Aux origines du nettoyage ethnique, par Ilan Pappé (Le Monde diplomatique, mai 2026)


Les Palestiniens face au tournant sioniste des années 1920

L’accaparement des terres et des ressources de Palestine n’a pas débuté avec les grandes expulsions de 1948. Au temps du mandat britannique, le mouvement sioniste avait déjà envisagé et engagé un processus de colonisation avancée, qui impliquait l’effacement des populations, des structures et des cultures préexistantes. Il ne fallut pas longtemps pour que des affrontements éclatent.

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Dana Barqawi. – « Hébron », 2018

Au mitan des années 1920, le mouvement sioniste changea de visée : désormais, il ne s’agissait plus de partir en quête d’une terre d’accueil où les Juifs seraient en sécurité en restant à la merci des grandes puissances impériales, mais de coloniser la Palestine, en dépossédant la population autochtone. Ses responsables se mirent à considérer que cette dépossession était nécessaire pour obtenir un foyer national.

En 1926, le mouvement sioniste renversa ainsi les conventions ayant trait à la propriété foncière qui prévalaient depuis les réformes ottomanes du milieu du XIXe siècle. Ces dernières, dont la conséquence était que les terres n’étaient plus propriétés de l’État bailleur, avaient permis à des particuliers aisés de devenir propriétaires de vastes étendues de terre. Il s’agissait pour la plupart de non-résidents, aujourd’hui qualifiés de « propriétaires absentéistes ». Certains d’entre eux étaient des notables palestiniens.

Lorsqu’une parcelle était achetée, elle était vendue avec ses occupants et leur village. Il était de coutume que les villageois aient certaines obligations envers le propriétaire foncier, mais jamais il ne fut question qu’ils quittent les lieux. Du moins, jusqu’à ce que l’administration britannique change les règles. Dans un premier temps, elle supprima, en 1920, de nombreuses contraintes qui régissaient les transactions foncières. Dans les faits, le mouvement sioniste pouvait devenir propriétaire d’autant de parcelles qu’il le souhaitait, à la hauteur de ses moyens. Les Britanniques modifièrent également le statut juridique des villageois palestiniens, qui pour beaucoup pratiquaient l’agriculture sur les mêmes terres depuis des générations. Ils devinrent des cultivateurs à bail, leur présence dépendant désormais du bon vouloir du propriétaire foncier.

Entre 1921 et 1925, l’American Zion Commonwealth acheta ainsi près de 32 500 hectares de terres dans ce qui était alors Marj Ibn Amr (connue aujourd’hui sous le nom de (…)

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Ilan Pappé

Professeur d’histoire à l’université d’Exeter. Ce texte est adapté de Brève Histoire du conflit israélo-palestinien (Les Liens qui libèrent, 2026), traduction française de A Very Short History of the Israel-Palestine Conflict (Oneworld, 2024).



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