En France, un commissaire enquêteur vient de faire ce que l’État refuse de faire depuis vingt ans. Gabriel Ullmann a saisi le procureur de la République de Grenoble pour « délit de destruction d’espèces protégées avec négligence grave » contre trois parcs éoliens d’Isère et de la Drôme. C’est une première nationale. Il a utilisé la procédure réservée aux lanceurs d’alerte — la seule voie qui lui restait face à l’inaction institutionnelle.
Les chiffres sont accablants. La LPO recense jusqu’à 18 oiseaux tués par éolienne et par an. Onze espèces de chauves-souris sont victimes des pales dans un seul département, pour une mortalité estimée à 5 000 individus en dix ans. La Noctule commune, classée vulnérable sur la Liste Rouge française, pourrait disparaître localement. Pour certaines espèces, la mort de 0,4 individu par an suffit à déstabiliser une population entière.
Le scandale juridique est pourtant simple. Aucun des trois parcs visés ne dispose de la dérogation légale obligatoire pour destruction d’espèces protégées. Le Conseil d’État a confirmé que cette dérogation reste exigible même pour des installations déjà autorisées. Ces parcs fonctionnent donc illégalement. L’État le sait depuis des années. Il n’a rien fait.
D’un côté, un pêcheur qui prend une daurade de 2 cm en dessous de la taille légale ou un thon sans le bon quota prend une amende salée (parfois plusieurs milliers d’euros) et risque la saisie du matériel.
De l’autre, des parcs éoliens qui fonctionnent sans dérogation légale (confirmé par le Conseil d’État) et qui tuent des milliers d’oiseaux et chauves-souris protégés chaque année… et ça passe trenkil.
À ce désastre écologique s’ajoute le problème des pales en fin de vie. Composées de résines époxy thermodurcissables et de fibres de verre, elles sont impossibles à recycler par les procédés classiques. L’ADEME anticipe jusqu’à 15 000 tonnes de composites à traiter annuellement en France dès 2028. En attendant une filière viable, on les brûle ou on les enterre. C’est très bon pour les nappes phréatiques !
Promettre une énergie verte en massacrant des espèces protégées et en enfouissant des plastiques industriels, c’est un mensonge écologique que la justice commence enfin à pointer du doigt, du moins on l’espère.