Pédagogie de la révolution, par Olivier Pironet (Le Monde diplomatique, mai 2026)


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Fernand Léger. — « Les Constructeurs », 1951

© Archives Alinari, Florence – Rmn-Grand Palais

Au début des années 1930, le Parti communiste français (PCF) décide de fonder une école pluridisciplinaire, gratuite, ouverte à tous et dont l’enseignement du marxisme formera l’ossature. Des intellectuels s’en chargent : abandonnant progressivement la stratégie « classe contre classe » (1924-1934), le PCF entend désormais mettre à profit leurs compétences. S’il se caractérise par sa vocation « universelle » — il prétend inclure un public non partisan —, le projet n’est pas tout à fait inédit. Il s’inscrit dans la lignée des cours élémentaires dispensés aux militants de base, souvent peu ou pas instruits, et des écoles réservées aux cadres du PCF, mis en place dans les années 1920. Sous le parrainage d’écrivains alors très renommés, Henri Barbusse et Romain Rolland, l’Université ouvrière de Paris (UO), créée par Paul Bouthonnier, Georges Cogniot et Georges Politzer, ouvre en 1932.

Dans son tract fondateur, l’UO critique l’enseignement traditionnel, façonné par et pour la classe bourgeoise et se présente comme un outil de transmission de la « science marxiste » permettant d’« armer [le prolétariat] en vue de sa libération ». L’établissement, que rejoignent pour y enseigner d’autres figures du PCF, comme le philosophe et écrivain Paul Nizan, suscitera un certain engouement. En 1937, il compte deux mille inscrits, essentiellement des ouvriers et des employés mais aussi des instituteurs, des étudiants, etc. L’UO propose aussi un enseignement par correspondance. D’autres universités ouvrières voient le jour à Dijon, Marseille, Sedan…

Parmi les disciplines proposées, c’est la philosophie, avec le cours sur le marxisme-léninisme et le matérialisme dialectique, assuré de 1934 à 1938 par Politzer, qui sera la plus suivie. Entré au PCF en 1930, le jeune agrégé de philosophie, né en 1903 en Hongrie, membre du Parti communiste hongrois à 16 ans, réfugié en France en 1921 après avoir participé à la Commune de Budapest (…)

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