21 août 2026
Sommaire
L’essentiel en une phrase
Le parquet de Valence a rendu le 17 août 2026 un réquisitoire supplétif écartant la circonstance aggravante de racisme dans l’affaire du meurtre de Thomas Perotto à Crépol, contredisant l’avis de fin d’information rendu un mois plus tôt par les juges d’instruction, qui l’avaient eux retenue contre les quatorze personnes mises en examen — une divergence procédurale qui devra être tranchée avant l’ouverture du procès, prévu en 2027.
Rappel des faits : le bal de Crépol, novembre 2023
Dans la nuit du 18 novembre 2023, une violente altercation éclate en marge d’un bal de village à Crépol, une commune d’environ 500 habitants de la Drôme, à une quinzaine de kilomètres de Romans-sur-Isère. Thomas Perotto, 16 ans, est mortellement poignardé ; plusieurs autres jeunes présents sont blessés lors de la même altercation. L’affaire, largement relayée dans la presse nationale dès les jours suivants, a donné lieu à une instruction judiciaire pour meurtre et tentatives de meurtre en bande organisée, qui a duré plus de deux ans et demi. Quatorze personnes ont été mises en examen dans ce dossier.
Qu’est-ce qu’une « circonstance aggravante de racisme » ?
En droit pénal français, l’article 132-76 du code pénal permet d’aggraver la peine encourue pour un crime ou un délit lorsqu’il est établi que les faits ont été commis « à raison de l’appartenance ou de la non-appartenance, vraie ou supposée, de la victime à une ethnie, une nation, une prétendue race ou une religion déterminée ». Concrètement, retenir cette circonstance ne change pas la qualification du crime lui-même (meurtre reste meurtre), mais alourdit la peine plancher encourue si la culpabilité est reconnue. C’est précisément ce point technique — et non la réalité du meurtre lui-même, qui n’est pas contestée — qui oppose aujourd’hui juges d’instruction et parquet dans le dossier Crépol.
Le 20 juillet, les juges d’instruction retiennent le mobile raciste
Dans leur avis de fin d’information du 20 juillet 2026, les juges d’instruction de Valence ont retenu la circonstance aggravante de racisme à l’encontre des quatorze mis en examen. Cette décision, rendue à l’issue de plus de deux ans d’investigations, s’appuie selon la presse spécialisée sur quatorze témoignages recueillis durant l’enquête évoquant des propos visant explicitement des personnes en raison de leur couleur de peau, dont une phrase rapportée par plusieurs témoins : « On va planter du blanc ». Les juges ont revu leur position après que des parties civiles ont fait valoir que ces témoignages n’avaient pas été suffisamment pris en compte plus tôt dans l’instruction.
Le 17 août, le parquet le rejette de nouveau
Ce n’est pas la première fois que le parquet de Valence prend le contre-pied des juges d’instruction sur ce point : son réquisitoire définitif du 12 juin 2026 n’avait déjà pas retenu le mobile raciste. Après l’avis des juges du 20 juillet, le ministère public a émis un second document — un réquisitoire supplétif daté du 17 août 2026, long d’une cinquantaine de pages — maintenant sa position. Le parquet y qualifie les témoignages évoquant des propos racistes de « très minoritaires », « imprécis et parfois contradictoires », et considère que les faits de racisme ne sont pas suffisamment caractérisés pour justifier la qualification aggravée.
À noter — ce désaccord entre magistrats instructeurs et ministère public ne porte que sur la qualification aggravante, pas sur la réalité des violences ni sur la nécessité d’un procès. Aucune des deux positions ne constitue à ce stade une décision de justice définitive : la mise en examen ne vaut pas culpabilité, et la qualification retenue à l’issue de l’instruction pourra encore évoluer devant la juridiction de jugement.
Qui décide, et pour quand ?
En droit français, le réquisitoire du parquet ne lie pas les juges d’instruction : ce sont eux qui rendront l’ordonnance de règlement fixant définitivement les qualifications retenues pour le renvoi devant la juridiction de jugement — cour d’assises ou cour criminelle départementale selon la qualification finale. Les parties (mis en examen comme parties civiles) pourront ensuite contester cette ordonnance devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel. Le procès de l’affaire Crépol est pour l’instant annoncé pour 2027, sans date précise arrêtée à ce stade.
Conclusion
Trois ans après le drame, l’affaire Crépol illustre une réalité peu visible du fonctionnement de la justice française : la qualification exacte d’un crime peut rester disputée entre magistrats jusqu’aux dernières étapes de l’instruction, sans que cela ne retarde la tenue du procès lui-même ni ne présume de son issue. Le débat sur la circonstance aggravante de racisme, hautement sensible dans le contexte politique de cette affaire, se poursuivra devant la chambre de l’instruction puis, le cas échéant, devant la juridiction de jugement en 2027.
Rappel sur les limites de cet article
Le contenu précis des témoignages évoqués par les juges d’instruction et le détail intégral du réquisitoire supplétif du parquet n’ont pas pu être consultés dans leur version complète (documents de procédure non rendus publics), les éléments cités ici proviennent de reprises de presse convergentes. La qualification définitive de l’affaire n’est pas arrêtée à ce jour : ni la circonstance aggravante de racisme, ni la culpabilité des personnes mises en examen ne sont établies à ce stade de la procédure. Cet article ne nomme aucun des mis en examen ni aucune victime autre que Thomas Perotto, dont l’identité est déjà largement publique.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une circonstance aggravante de racisme en droit français ?
Une disposition du code pénal (article 132-76) qui alourdit la peine encourue lorsqu’il est établi qu’un crime a été commis en raison de l’appartenance réelle ou supposée de la victime à une ethnie, une nation ou une religion.
Pourquoi le parquet et les juges d’instruction sont-ils en désaccord ?
Les juges d’instruction se sont appuyés sur des témoignages évoquant des propos racistes lors des faits ; le parquet estime ces témoignages trop minoritaires et contradictoires pour caractériser juridiquement le mobile raciste.
Qui aura le dernier mot sur cette qualification ?
Ce sont in fine les juges d’instruction, via leur ordonnance de règlement, puis éventuellement la chambre de l’instruction de la cour d’appel en cas de recours, et enfin la juridiction de jugement lors du procès.
Quand aura lieu le procès de l’affaire Crépol ?
Il est annoncé pour 2027, sans date précise fixée à ce jour.
Sources
- Europe 1 — Meurtre de Thomas à Crépol : le ministère public écarte la circonstance aggravante de racisme anti-blanc
- Wikipédia — Mort de Thomas Perotto (chronologie de l’affaire)
- Le Temps — Trois ans après le meurtre de Crépol, la France se déchire toujours sur la prise en compte du « racisme anti-Blancs »
- Cabinet Kohen Avocats — La circonstance aggravante de racisme en droit pénal : l’affaire Crépol
Source : Lire l’article original