L’équipe de La Dernière, sur les ondes de Radio Nova tous les dimanches soirs, remet le couvert pour la troisième année – et pour la première fois depuis le théâtre de l’Alhambra. La troupe menée tambour battant par Guillaume Meurice, ami de longue date de Mr Mondialisation, nous a accueillis sur place. Histoire de leur poser des questions. Enfin, d’essayer.
[Temps de lecture estimé : ~ 12 min]
Cette interview aurait dû s’intituler « Guillaume a raison » – vous saurez pourquoi en lisant la suite. Un titre qui, pris hors contexte, s’avère toutefois présenter de sérieuses lacunes (qui est Guillaume et pourquoi a-t-il raison, entre autres). Elle aurait également pu s’appeler « On a infiltré l’équipe de La Dernière ». Mais bon, l’équipe en question était au courant…
En réalité, Mr Mondialisation a juste passé un bout d’après-midi au théâtre de l’Alhambra, auprès de Guillaume Meurice, Juliette Arnaud, Aymeric Lompret et Pierre-Emmanuel Barré, ainsi que de toute l’équipe technique de La Dernière. Détail important : Pierre-Emmanuel a été interviewé à part, épaulé par Aymeric. D’où ses réponses un peu moins barrées (vous l’avez ?) que celles des autres.

Journaliste de longue date, j’ai à mon actif plusieurs centaines d’entretiens – par téléphone, en visio ou en tête-à-tête. Rarement l’un d’entre eux se sera révélé aussi décousu. Mais rarement, également, aussi sincère, joyeux et bienveillant. J’ai donc fait en sorte d’en recoller correctement tous les morceaux. Premier degré, s’abstenir. Vraiment.
Petit bonus : il y aura même quelques mots de Florence Mendez, en bas de page. « Tiens, tu veux l’interviewer ? » me demande Guillaume, toujours plein de sincères bonnes intentions. Je n’ai rien prévu. Je ne savais pas qu’elle serait là. Mais allez ! Je ressors mon CAP Ninja et entame deux-trois étirements des cervicales. Florence, ça reste une queen de l’humour acide, percutant et politique. Chez Mr M, on l’aime et on la soutient. Alors, j’ai improvisé.

Mr Mondialisation : Quel regard portez-vous, à froid, sur votre tournée estivale ? Qu’est-ce que cela fait d’être accueillis comme des rock stars à Annonay ?
Guillaume : « On est venus en montgolfière à Annonay. On déconseille la montgolfière. Mais ça nous a fait plaisir, et du bien. C’est une idée de Juju, à la base. Elle aime bien s’aérer. »
Juliette : « D’ailleurs, on en parlait au déjeuner avec Guillaume et on disait justement que la date d’Annonay cristallisait les fantasmes que j’avais sur la tournée. C’est-à-dire être dans la ville, pas dans un endroit conçu exactement pour ça… et dans un département assez pauvre, comme l’Ardèche. »
Guillaume : « Ça faisait plaisir aux gens de se rassembler aussi, je pense. C’était un peu un prétexte. Plus que de voir des rock stars, parce qu’on n’est pas trop des rock stars… »
Pierre-Emmanuel : « C’était fatigant ! Mais je suis vieux maintenant. On était seize sur la tournée et j’étais le seul à avoir des enfants… Donc je rentrais chez moi entre chaque date et n’étais pas vraiment en tournée. »
Aymeric : « Moi, j’ai trouvé que c’était bien de se décentraliser. »
Juliette : « Il a utilisé un mot de cinq syllabes ! »
« 17 000 personnes selon Radio Nova, 6 000 selon la police. »
Mr Mondialisation : Est-ce que ça vous a permis de tâter le terrain, justement, loin de la capitale ? Avec une jauge moins limitée ?
Guillaume : « Il y avait aussi une jauge, sauf pour la première date, pour des questions de sécurité. Justement parce que ça attirait beaucoup de gens. On voulait également que ce soit gratuit. Que les gens qui n’ont pas beaucoup d’argent puissent venir nous voir. »
Juliette : « On avait un sponsor aussi, Enercoop. Sans l’argent d’Enercoop, je pense qu’on aurait été obligés de faire payer… »
Aymeric : « Tu pourras mettre dans l’article : Merci Enercoop ! »
Pierre-Emmanuel : « J’ai trouvé ça super. Je ne pensais pas qu’il y aurait autant de monde. Et on a commencé très fort, en plus, avec je ne sais plus… 6 000 personnes ? »
Aymeric : « 17 000. »
Pierre-Emmanuel : « Ok mets 17 000, c’est mieux. {donc 17 000 selon Radio Nova, et 6 000 selon la police, NDLR}. J’ai trouvé ça très chouette et vachement encourageant. Après, on sait qu’on prêche des convaincus, mais c’est bien qu’il y ait autant de gens investis dans la politique. »

Mr Mondialisation : Êtes-vous conscients que les émissions de Radio Nova font partie des dernières bulles d’air « mainstream » auxquelles nous avons droit ?
Guillaume : « Je ne sais pas trop. Médiatiquement, comme tout vient de droite, ce n’est pas une énorme performance d’être un peu moins de droite que les autres ! Je pense que c’est ça qui donne cet effet-là. Tout se droitise tellement… Il suffit de voir ce qui se passe avec France Inter. Donc oui, on est peut-être un des derniers espaces de vraie liberté. »
Juliette : « Disons qu’il y a un certain nombre d’endroits où on peut entendre des militants, chercheurs ou philosophes qui sont dans notre camp, par le biais de médias indépendants. C’est juste que les médias les plus traditionnels, Guillaume a raison, sont méchamment droitisés. »
Guillaume : « Tu pourras mettre « Guillaume a raison » comme titre ? »
Juliette : « Ce sera pour nos futurs t-shirts !… Mais donc oui, ça s’est droitisé sale, mais ça ne date pas d’il y a dix minutes. On l’a vu arriver, de toutes les manières possibles. C’est un peu déconnant, justement, de vivre comme des « rock stars de radicaux ». Parce que quand même, on est payés pour faire ça. Donc le côté « héros » et tout… j’ai envie de dire qu’il faut que tout le monde redescende. Les vrais héros ne sont littéralement pas payés. On n’est pas des héros, ni moi, ni les autres. Enfin moi un peu plus, parce que je suis ménopausée…»
Aymeric : « Et Batman a reçu un héritage, aussi. »
Aymeric : « le succès ne vient que de nous. Il y a du talent. Et du génie. »
Mr Mondialisation : Vous incarnez toutefois la gauche dans des médias auxquels les gens peuvent avoir accès sans être forcément proactifs…
Juliette : « C’est vrai. On a des campagnes dans le métro. C’est énorme. On a évidemment des moyens que des médias comme Mr Mondialisation ou Blast n’ont pas. »
Guillaume : « Je ne sais pas. Pour Paris, OK, mais ailleurs… »
Aymeric : « Non, le succès ne vient que de nous. Il y a du talent. Et du génie. »
Pierre-Emmanuel : « C’est vrai pour les médias traditionnels, parce que sur Internet, il y a plein de trucs super chouettes. Mais si on m’avait dit ça il y a cinq ans, je n’aurais pas pensé que Radio Nova serait la dernière radio à proposer des émissions de gauche ! »

Mr Mondialisation : Avez-vous le sentiment que l’émission a la forme que vous rêviez de lui donner ?
Guillaume : « J’aime bien cette question. Pour moi, c’est une émission de bande avec de l’humour. On a tout de suite su qu’on voulait avoir des invités qui nous apprennent des trucs, et des chroniqueurs et chroniqueuses qui font des blagues. Je crois que c’est ce qu’on aime dans la vie. Notre premier invité, c’était Johann Chapoutot, qui parlait de la montée du fascisme. On trouvait que c’était une bonne idée de l’avoir en premier invité, en parrain. »
Juliette : « Au début, on nous a dit que ça n’allait pas marcher. Notamment Yann Barthès, dans Quotidien : « Bon courage », nous a-t-il dit en apprenant qu’on n’allait pas inviter beaucoup de personnes connues… Après, ça a pu arriver qu’on tombe sur des invités qui disent des trucs avec lesquels on n’était pas d’accord. Auquel cas on en parle ensemble, et on n’est pas d’accord ensemble. Mais au moins, ça a été dit, ça a été posé. »
Aymeric : « Mais si on avait un budget illimité, qu’est-ce qu’on ajouterait ? »
Juliette : « Des hélicoptères ! Mais pour emmener des poneys. »
Guillaume : « Oui, on hélitreuillerait des poneys sur le plateau. »
Aymeric : « Guillaume a raison. »
Pierre-Emmanuel : « Moi, je trouve ça très chouette dans le format actuel. Je pense que cette année va être assez marrante avec les élections. On va en prendre plein la gueule, et c’est rigolo parce que j’aime bien en prendre plein la gueule. »
Pierre-Emmanuel : « Je pense que cette année va être assez marrante avec les élections. On va en prendre plein la gueule, et c’est rigolo parce que j’aime bien en prendre plein la gueule. »
Mr Mondialisation : Dans une équipe engagée, chacun a généralement un combat de prédilection. Quel serait le vôtre, respectivement ?
Aymeric : « La répartition des richesses. »
Guillaume : « Les animaux. »
Juliette : « Le féminisme. »
Pierre-Emmanuel : « Le marxisme. »
Mr Mondialisation : Ok, nous sommes en 2027. Le côté obscur de la Force l’emporte. Vous incarnez désormais la Résistance… Qui est qui entre Luke, Leia, Han Solo et Chewbacca ?
Juliette : « Aymeric, c’est Chewbacca ! »
Guillaume : {Attention, scoop.} « J’ai jamais vu Star Wars… » {fin du scoop.}
Juliette : « Han Solo, c’est le plus gros misogyne que j’ai jamais vu de ma vie dans un film. Pierre, c’est Han Solo. »
Aymeric : « Non, moi je suis Leia. »
Juliette : « Et moi, je te porte, donc je suis Chewbacca. » {sur la photo montrée à l’équipe, Chewbacca porte Leia, NDLR}
Guillaume : « Du coup, je suis qui, moi ? »
Juliette : « Luke ! »
Guillaume : « Et c’est bien ça, Luke ? »
Juliette : « Oui, c‘est le fils de Dark Vador, c’est bien. »
Guillaume : {Attention, scoop.} « Ceci dit, Juliette n’a pas vu Titanic. » {fin du scoop. Il se met à entonner My heart will go on, de Céline Dion.}
Pierre-Emmanuel : « Je dirais bien Chewbacca. Ils ont dit quoi, les autres ? »
Aymeric : « Que t’étais Han Solo. Et moi, d’abord Chewbacca mais, maintenant, je suis Leia. »
Pierre-Emmanuel : « C’est vrai que tu es bien là, dans mes bras. »

Mr Mondialisation : Votre vrai plan de bataille si le RN passe en 2027 ?
Guillaume : « On ne peut pas le dire, tu imagines bien. Dieu sait qu’on en a un. Il est rentable… Du coup maintenant, tu vas vouloir que Le Pen passe juste pour le connaître ! » {scoop : non.}
Mr Mondialisation : Vous avez prévu deux options, selon les résultats ?
Juliette : « Imaginons que l’extrême gauche passe… »
Aymeric : « Y’a pas d’extrême gauche en France. »
Juliette : « Bon, la gauche radicale. »
Aymeric : « Y’a pas de gauche radic… »
Juliette : « Bon ! Le parti du bien ? »
Guillaume : « Les gentils ? »
Juliette : « Du coup, la question se poserait : est-ce que ça vaut le coup de continuer ? »
Guillaume : « Mais bien sûr que oui ! On l’a dit ! C’était la chronique d’Alice de Rochechouart de la semaine dernière ! Elle a dit que si jamais le Grand Schtroumph est élu, ça ne s’arrête pas là. Ça commence là. Et puis honnêtement, les fachos, ils sont déjà là. Regarde Retailleau. Disons que si Le Pen gagne, on va passer un step… »
Juliette : « J’ai des potes qui habitent en Italie et qui n’ont pas bougé depuis l’arrivée de Meloni. Par contre, ils douillent dans beaucoup de domaines, notamment ceux qui sont homosexuels, par exemple. Mais ils tiennent… »
Guillaume : « Tu veux dire que tu resterais sur la barricade ? »
Juliette : « Non, moi j’envisage d’aller vivre à la campagne. Avec des animaux. »
Aymeric : « j’aimerais savoir pourquoi il n’y a qu’un seul fuseau horaire en Chine. »
Mr Mondialisation : Guillaume, dans une précédente interview, je te demandais quelle question on ne t’avait justement jamais posée et à laquelle tu aimerais répondre. Tu avais répondu qu’on ne te demandait jamais si tu étais heureux.
Guillaume : « Ben oui, j’aimerais bien qu’on me pose plus cette question. Et donc oui, je suis heureux à gagner de l’argent en faisant des blagues et en parlant avec des copains et avec Ramzi {rédacteur en chef de l’émission, NDLR}. Et toi Aymeric, est-ce que tu es heureux ? »
Aymeric : « Je suis heureux, mais ce n’est pas la question que j’aimerais qu’on me pose. Moi, j’aimerais savoir pourquoi il n’y a qu’un seul fuseau horaire en Chine. »
Juliette : « Il faut partir du principe qu’on ne comprend pas tous l’expression « être heureux » de la même manière. Pour moi, être heureux, ça veut dire être en sécurité. Est-ce que je me sens en sécurité ? Non. Donc, je ne peux pas répondre que je suis heureuse. Je suis heureuse par moments, quand j’ai pris un Xanax et que je caresse ma chatte – Kiki, mon animal de compagnie. J’aimerais donc bien, pour commencer ou finir une interview, que des journalistes me demandent comment ça va, et que j’aie l’opportunité de dire la vérité. »
Guillaume : « Mais du coup, pourquoi est-ce qu’il n’y a qu’un seul fuseau horaire en Chine ? »
Juliette : « Parce que c’est une dictature ? »
Aymeric : « Parce que c’est des communistes. Si Mélenchon passe, tu verras, on n’aura plus qu’un seul fuseau horaire en France. »
Guillaume : « Désolé, tu as fait l’interview des trois qui ne sont pas les plus malins. Le plus malin, c’est Pierre. Mais heureusement, cette troisième saison sera celle de la maturité. »
Pierre-Emmanuel : « Moi aussi, j’aimerais qu’on me demande si ça va. Et donc, oui, ça va. Pour le moment. »

Interview bonus : quelques mots avec Florence Mendez
Mr Mondialisation : Comment prépares-tu tes interventions auprès de La Dernière ?
Florence : « Je suis là une fois par mois, depuis les débuts de l’émission. Je pense que les gens m’apprécient simplement parce que je les fais rire. Du coup, j’angoisse à l’idée que ma chronique ne soit pas assez drôle… Je regarde un peu l’actu, puis je propose un sujet pour m’assurer que quelqu’un ne le traite pas déjà. J’écris ma chronique dans mon coin et personne ne me la relit. C’est vraiment carte blanche, liberté complète. C’est un petit bonheur. Il est vraiment génial, Guillaume Meurice. {encore un titre avorté, NDLR} »
Mr Mondialisation : Une liberté de ton qui te vaut, comme tant d’autres, harcèlement et menaces. Comment le vis-tu ?
Florence : « C’est compliqué, évidemment. Surtout, ces derniers temps, avec l’approche de de l’élection présidentielle. Les fachos sont en roue libre. J’ai dû me résoudre à porter plainte car les derniers harcèlements ont été particulièrement violents. Mais je tiens bon grâce aux gens dans la vie tous les jours qui me soutiennent et me remercient.
Et puis, le combat a du sens. C’est une lutte. Les gens répondent présents quand je lance une cagnotte pour payer mes frais d’avocat afin de me défendre. Parfois, je me sens un peu comme dans Hunger Games, où on peut envoyer des sponsors à l’extérieur. Les gens qui me soutiennent, c’est un peu comme s’ils m’envoyaient de petits paquets dans l’arène pour que je puisse me soigner et me nourrir ! »
« un jour peut-être, il y aura des bibliothèques Pierre-Emmanuel Barré ou des lycées Guillaume Meurice ! »
Mr Mondialisation : Le soutien de l’équipe de La Dernière joue aussi sa part ?
Florence : « Bien sûr. Ils vivent tout ça à différentes échelles, à un moment ou à un autre. Quoi qu’il arrive, quiconque ose prendre la parole contre l’extrême droite s’expose à du harcèlement. Ce qui se passe en France arrive en Belgique {Florence est belge, NDLR}. La fenêtre d’Overton s’élargit. La France est un grand pays d’Europe : si ce bastion tombe aux mains de l’extrême droite, c’est très inquiétant. Je lutte donc en amont, pour mon pays aussi.
Je pense qu’on peut convaincre les gens par les mots, et par l’humour. Et puis, ça reste un contre-pouvoir. Les artistes doivent fédérer, surtout à gauche car les gens en ont besoin. On est quand même un peu un phare dans la nuit. La majorité silencieuse, elle est beaucoup plus nombreuse qu’on veut nous le faire croire. Donc, je suis contente de pouvoir participer à ça, avec essentiellement des blagues… Tu imagines, un jour peut-être, il y aura des bibliothèques Pierre-Emmanuel Barré ou des lycées Guillaume Meurice ! »
– Entretien réalisé en conditions réelles et précaires par Marie Waclaw
Photo de couverture : ©Mr Mondialisation
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