Au lendemain des frappes iraniennes qui ont ciblé les datacenters d’Amazon Web Services (AWS) à Dubaï et au Bahreïn, un terme revenait sans cesse pour décrire ces infrastructures cloud : un “dommage collatéral”. Mais les détails dévoilés par le géant de Seattle concernant les services impactés, suivis par les révélations du Wall Street Journal sur un usage par l’armée américaine de Claude malgré les tensions entre le Pentagone et Anthropic, laissent croire que Téhéran a ciblé intentionnellement cette infrastructure cloud. Un fait inédit qui place les data centers au même rang que d’autres cibles stratégiques à l’image des bases militaires ou des dépôts de munition.
Les frappes iraniennes par drones et missiles balistiques, lancées les 1er et 2 mars 2026 depuis des sites dans le sud de l’Iran, ont visé une série d’installations stratégiques américaines et alliées au Moyen-Orient, dans une riposte directe aux opérations « Midnight Hammer » menées par les États-Unis et Israël contre des cibles iraniennes comme le haut commandement, notamment le Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei. Parmi les cibles confirmées figurent la base aérienne Al Dhafra aux Émirats arabes unis, abritant des F-35 US, des raffineries pétrolières saoudiennes à Abqaiq, ainsi que trois data centers d’AWS situés à Dubai (DXB60, DXB61 et DXB62 dans la région me-central-1) et un à Bahreïn.
Le trafic vers les plateformes IA rerouté
Amazon Web Services a réagi rapidement via son dashboard status et un communiqué officiel, confirmant que les data centers DXB61 et DXB62 à Dubaï ont subi des frappes directes, entraînant des incendies localisés, des pannes totales d’électricité pour raisons de sécurité, et l’activation automatique des systèmes sprinkleurs anti-incendie. Le site DXB60 a connu une panne WiFi partielle due à des ondes de choc, tandis que Bahreïn a rapporté des problèmes de connectivité.
AWS a conseillé à ses clients de migrer immédiatement leurs flux de travail critiques vers des régions alternatives et plusieurs secteurs économiques ont été touchés, principalement la finance et les paiements, avec des interruptions massives pour des institutions comme Abu Dhabi Commercial Bank Emirates NBD (téléphone banking), ainsi que des fintechs régionales.
Ces attaques représentent un fait inédit : pour la première fois, une infrastructure cloud hyperscale comme celle d’AWS est directement ciblée par des frappes physiques, transformant les data centers en actifs stratégiques comparables aux champs pétroliers ou bases militaires, en raison de leur rôle central dans le numérique. Outre la finance et les paiements, le trafic lié aux plateformes AI globales a été massivement rerouté vers l’Europe et les États-Unis, provoquant des pics de latence. Claude de la société Anthropic, en fait partie.
La semaine dernière a été justement marquée par de vives tensions entre le Département de la Défense américain (DoD) et Anthropic. Malgré des accords-cadres de plusieurs centaines de millions de dollars visant à déployer Claude Gov, une version sécurisée, dans les réseaux du DoD, de nouvelles négociations ont échoué fin février 2026. Anthropic a refusé les demandes du Pentagone pour un accès « illimité » à Claude sans les garde-fous éthiques intégrés (refus d’usages létaux autonomes ou de surveillance de masse sans supervision humaine), menant à un bras de fer public.
Le président Trump a alors ordonné un bannissement d’Anthropic des systèmes fédéraux et militaires via une directive d’urgence, forçant le DoD à accélérer la migration vers des alternatives comme OpenAI et Palantir.
Le cloud AWS, une cible stratégique ?
Pourtant, peu après cette décision, l’armée américaine semble bien avoir utilisé Claude, le modèle d’IA d’Anthropic, selon le Wall Street Journal et Axios, relayés par plusieurs médias comme CBS ou encore The Guardian. Jerusalem Post a de son côté déclaré que l’armée israélienne exploitait bien cette infrastructure.
Les attaques iraniennes rappellent de ce fait de nombreux éléments. Les datacenters AWS ne semblent pas avoir été ciblés par hasard et les attaques que ces structures ont subi semblent être un coup calculé par Téhéran. Il ne s’agit pas seulement de perturber des secteurs sensibles comme la finance dans la région afin de contraindre les pays du Moyen-Orient, notamment les alliés de Washington et Tel Aviv, à réagir et tenter de dissuader les États-Unis de poursuivre la guerre, mais de mettre hors d’état de nuire des cibles stratégiques, au même titre qu’un dépôt de munitions, une base militaire ou logistique, à l’ère du tout-technologique ou surtout, à l’ère de l’IA.
L’hypothèse, de plus en plus relayée par des médias comme Fortune, est que l’Iran a ciblé les datacenters, qui “n’hébergent” pas forcément une IA mais de la data traitée par celle-ci, pour se venger de l’usage de l’IA par les États-Unis. Il pourrait ainsi s’agir d’une tentative de Téhéran de neutraliser les activités de collecte de renseignements menées localement dans le Golfe par les forces américaines et israéliennes, en vue de futures opérations militaires.