Au Japon, la guerre à la paix ? (Le Monde diplomatique, 8 mai 2026)


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Watanabe Nobukazu. — « Rumeur à propos de la guerre sino-japonaise », 1894.

En autorisant l’exportation d’armes létales et en renforçant sa participation aux dispositifs militaires régionaux, le Japon franchit un nouveau seuil. Alors que sa Constitution, rédigée sous occupation américaine, contraint le pays au pacifisme, il n’a pourtant jamais cessé de débattre des limites imposées à sa puissance militaire. D’un côté, une population attachée à la paix ; de l’autre, des élites conservatrices, réhabilitées par Washington dès la fin des années 1940, qui cherchent à raviver leurs ambitions de puissance. Celles-ci ne rompent pas avec les États-Unis : elles s’inscrivent dans leur revirement et en tirent profit.

Après 1945, Washington entendait extirper le militarisme japonais et promouvoir une démocratie « exemplaire ». Mais la victoire des communistes chinois en 1949 puis la guerre de Corée changent la donne : l’archipel devient un avant-poste anticommuniste, protégé par l’armée américaine, notamment à Okinawa. Et tant pis pour les espoirs initiaux de voir le Japon devenir une « Suisse asiatique ».

Réarmement discret dès 1954 avec la création des Forces d’autodéfense, assouplissement des règles sur l’exportation d’armes, implication accrue dans les dispositifs militaires régionaux, tentatives de révision constitutionnelle… La droite japonaise avance par étapes. Mme Sanae Takaichi semble aujourd’hui vouloir accélérer le mouvement, en exacerbant les tensions autour de Taïwan pour redéfinir la place stratégique du Japon.
Cette inflexion suscite toutefois des mobilisations, dans un pays où la contestation des bases américaines et la défense du pacifisme ont longtemps nourri de vastes mouvements populaires.

Reste une inconnue : Washington suivra-t-il ? M. Donald Trump bouscule les certitudes de ses alliés et cherche un « deal » avec Pékin, qui ne tolère aucune immixtion dans ses affaires internes, à commencer par Taïwan, que la Chine considère comme lui revenant depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Jusqu’à maintenant, Washington et Tokyo parvenaient à maintenir un niveau de tension permettant d’éviter le conflit ouvert. S’agirait-il de la provocation de trop ?



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