conflit plus aiguë. Les affrontements sporadiques et localisés ont laissé place à une confrontation militaire ouverte. Fin février, le Pakistan a effectué des bombardements en profondeur dans le territoire afghan, visant des villes importantes telles que Kaboul, la capitale, et Kandahar, ainsi que l’ancienne base aérienne américaine de Bagram. Les autorités talibanes ont affirmé avoir riposté en visant des positions frontalières pakistanaises avec des armes lourdes. Les deux parties se sont ensuite accusées mutuellement d’avoir fait des centaines de victimes, mais une vérification indépendante reste impossible.

La situation s’est encore détériorée lorsqu’une frappe aérienne pakistanaise a touché un centre de désintoxication dans la nuit du 16 mars à Kaboul, faisant au moins 143 morts. Un bref cessez-le-feu de cinq jours a suivi à l’occasion des célébrations de l’Aïd, mais les combats ont repris le 27 mars.

Si aucune des deux parties ne semble désireuse d’entrer dans une guerre totale, elles ont toutes deux démontré leur disposition à recourir à une violence calibrée. Ce schéma d’escalade contrôlée fait craindre qu’une erreur de calcul ne déclenche un conflit plus large et plus dévastateur.

Le Pakistan traverse cette crise dans une position paradoxale de force et de vulnérabilité. État doté de l’arme nucléaire, avec l’une des plus grandes armées permanentes du monde et une (…)

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