Depuis 1928, elle se bat pour les animaux : dans les coulisses de la CNDA, presque centenaire et pourtant méconnue

Fondée en 1928, la Confédération Nationale Défense de l’Animal (CNDA) réalise un travail plus discret que d’autres associations bien plus connues du grand public. Pourtant, son combat contre la maltraitance animale prend différentes formes essentielles. Rencontre avec Bruno Navarro, son délégué général.

Il est des associations dont on entend peu parler. C’est le cas de la Confédération Nationale Défense de l’Animal. Elle agit pourtant depuis près d’un siècle auprès des animaux domestiques. Moins populaire que d’autres grands noms de la protection animale, elle est pourtant présente dans 97 départements français.

Son mode d’action se décline sous forme d’aide apportée aux refuges fédérés, de pédagogie, d’actions en justice ou encore de sauvetages. Grâce à la force de son réseau et le travail d’une équipe soudée et dévouée, la CNDA parvient à sauver plus de 200 000 animaux chaque année.

Elle est également particulièrement présente et vigilante face aux contenus de maltraitance diffusés sur les réseaux sociaux. Suite à sa plainte déposée à l’encontre d’un influenceur pour sa vidéo malmenant un chien, Bruno Navarro, délégué général de la CNDA, a accepté de faire le point avec Mr Mondialisation.

Logo Defense del'Animal ©CNDA
Le logo de la Confédération Nationale Défense de l’Animal © CNDA

Mr Mondialisation : Pouvez-vous présenter le travail de la Confédération Nationale Défense de l’Animal à nos lecteurs ?

Bruno Navarro : « La Confédération Nationale Défense de l’Animal, souvent appelée CNDA, va fêter son centenaire en 2028. Par le nombre de refuges, c’est l’organisation la plus importante en France. Nous confédérons environ 260 associations de protection animale dans l’Hexagone ainsi qu’aux Outre-Mers. La particularité, c’est que les gens qui viennent se confédérer dans notre organisation sont des associations dites « indépendantes ». Elles ont chacune leur propre statut, leurs propres moyens de subsistance, etc.

Ce que nous apportons en tant que confédération, c’est un appui sur tous les aspects de la gestion quotidienne d’un refuge. À savoir ce qui a trait au bien-être animal, les problématiques rencontrées dans les gouvernances, les relations en termes de droit social vis-à-vis des salariés… Enfin, nous sommes une association reconnue d’utilité publique, ce qui nous autorise à traiter pour le bénéfice de ces associations les dons et les legs que le public peut leur attribuer. » 

Les chiens récupérés dans les refuges peuvent être accompagnés par un éducateur ©CNDA
Les chiens récupérés dans les refuges peuvent être accompagnés par un éducateur ©CNDA

Mr Mondialisation : En quoi consiste votre rôle en tant que délégué général ?

Bruno Navarro : « Cette confédération est composée d’un conseil d’administration de 12 membres bénévoles. Le siège de la confédération se situe à Lyon et comporte 10 salariés, dont moi-même. Et en tant que délégué général, je mets en œuvre la politique décidée par le bureau du conseil d’administration. Celui-ci est constitué de cinq membres: un président, deux vice-présidents, un trésorier et un secrétaire général.

Bénévoles et salariés sont tous arrivés chez la CNDA parce qu’ils ont chevillé au corps la protection animale. Ils sont impliqués au quotidien, et remarquables d’engagement et de stabilité émotionnelle. Parfois pourtant, c’est très difficile parce qu’ils font face chaque jour à la violence et à la maltraitance. Il faut être là pour les soutenir. » 

« plus on entre dans la crise économique, plus la subsistance de nos refuges devient critique. » 

Mr Mondialisation : D’où viennent les fonds qui permettent à la CNDA de mener ses actions ?

Bruno Navarro : « Essentiellement de la générosité du public. Ce qui explique d’ailleurs que, plus on entre dans la crise économique, plus la subsistance de nos refuges devient critique. L’une des grandes questions posée par les refuges, c’est comment nourrir les animaux et comment les soigner. Nous assistons à une explosion des prix de l’alimentation animale, ainsi qu’à celle des interventions vétérinaires, que ce soient les médicaments ou les actes vétérinaires en eux-mêmes. Nos actions servent donc à aider financièrement ou matériellement les refuges qui en ont le plus besoin. » 

La Confédération Nationale Défense de l'Animal participe à des collectes pour les refuges ©CNDA
La Confédération Nationale Défense de l’Animal participe à des collectes pour les refuges ©CNDA

Mr Mondialisation : La CNDA agit également contre la maltraitance animale. Récemment, vous avez déposé plainte contre le tiktokeur Mortadon suite au coup de poing que celui-ci a asséné à un malinois, en Albanie, le 25 juillet 2026. Pourquoi cette décision ?

Bruno Navarro : « Nous combattons systématiquement ces vidéos. Un animal ne peut pas être un accessoire de divertissement, ni l’instrumentalisation du désir de faire mal. En l’occurrence, lorsqu’un influenceur fait souffrir, terrorise ou maltraite un animal pour obtenir des vues, notre réaction s’inscrit dans le refus que la souffrance de l’animal devienne un outil de communication. Nous ne pouvons pas accepter ce passage systématique de la maltraitance à la mise en scène.

Pourquoi ? Parce que derrière, on a quelqu’un qui, pour obtenir des vues et augmenter le nombre des abonnés, voire parfois obtenir de l’argent, va mettre en scène volontairement une maltraitance, la filmer et puis la diffuser. Il s’agit d’un enchaînement d’actes tout à fait réfléchi et conscientisé, dans un but que nous ne pouvons pas accepter. » 

Sabine Fghoul, présidente de la Confédération et de la SPA de Haguenau et environs (67). ©CNDA / Christophe Boulair

Mr Mondialisation : Sachant qu’aucun modérateur n’a interdit cette vidéo… 

Bruno Navarro : « En fait, il s’agit d’un cercle vicieux. C’est via les réseaux sociaux que l’alerte concernant une maltraitance se propage. Donc, le sujet, c’est à la fois d’utiliser intelligemment ces réseaux sociaux, mais également d’attirer l’attention du public. En effet, relayer des scènes de maltraitance, c’est apporter de l’eau au moulin de celui ou celle qui l’a causée, dans la perspective de faire de l’audience.

Le vrai sujet est double. C’est d’abord celui de la modération sur les réseaux sociaux, mais aussi de l’éducation du grand public, en expliquant qu’il ne faut surtout pas relayer ce type de contenu, mais le signaler auprès de plateformes comme Pharos. De ce point de vue, nous avons probablement une œuvre de sensibilisation à mener. Je suis en pleine réflexion avec les administrateurs sur la façon dont nous pourrons faire cela, dès septembre. » 

Mr Mondialisation : Avez-vous déjà obtenu des résultats suite à d’autres plaintes ?

Bruno Navarro : « J’ai pris la décision, il y a maintenant deux ans, de créer un véritable service juridique au sein de la CNDA. Une salariée, juriste, s’occupe activement de gérer ce genre d’affaires. Elle travaille avec un certain nombre d’avocats spécialisés, notamment dans le droit des animaux. Nous sommes donc déjà sur un certain nombre d’affaires, et avons obtenu des décisions de justice avec des sanctions à la clé. Soit le maltraitant se voyait retirer l’animal, soit il recevait une interdiction pendant plusieurs années, voire ad vitam aeternam, d’en détenir un. Mais il y a encore du chemin à parcourir… » 

« il faudrait intégrer dans les programmes scolaires de vraies actions éducatives pour expliquer aux enfants qu’un animal est un être sensible. » 

Mr Mondialisation : Voyez-vous règlements et lois aller plutôt dans le bon sens ?

Bruno Navarro : « Il y a des progrès, certes, mais il faut probablement aller plus loin. Il y a désormais notamment un référent animal dans chaque gendarmerie. Des progrès ont été faits, mais plus largement, je pense qu’il faudrait intégrer dans les programmes scolaires de vraies actions éducatives pour expliquer aux enfants qu’un animal est un être sensible. 

C’est un tout, complexe. S’y mêlent la volonté des pouvoirs publics, la sensibilité des politiques, la création de programmes éducatifs, la capacité des juges à faire dire la loi avec suffisamment de fermeté et faire en sorte que les peines soient véritablement appliquées… Ou encore l’audience que l’on peut donner aux institutions de protection animale comme la CNDA, peu connue du grand public et qui ne vit pourtant que de sa générosité. » 

C'est essentiellement avec les dons des particuliers que la CNDA peut accomplir ses missions ©CNDA
C’est essentiellement avec les dons des particuliers que la CNDA peut accomplir ses missions ©CNDA

Mr Mondialisation : Avez-vous mis en place des outils pour lutter, plus globalement, contre cette violence systémique ?

Bruno Navarro : « Oui, car nous travaillons de façon générale sur la question du lien humain-animal. Nous savons tout d’abord que lorsqu’il y a des violences intra-familiales, du fait de l’homme dans environ 97% des cas, l’animal en est souvent directement victime. Ou bien, il peut être instrumentalisé de deux façons. La première, c’est de menacer de lui faire du mal si femme et enfants ne se soumettent pas aux volontés du maltraitant. La deuxième, pour éviter que la femme parte avec les enfants, leur prédateur dit qu’il va se venger sur le chien, le chat ou le hamster.

Des situations qui font que, souvent, la femme battue préfère rester au foyer quel qu’en soit le coût à payer, pour sa santé et même sa vie. Nous avons donc signé deux protocoles que nous avons appelés « Violence intra-familiale ». L’un, avec le parquet général de Toulouse, l’autre, avec le parquet général d’Aix-en-Provence. Et d’autres encore vont suivre, car nous y travaillons activement.

« lorsqu’il y a des violences intra-familiales, du fait de l’homme dans environ 97% des cas, l’animal en est souvent directement victime »

À ce titre, dès lors que le juge a connaissance de violences intra-familiales et qu’il y a un animal au foyer, il alerte la CNDA qui, sur réquisition du juge, récupère l’animal et le met à l’abri dans un endroit qui est tenu secret vis-à-vis du maltraitant. Cela donne le temps à la victime de se retourner afin de trouver une solution pérenne pour l’animal. Et pendant ce temps-là, la CNDA prend en charge tous les frais, alimentation ou vétérinaires. C’est une avancée sur laquelle je fonde beaucoup d’espoir. »

Chaque année, la CNDA sauve plus de 200 000 animaux domestiques, comme c'est le cas ici avec Saphir ©CNDA
Chaque année, la CNDA sauve plus de 200 000 animaux domestiques, comme c’est le cas ici avec Saphir ©CNDA

Mr Mondialisation : Pour finir sur une note positive, pouvez-vous nous parler d’une de vos réussites concernant un animal récupéré par la CNDA ? 

Bruno Navarro : « Nous essayons de nous battre contre la double peine encourue par les chiens maltraités puis abandonnés. À chaque fois que je peux, je tente de sortir les chiens de la fourrière. Après cela, il faut leur trouver des points de chute dans les refuges, puis des financements avec de bons éducateurs pour les remettre sur les rails. Malgré un passé éprouvant, nous avons par exemple eu un chien remarquable, Usko, qui a réappris à faire confiance en l’humain et a fini par trouver un maître.

Quand il est parti, nous avions tous les larmes aux yeux parce qu’on savait que ce chien le méritait amplement. Alors que si vous l’aviez vu au sortir de la fourrière, je vous assure qu’il fallait y croire, et oser. C’est malheureusement la réalité quotidienne et tragique de ces animaux que les humains maltraitent. Alors, quand nous pouvons les aider et les sauver, c’est sans doute la plus belle des récompenses. » 

Entretien réalisé par Marie Waclaw


Photo de couverture : ©CNDA

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