Après la publication du rapport de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, son président, le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus, de plus en plus montré du doigt, appelle à une refonte des règles des instances parlementaires, ayant échoué dans sa volonté de bâillonner un tant soit peu son rapporteur Ch. Alloncle. Un Ch. Alloncle qui visiblement n’allait pas dans la direction souhaitée par le pouvoir en place. Dans des déclarations relayées par Le Nouvel Obs, J.P.L. propose donc ni plus ni moins d’interdire aux députés de commenter les auditions en direct sur les réseaux sociaux, de rendre la publication des rapports automatique et de clarifier les rôles entre président et rapporteur. Une belle preuve, s’il en était besoin, que l’impuissance au pouvoir mène souvent à la dictature.
Derrière des propositions présentées comme un gage de sérénité, voire de crédibilité, il semble surtout en ressortir une volonté de limiter la transparence, de mieux contrôler les rapporteurs les plus gênants. Patrier-Leitus, qui n’a pas forcément réussi à maintenir le calme dans cette commission, assume tout de même une « part de responsabilité » tout en pointant du doigt un peu jalousement l’ »hypermédiatisation » d’un Charles Alloncle plus que populaire. En s’adressant directement à Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, il semble vouloir verrouiller un peu plus le fonctionnement des outils de contrôle parlementaire. Il est toutefois bon de rappeler que la présidence de l’Assemblée et lui-même sont allés jusqu’à exercer des pressions pour atténuer un rapport final peu favorable à leur camp politique.
Les concessions arrachées à Charles Alloncle
C’est ainsi que pour que le rapport puisse être publié (à seulement 12 voix contre 10), le rapporteur Charles Alloncle a dû accepter plusieurs caviardages significatifs. Parmi les passages supprimés ou atténués figuraient notamment des mentions rappelant le rôle passé de Jérémie Patrier-Leitus lui-même, en tant qu’administrateur à Radio France en 2023-2024, ainsi qu’à France Médias Monde, mentions jugées embarrassantes et assimilées à des insinuations de conflit d’intérêts. De même les critiques directes envers Yaël Braun-Pivet, qui s’était permis de recadrer publiquement la commission, ont également été retirées.
Si cette commission n’avait pas été autant médiatisée, notamment grâce à l’utilisation intensive des réseaux sociaux par Charles Alloncle, le grand public aurait-il eu connaissance de tout ce que le rapporteur a découvert sur le fonctionnement, le financement d’un audiovisuel public à la dérive ?
Ces pressions montrent en tout état de cause l’habitude que le pouvoir a prise d’avoir en face de lui des politiciens plus à même de se coucher pour quelques miettes, que de tenir tête avec honneur pour défendre ceux qui les ont élus.