Longtemps, la drogue a été racontée comme une affaire de grandes villes, circulant dans les tours, les halls d’immeuble, les réseaux urbains. Pourtant, les addictions évoluent aussi bien derrière les façades tranquilles des villages et les routes départementales bordées de champs. Et dans ces territoires ruraux, les consommateurs se heurtent souvent à un autre problème : l’absence de soins.
L’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) souligne depuis plusieurs années que les usages de stupéfiants se développent dans les espaces ruraux et périurbains, avec des marchés désormais bien implantés. Cocaïne, cannabis, médicaments détournés ou héroïne circulent désormais « aussi facilement qu’en ville », comme le rapporte Reporterre.
Et en milieu rural, les structures spécialisées sont rares, parfois inexistantes. Les centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie se concentrent majoritairement dans les grandes agglomérations. Pour consulter, certains patients doivent parcourir des dizaines de kilomètres, sans transports publics adaptés. Ajoutons à cela la désertification médicale qui frappe déjà les campagnes françaises. Selon plusieurs études relayées par les associations d’élus ruraux, une partie importante du territoire manque de médecins généralistes, de psychiatres et de professionnels spécialisés dans les addictions. Résultat, des consommateurs restent seuls face à leurs dépendances, souvent dans un environnement où l’isolement social et la précarité aggravent les situations. Le décor est planté.
Par ailleurs, en campagne, l’usage se fait plus discret. Les consommations se déroulent loin des regards. Pas de scènes ouvertes comme dans certains centres urbains, mais des prises isolées, à domicile, dans des voitures ou lors de fêtes privées. Une discrétion qui entretient l’idée trompeuse d’une campagne préservée, et avec elle l’absence d’attention qu’on devrait lui porter.
Les professionnels de santé décrivent pourtant des situations de plus en plus lourdes. Les addictions touchent des profils variés : jeunes ruraux, travailleurs précaires, agriculteurs confrontés à des difficultés économiques, mais aussi néoruraux venus chercher un mode de vie alternatif. Les dispositifs de réduction des risques restent insuffisants. Certaines régions manquent totalement de structures mobiles ou de permanences adaptées. Les associations réclament davantage d’équipes itinérantes, capables d’aller directement vers les usagers plutôt que d’attendre leur venue dans des centres éloignés.