Le feuilleton autour du rachat de SFR entre dans une phase décisive, mais personne ne semble vraiment savoir à quoi ressemblera l’après. Tandis que les négociations se poursuivent autour d’une possible reprise de l’opérateur, salariés comme clients naviguent à vue, dans un climat tendu.
Depuis plusieurs mois, la maison mère de SFR, Altice France, cherche une issue pour réduire sa dette colossale. Le groupe fondé par Patrick Drahi porte encore plusieurs dizaines de milliards d’euros d’endettement après des années d’acquisitions agressives. Les difficultés se sont accentuées avec la remontée des taux d’intérêt et le ralentissement du marché des télécommunications.
L’opérateur compte pourtant environ 20 millions d’abonnés mobile et plus de 6 millions de clients fixes. Derrière Orange, il reste le deuxième acteur du secteur sur plusieurs segments stratégiques. Le problème, c’est qu’un éventuel rachat soulève immédiatement des questions de concurrence. Plusieurs scénarios circulent depuis des semaines : certains évoquent un démantèlement de SFR entre plusieurs concurrents comme Orange, Bouygues Telecom ou Free ; d’autres imaginent une fusion plus globale avec un acteur unique.
Dans tous les cas, les salariés redoutent une casse sociale massive. SFR emploie directement plus de 8 000 personnes en France, sans compter les sous-traitants et les centres d’appels liés à l’activité. Les syndicats craignent que les doublons techniques et commerciaux servent rapidement de justification à des suppressions de postes. Certains salariés expliquent à FranceInfo ne plus savoir s’ils auront encore un poste dans quelques mois.
Les clients, eux, s’inquiètent surtout d’un possible retour à un marché moins concurrentiel. Depuis l’arrivée de Free Mobile en 2012, les prix des forfaits ont fortement chuté en France. Cette guerre tarifaire a transformé le secteur et fait de l’Hexagone l’un des pays européens où les abonnements mobiles coûtent le moins cher. Une consolidation pourrait rebattre les cartes. Plusieurs économistes estiment qu’un passage de quatre à trois opérateurs ferait mécaniquement remonter les prix pour les consommateurs. C’est d’ailleurs ce qui avait poussé l’Autorité de la concurrence à regarder avec prudence les précédents projets de fusion dans les télécoms français.