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HK, de son vrai nom Kaddour Hadadi, parcourt les routes de France en musique depuis plusieurs décennies. Dans sa besace : de la révolte, une sincérité à toute épreuve, et beaucoup d’amour. Bilan de plus de trente ans de combat.
Révélé au grand public dans les années 1990 avec MAP (Ministère des Affaires Populaires), le chanteur HK continue sa carrière en solo, en duo ou entouré de dizaines de « Saltimbanks ». En 2021, nous l’avions rencontré lors d’un rassemblement en Ardèche, en pleine crise du Covid-19. Sa chanson Danser encore avait alors déjà cumulé plusieurs millions de vues sur YouTube.
Cinq ans plus tard, HK est toujours là pour dénoncer l’absurde, les inégalités, la xénophobie, les entraves à nos libertés fondamentales. Depuis, il a également constaté à quel point les médias hexagonaux avaient changé : auparavant célébrés, ses musiciens et lui ont été peu à peu boudés, mis de côté par de nombreuses chaînes de télévision et de radios « mainstream ».

Dans son dernier album, Le Coeur au vent, HK mise sur la poésie des mots pour rappeler la nécessité de rester soudés, les dangers de la propagande ou le combat pour la démocratie. Il met également en musique le poème Il vous appartiendra de vivre, de l’écrivain Refaat Alareer, né et mort à Gaza, un pays qu’il n’a jamais voulu quitter.
Rencontre avec un artiste profondément intègre, qui ne lâchera jamais rien.
Mr Mondialisation : Peux-tu nous raconter un peu ton parcours, l’environnement dans lequel tu as grandi et qui a forgé la personne que tu es aujourd’hui?
HK : « Je suis né à Roubaix en 1976, fils de parents immigrés d’Algérie. J’ai grandi dans cette ville, la plus pauvre de France, surtout dans ces années 80-90. Mais j’ai eu une jeunesse heureuse. Avec les copains, on a l’impression, avec le recul, d’être passés entre les gouttes. On voyait bien que c’était le désastre autour de nous, mais on vivait joyeusement. J’ai commencé la musique à 14, 15 ans. Le hip-hop débarquait d’outre-Atlantique dans nos quartiers, comme un tsunami.
J’ai choisi de prendre le micro quand d’autres copains se lançaient dans les graffitis, la danse hip-hop, ou le DJing. J’ai commencé dans le rap avec un premier groupe qui s’appelait Juste Cause. À l’époque, on pouvait faire des CD auto-produits qu’on mettait en dépôt-vente… Ça restait dans notre région, mais on était vraiment actifs. Notre premier maxi-CD s’appelait La dette de l’Occident. Notre second, Président, où on mettait un coup de pied dans la fourmilière. »

Mr Mondialisation : Ta musique était engagée dès le départ ?
HK : « Oui, c’était du rap conscient, mais toujours avec un rapport à la mélodie et au chant. J’ai eu un autre groupe, Peace of Salam, qui est resté dans le milieu amateur. Un combo reggae et hip hop, avec des amis d’enfance. Puis, il y a eu ce projet, MAP, pour Ministère des Affaires populaires. Du rap avec un accordéon, un violon. Tout de suite, ça a explosé. On a eu la reconnaissance du public et même des professionnels.
D’un coup, on est sortis de notre région, on a trouvé un producteur, on a joué dans les plus grands festivals de France. Les gens ont connu MAP avec des morceaux comme Debout la d’dans, Elle est belle la France… Il y a toujours eu ce côté rap conscient, engagé, militant, avec une grande musicalité. »
Mr Mondialisation : Quand le projet HK est-il né ?
HK : « En 2009. J’ai lancé HK et les Saltimbanks avec l’album Citoyen du monde et des titres comme On lâche rien. J‘avais juste envie de chanter, presque de dire la même chose qu’avec MAP, mais sous une forme un peu différente. HK fonctionne depuis plus de quinze ans de façon assez collégiale. Beaucoup de musiciennes et musiciens sont devenus des amis, des sœurs et des frères de son. Des gens rencontrés sur la route et avec qui le feeling est passé. C’est une grande tribu musicale, une famille. »
« Résister, c’est fondamental, mais ce n’est pas suffisant. »
Mr Mondialisation : Ta musique est une invitation à la fête, à la communion. Est-ce l’une des meilleures façons de résister ?
HK : « Résister, c’est fondamental, mais ce n’est pas suffisant, parce que ça implique d’être sur la défensive. De ne pas se laisser écraser par le rouleau compresseur. Mais pour moi, il faut qu’il y ait autre chose. Il faut un autre ingrédient, une dimension qui est celle de la proposition, de la création, de l’alternative.
En tant qu’artistes, je pense qu’on a notre part à apporter. Surtout dans cette époque où tout est fait pour nous opposer, semer la haine, la discorde. En contrepartie, il faut essayer de bâtir des ponts entre les gens, de maintenir de l’unité partout où c’est possible, des moments et des espaces refuges où les gens peuvent juste être heureux d’être ensemble et de danser ensemble. »
Mr Mondialisation : D’où ta chanson Danser encore, sortie pendant l’un des confinements dus au Covid…
HK : « Oui, car on subissait alors une gestion ultra-autoritaire, ultra-sécuritaire. Et là, on se dit : tiens, la démocratie a été kidnappée. Cinq, six personnes dans un bureau décident de ce qui est bien pour des millions, sans aucune forme de discussion. Car l’urgence leur donne la soi-disant légitimité pour le faire. Elle dit tout ça, cette chanson. On est au moment du deuxième confinement, on nous dit que la musique est non-essentielle. Vous pourrez aller au supermarché, vous pourrez faire vos courses, mais la culture n’est pas essentielle.
Ce fut la goutte d’eau, l’absurdité totale. Je crois que le succès de la chanson vient du fait qu’on a été beaucoup à ressentir le même ras-le-bol, le même besoin de dire stop. Comme s’ils avaient décidé qu’au XXIe siècle, manger, boire et dormir suffisaient à faire de nous des êtres humains. Or ce n’est pas ce qu’on est en tant qu’individu, et en tant que société. On a donc balancé cette chanson comme ça, filmée avec le téléphone… On n’aurait jamais pensé que ça allait résonner à ce point. »
Mr Mondialisation : D’autant qu’elle résonne toujours, des années après.
HK : « Oui, mais je me suis contenté de faire ce que j’ai toujours fait. Quand quelque chose me touche, me révolte, m’indigne, ou au contraire suscite des émotions positives, j’écris une chanson pour faire passer cette émotion. Et quand je chante « Ne soyons pas impressionnables / Par tous ces gens déraisonnables / Vendeurs de peur en abondance / Angoissants, jusqu’à l’indécence… », ça marche, ça crée une résonance auprès des gens. »
Mr Mondialisation : Plus récemment, tu as pris le micro à Saint-Denis pour défendre son nouveau maire, Bally Bagayoko. Est-ce que c’était une évidence pour toi ?
HK : « C’était une évidence, oui. Il n’y a rien de pire pour moi que d’être spectateur. Là, je voulais m’exprimer, peu importe l’utilité ou l’impact. Il s’avère que j’étais à Paris le même jour, pour une autre manifestation. D’habitude, on me sollicite. Là, c’est moi qui ai appelé les copains pour proposer de venir chanter, affirmer ma solidarité, et qu’on soit le plus nombreux possible. Bally est devenu un symbole.
J’étais très heureux de pouvoir lui dire en direct : Tu es notre fierté. À nous, enfants des quartiers populaires, et pas juste enfants de l’immigration. Cette fierté, elle est également due à la dignité, la classe avec laquelle il a répondu à tout cet acharnement. »

Mr Mondialisation : Tu as senti un vrai élan populaire ? Et un peu d’espoir ?
HK : « Clairement. Les médias ont été obligés d’en parler, mais je pense qu’ils ont vraiment minimisé. De l’intérieur, c’était incroyable, et ça donne beaucoup espoir. On parlait de résistance… Quand tu vois ce marteau-piqueur qu’est l’empire Bolloré, ce bashing de toutes nos idées, nos valeurs, nos combats depuis toutes ces années… Ils essaient de faire croire à la population que nous, ceux qui résistent, on ne compte pas. »
Mr Mondialisation : La main-mise de quelques-uns sur les médias, c’est un fait que tu constates personnellement ?
HK : « Depuis dix ans, je constate ce processus d’invisibilisation. C’est criant. Au début, j’ai juste vu qu’on commençait à disparaître petit à petit des médias alors que beaucoup de gens nous suivaient, qu’on avait de l’actualité… Concrètement, on ne nous a jamais dit « Non, on ne veut pas de vous. » Mais il y avait toujours une bonne raison pour ne plus nous inviter. Ça, on l’a constaté et pendant un moment, on ne le comprenait pas.
« Aujourd’hui, on comprend les mécanismes de monopole des médias par une certaine caste. »
Aujourd’hui, on comprend les mécanismes de monopole des médias par une certaine caste et en plus, au service d’une idéologie raciste, suprémaciste, xénophobe. Nous, on incarne exactement l’antithèse donc pourquoi nous laisser la parole, nous offrir la possibilité de répondre ?
Malheureusement, ces gens-là ont un impact, puisqu’ils sont matin, midi et soir à la télé, à la radio. Cette propagande, à force, elle fait des dégâts. Alors, rassembler des dizaines de milliers de personnes lors de rassemblements spontanés, ça nous rappelle qu’on est nombreux. Que ce soit pour Bally ou pour la journée du 10 septembre 2025… On est plus nombreux que ce qu’on veut nous faire croire. »
Mr Mondialisation : Mais la difficulté reste de réussir à s’organiser. Et ça, ils le savent très bien…
HK : « Oui, c’est à nous de trouver des solutions. C’est la part qui nous incombe, de se dire : Comment peut-on faire ? Il n’y a qu’un seul chemin, de toute façon, c’est sûr. »

Mr Mondialisation : Tu as vu plusieurs générations grandir en France. Quels espoirs as-tu pour celles qui arrivent ?
HK : « Je vois ma fille aînée, qui a 27 ans et est ultra militante, active, radicale. Plus que moi sans doute ! Je les vois eux, et puis moi, en train de devenir un vieux dépassé (rires) ! Mais je le vois avec joie. Ils sont là. On va tous mettre la main à la pâte, et ça me donne beaucoup d’espoir. Le contexte général est complexe : la main-mise sur les médias, ce rouleau compresseur, et nous, avec nos petits moyens. Tant qu’il y a de la lutte, il y a de l’espoir. Tant qu’il y a de la vie, il y a du combat. »
Mr Mondialisation : Tu joues aussi bien dans des salles moyennes que dans les quartiers, sur la place publique. Ressens-tu toujours le même élan ?
HK : « Oui parce que, quel soit l’endroit, on arrive avec ce qu’on est, notre sincérité, donc ça connecte toujours. Elle résonne au fin fond de nos campagnes, quand on fait les bals paysans, comme au cœur des quartiers. Ma musique, ce n’est pas spontanément ce que les jeunes des quartiers vont écouter. Mais à chaque fois qu’on y joue, il se passe des moments extraordinaires. Il y a les daronnes, les darons, les enfants, et puis les ados qui se retrouvent embarqués par l’ambiance. Il y a même les chibanis, les anciennes, les anciens. Tu sens qu’il y a quelque chose qui prend. »
« il y a encore une immense majorité de gens dans notre pays qui veulent juste vivre ensemble de façon heureuse, apaisée, respectueuse. »
Mr Mondialisation : Des projets en ce sens à venir ?
HK : « On va jouer chez nous dans le Nord pour les 40 ans de l’association de la Goutte d’or. J’adore jouer sur la place publique. Dans des endroits différents, pour des gens différents, en disant les mêmes choses. Parce que finalement, on aspire aux mêmes choses. Malgré la propagande puissante, il y a encore une immense majorité de gens dans notre pays qui veulent juste vivre ensemble de façon heureuse, apaisée, respectueuse. Notre travail, c’est de contrer ça, nourrir le vivre ensemble et le mettre en visibilité le plus possible. »
Mr Mondialisation : Un dernier mot pour les lecteurs et lectrices de Mr Mondialisation ?
HK : « On continue, on lâche rien ! Aujourd’hui, comme hier, et comme demain. »
Retrouvez toutes les dates de la tournée d’HK sur son site officiel.
– Entretien réalisé par Marie Waclaw
Photographie de couverture : ©Flavien Moras
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