Piratage de Jinko : les données médicales de plus de 3 500 malades du cancer volées

Vie Privée — 12 septembre 2026
⚠ En bref : Jinko, une application française d’accompagnement pour les malades du cancer, a confirmé le 8 septembre 2026 avoir été victime d’un piratage. Un pirate affirme avoir extrait les dossiers de plus de 3 500 comptes, incluant des données médicales très sensibles (types de cancer, traitements, antécédents). Aucune confirmation officielle de la CNIL n’a été recensée à ce stade.
Une application censée accompagner des patients dans l’un des moments les plus vulnérables de leur vie s’est transformée en source d’exposition de leurs secrets médicaux les plus intimes. Le 8 septembre 2026, la start-up française Jinko a confirmé le piratage de sa base de données, après la publication d’une revendication sur un forum cybercriminel. Type de cancer, stade de la maladie, traitements suivis, échanges privés avec des soignants : les informations dérobées touchent au cœur de la vie privée sanitaire de plus de 3 500 personnes. Voici ce que l’on sait, ce qui reste incertain, et ce que cette affaire dit d’une vague plus large de fuites de données en France en 2026.

🚨 Que s’est-il passé chez Jinko ?

Jinko, une application française d’accompagnement pour les personnes atteintes de cancer, a confirmé le 8 septembre 2026 avoir subi une intrusion informatique ayant entraîné le vol de données personnelles et, pour de nombreux patients, de données médicales sensibles. La fuite a été révélée par France Inter le même jour, après qu’un individu a publié une partie de la base de données sur un forum cybercriminel dès le 7 septembre. Jinko affirme avoir sécurisé ses systèmes et informé les personnes concernées.


🏥 Qui est Jinko, cette plateforme pour malades du cancer ?

Jinko — parfois désignée sous le nom commercial Jinko.care — est une jeune entreprise française (start-up) qui propose un accompagnement personnalisé aux personnes atteintes de cancer, avant, pendant et après leurs traitements : suivi infirmier à distance, mise en relation avec des soins de support (nutrition, psychologie, activité physique adaptée), coordination avec des professionnels de santé. Selon les éléments recueillis par la presse spécialisée, la plateforme revendique un réseau de plus de 200 praticiens certifiés et plus de 100 professionnels médicaux référencés dans ses bases.

Il est important de la distinguer d’un hébergeur de données de santé au sens strict. En France, tout organisme qui stocke des données médicales pour le compte de tiers doit en principe être certifié HDS (Hébergeur de Données de Santé), une certification prévue par l’article L. 1111-8 du code de la santé publique. Jinko est une structure d’accompagnement — pas un hébergeur professionnel de données de santé au sens classique du terme (à la manière d’un cloud médical agréé) — et aucune source consultée ne permet à ce stade de confirmer ou d’infirmer publiquement si elle dispose ou non de cette certification, ni quel sous-traitant technique héberge réellement ses bases. Ce point figure dans l’encadré des limites ci-dessous.


📁 Quelles données ont été dérobées ?

Selon les recoupements entre plusieurs médias spécialisés (Clubic, cyberattaque.org, franceinfo, Generation-NT), les données exfiltrées se répartissent en plusieurs catégories :

  • Données d’identification : noms, prénoms, dates de naissance, adresses e-mail, numéros de téléphone, adresses postales ;
  • Données médicales détaillées : type de cancer, stade de la maladie, présence de métastases, éventuelles récidives, traitements et médicaments suivis (dont hormonothérapies), antécédents chirurgicaux et familiaux, symptômes rapportés et, selon certaines sources, des réponses à des questionnaires de qualité de vie ;
  • Communications internes : selon les recoupements, plus de 20 000 messages répartis dans plus de 1 000 fils de discussion, ainsi que des échanges avec un assistant conversationnel (IA) intégré à l’application ;
  • Documents et fichiers cliniques : ordonnances à en-tête d’établissements hospitaliers et d’instituts spécialisés (dont Gustave-Roussy selon franceinfo), comptes rendus, et selon certaines sources plusieurs milliers de fichiers (images, audio, vidéo) ;
  • Données de professionnels de santé référencés par la plateforme (coordonnées de plus de 100 médecins selon un média).

Un acteur se faisant appeler « DaOnlySpark » a revendiqué l’attaque. Selon un média spécialisé, le volume total avoisinerait 3,7 Go de données. Un autre article évoque 85 tables issues d’une base Firestore et plus de 883 000 lignes au total — un chiffre qui ne correspond toutefois pas au nombre de personnes concernées, mais probablement à l’ensemble des enregistrements techniques (messages, événements, journaux) contenus dans la base. Ce chiffre n’a pas été confirmé par Jinko elle-même.

Aucun nom de patient n’est repris dans cet article : conformément à notre charte éditoriale, les personnes concernées par une fuite de données ne sont jamais identifiées nommément, seul le traitement agrégé et institutionnel de l’affaire est documenté.


🔓 Comment l’intrusion s’est-elle déroulée ?

Selon les éléments rapportés par la presse spécialisée, le pirate affirme avoir eu accès à l’environnement technique de Jinko dès le 5 septembre 2026, avant d’en extraire la base de données, puis d’en publier une partie sur un forum cybercriminel le 7 septembre. Les données proviendraient d’une architecture technique reposant sur des outils Google (Firestore et Firebase Storage), ce qui suggère — sans que cela soit confirmé formellement par Jinko ou par un rapport d’incident public — une mauvaise configuration d’accès ou des identifiants techniques compromis, plutôt qu’une faille logicielle inédite. Un média évoque « une faille de sécurité connue dans le système de gestion de la base de données » exploitée par l’attaquant, sans détail technique vérifiable à ce stade.

🗓 Chronologie des événements clés

  • 5 septembre 2026 — intrusion revendiquée par l’attaquant « DaOnlySpark ».
  • 7 septembre 2026 — publication d’une partie de la base sur un forum cybercriminel.
  • 8 septembre 2026 — révélation publique par France Inter ; Jinko confirme l’incident le soir même, présente ses excuses et annonce avoir sécurisé ses systèmes.
  • 10 septembre 2026 — premières analyses juridiques publiques sur les obligations RGPD applicables aux partenaires professionnels de Jinko.

🔢 Combien de personnes sont concernées ?

Le chiffre le plus repris dans la presse est celui de 3 552 comptes utilisateurs actuels exposés, avancé sur la base de la revendication du pirate et recoupé par plusieurs médias. Un article mentionne par ailleurs 188 000 entrées historiques présentes dans les bases, un chiffre qui ne correspond toutefois pas à un nombre équivalent de personnes distinctes (doublons, entrées techniques, anciens comptes inactifs). Ce total de 3 552 n’a pas été confirmé chiffre pour chiffre par une communication officielle de Jinko elle-même — l’entreprise a indiqué avoir « informé les personnes concernées » sans publier de décompte précis à la date de rédaction de cet article.


📢 Que répond Jinko ?

Ce que Jinko a déclaré

Contactée par les journalistes, l’équipe de Jinko a affirmé être « profondément désolée » de la situation. Elle indique avoir « sécurisé ses systèmes » depuis la découverte de l’incident et avoir « informé les personnes concernées ». L’entreprise a également annoncé son intention de déposer plainte contre l’auteur de l’intrusion, et indique collaborer avec les autorités compétentes pour se conformer à ses obligations légales.

Aucune communication publique de la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) sur ce dossier précis n’a été recensée à la date de publication de cet article. Or, le règlement européen sur la protection des données (RGPD) impose au responsable de traitement de notifier une violation de données à la CNIL « dans les meilleurs délais » et, si possible, sous 72 heures après sa découverte (article 33), ainsi que d’informer directement les personnes concernées en cas de risque élevé pour leurs droits (article 34) — deux obligations qui s’appliquent quelle que soit la taille de la structure responsable du traitement.


⚠ Quels risques concrets pour les patients ?

Contrairement à une fuite de coordonnées bancaires ou d’identifiants de connexion, une fuite de données de santé ne peut pas être « changée » comme un mot de passe. Un diagnostic de cancer, un stade de maladie ou un traitement suivi restent attachés à la personne de façon définitive. Les risques identifiés par les spécialistes en cybersécurité pour ce type d’incident incluent :

  • le hameçonnage ciblé (phishing) exploitant la connaissance du diagnostic pour se faire passer pour un établissement de soins ou une mutuelle ;
  • des tentatives d’escroquerie à de faux traitements ou à de fausses aides financières visant des personnes en situation de vulnérabilité ;
  • un risque de discrimination (assurance, emploi) si ces données venaient à circuler au-delà du cercle des personnes malveillantes ayant déjà eu accès à la base publiée ;
  • un préjudice psychologique lié à la divulgation forcée d’informations médicales intimes, y compris des échanges privés avec un assistant conversationnel ou des soignants.

Ce dernier point distingue cette affaire d’autres fuites déjà traitées par Liberta Press : nous avions documenté en août la fuite de données de santé touchant le géant pharmaceutique Amgen via ses prestataires cloud, où les volumes en jeu étaient plus importants mais la nature des données un cran moins intime (données d’essais cliniques et administratives plutôt que des échanges personnels avec des patients).


📰 Une nouvelle fuite dans une série déjà longue

L’affaire Jinko s’ajoute à une liste déjà longue de fuites de données touchant des organismes français en 2026. Liberta Press a documenté depuis avril une succession d’incidents : la fuite ANTS (11,7 millions de Français exposés), celle de la DGFiP (678 438 lignes de données fiscales, revendiquées par le pirate « ZeroBytes »), puis plus récemment celle touchant la plateforme Zéro Logement Vacant début septembre, avec près de 48 millions de personnes concernées. Le secteur de la santé n’est pas épargné : outre Amgen en août, plusieurs cliniques et laboratoires français ont déjà été visés ces dernières années par des attaques par rançongiciel ou des fuites de bases de données.

Un point commun ressort de ces dossiers : la plupart des intrusions ne proviennent pas d’une faille technique sophistiquée mais d’une mauvaise configuration ou d’identifiants compromis — un constat qui, selon les premiers éléments disponibles, pourrait aussi s’appliquer à Jinko, sans confirmation formelle à ce stade.


🛡 Que peuvent faire les personnes concernées ?

Pour toute personne ayant utilisé l’application Jinko, plusieurs réflexes sont recommandés en cas de fuite de données personnelles et médicales :

  • rester vigilant face à tout e-mail, SMS ou appel se présentant comme émanant de Jinko, d’un établissement de soins ou d’une mutuelle et demandant des informations personnelles ou un paiement ;
  • ne jamais communiquer de coordonnées bancaires en réponse à un message non sollicité, même s’il mentionne des détails médicaux exacts qui semblent le rendre crédible ;
  • signaler tout usage suspect de ses données sur la plateforme officielle cybermalveillance.gouv.fr ;
  • exercer, si besoin, son droit d’accès et de rectification auprès de Jinko, et à défaut de réponse satisfaisante, saisir la CNIL.

✅ Conclusion

L’affaire Jinko illustre un risque spécifique : celui des petites structures numériques qui gravitent autour du soin, sans nécessairement disposer des mêmes moyens de sécurisation qu’un hébergeur de données de santé certifié. Le vol de plus de 3 500 dossiers de patients atteints de cancer — avec des détails aussi intimes que le stade de la maladie ou des échanges avec des soignants — rappelle qu’une application d’accompagnement, aussi bien intentionnée soit-elle, manipule des données parmi les plus sensibles qui soient. Reste à savoir si la CNIL ouvrira un contrôle, et si Jinko rendra publics les résultats de son enquête interne. Dans le soin comme ailleurs, la confiance numérique ne se décrète pas : elle se prouve, après coup, par la transparence.


⚠ Rappel sur les limites de cet article

  • Le nombre exact de personnes concernées (3 552 comptes) provient de la revendication du pirate et des recoupements de la presse — il n’a pas été confirmé chiffre pour chiffre par une communication officielle de Jinko.
  • Aucune réaction publique de la CNIL sur ce dossier précis n’a été recensée à la date de publication.
  • Le statut exact de Jinko au regard de la certification HDS (Hébergeur de Données de Santé) n’a pu être vérifié auprès d’une source officielle.
  • La nature technique précise de la faille exploitée (mauvaise configuration, identifiants compromis, ou vulnérabilité logicielle) n’est pas confirmée formellement par Jinko à ce stade — les hypothèses avancées par la presse spécialisée restent des hypothèses.
  • Le volume total de données (3,7 Go, 85 tables, 883 000 lignes) varie selon les sources et n’a pas fait l’objet d’une vérification indépendante par Liberta Press.

❓ Questions fréquentes

Jinko est-elle un hébergeur de données de santé (HDS) certifié ?
Aucune source publique consultée ne permet de le confirmer ni de l’infirmer à ce stade. Jinko est avant tout une application d’accompagnement de patients, ce qui ne présume pas automatiquement de sa certification en tant qu’hébergeur de données de santé au sens du code de la santé publique.

Faut-il supprimer son compte Jinko après cette fuite de données ?
La suppression d’un compte n’efface pas rétroactivement des données déjà exfiltrées et publiées. Elle reste néanmoins une mesure de précaution pour limiter l’exposition future ; il est recommandé de contacter directement Jinko pour connaître les modalités et de rester vigilant face aux tentatives de hameçonnage dans les semaines suivant l’incident.

Qui a piraté Jinko ?
Un individu ou groupe se présentant sous le pseudonyme « DaOnlySpark » a revendiqué l’attaque sur un forum cybercriminel. Aucune arrestation ni identification judiciaire n’a été rapportée à la date de publication de cet article.

Cette fuite est-elle liée aux autres piratages de données publiques en France en 2026 ?
Rien n’indique à ce jour un lien entre l’attaque contre Jinko et les vagues de piratage attribuées au pirate « ZeroBytes » (DGFiP, Zéro Logement Vacant) — il s’agit, selon les éléments disponibles, d’un acteur distinct et d’une cible différente (secteur privé de l’accompagnement médical, non une administration publique).


📚 Sources

  1. Clubic — L’énorme fuite de données chez Jinko, plateforme française dédiée aux malades du cancer, qui confirme le piratage
  2. franceinfo — La plateforme d’accompagnement de personnes atteintes d’un cancer Jinko victime d’une fuite de données
  3. Cyberattaque.org — Jinko : une cyberattaque expose les données de santé de plus de 3 500 personnes
  4. Generation-NT — Jinko.care : les données de 3 500 patients atteints de cancer fuitent

Source : Lire l’article original

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