Le Parlement ghanéen examine actuellement des propositions de loi qui pourraient profondément modifier les règles d’établissement de la filiation dans le pays. Portés par les députés Yakubu Mohammed et Kwame Asare Obeng, ces textes prévoient notamment l’obligation d’effectuer un test ADN de paternité pour chaque enfant avant la délivrance de son acte de naissance.
Les promoteurs de ces réformes invoquent une augmentation préoccupante des cas de non-paternité biologique révélés par des tests ADN. Selon des données publiées par Blueprint DNA Organization, 42,3 % des tests réalisés entre 2025 et 2026 auraient conclu à l’absence de lien biologique entre l’enfant et le père présumé.
Ces chiffres, largement relayés dans le débat public, ont ravivé les discussions sur les litiges liés à la filiation et aux responsabilités parentales.
Criminaliser la fraude à la paternité
Pour Yakubu Mohammed, l’instauration d’un test systématique permettrait de renforcer la confiance au sein des couples, de garantir les droits successoraux des enfants et d’assurer une plus grande fiabilité des registres d’état civil. Son collègue Kwame Asare Obeng, connu sous le nom d’A Plus, souhaite aller plus loin en criminalisant la « fraude à la paternité » et en prévoyant des sanctions pénales contre les femmes qui désigneraient délibérément un homme comme père d’un enfant dont il n’est pas le géniteur.
Les défenseurs du projet estiment également qu’une telle mesure réduirait les contentieux devant les tribunaux familiaux et garantirait à chaque enfant le droit de connaître ses origines biologiques. Ils considèrent que la généralisation des tests ADN apporterait davantage de transparence dans les relations familiales.
Une suspicion systématique
Mais les propositions soulèvent de nombreuses critiques. Des organisations de défense des droits humains, des juristes et plusieurs acteurs de la société civile dénoncent une mesure jugée intrusive et discriminatoire. La juge Sedinam Awo Kwadam estime que ces textes instaureraient « une suspicion d’État dès la naissance » en imposant aux femmes de prouver implicitement leur fidélité.
Selon elle, le projet repose sur une présomption de méfiance envers les mères et risque de confondre des situations très différentes, allant de l’erreur involontaire à la fraude délibérée. La magistrate rappelle également que le Ghana dispose déjà d’un cadre juridique permettant de régler les litiges de filiation dans l’intérêt supérieur de l’enfant et que les hommes qui doutent de leur paternité peuvent déjà recourir à des tests ADN privés ou saisir les tribunaux.
Au-delà des questions juridiques, le coût de la mesure constitue un autre sujet de préoccupation. Au Ghana, un test ADN coûte en moyenne environ 3 000 cedis, soit plus de 255 dollars américains. Plusieurs observateurs craignent qu’une telle obligation ne représente une charge financière importante pour les familles et ne retarde l’enregistrement administratif des nouveau-nés.
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