vers une interdiction mondiale ?


Il semblerait que le vent tourne enfin en matière de courses de lévriers. Dans différents pays du globe, lois et projets de lois se succèdent et commencent à sonner le glas des cynodromes. L’heure serait-elle au coup d’arrêt définitif des courses commerciales à l’échelle mondiale ?

[Temps de lecture estimé : ~ 6 min ]

Lois adoptées tout récemment en Écosse et au Pays de Galles, projets de loi en cours en Nouvelle-Zélande et aux États-Unis… Depuis quelques années, et plus encore ces dernières semaines, les associations de protection animale font désormais bouger les lignes au sujet des courses de lévriers. L’espoir, peut-être, de voir enfin cette pratique reléguée au passé ?

Les courses commerciales de lévriers sont encore répandues dans de nombreux pays ©Wikipedia
Les courses commerciales de lévriers sont encore répandues dans de nombreux pays ©Wikipedia

Les lévriers, des chiens victimes de leur vitesse

Si tous les lévriers ont le don d’atteindre une vitesse phénoménale et de coiffer au poteau les autres races de chien, tous ne sont plus élevés pour courir. Les whippets, lévriers afghans ou petits lévriers italiens, par exemple, sont aujourd’hui majoritairement entrés dans la catégorie « compagnons de vie ». Les lévriers espagnols, appelés galgos, sont quant à eux utilisés comme des outils de chasse – car véritablement objectifiés, ils sont évincés de la loi espagnole de 2023 concernant la protection animale.

« considéré comme le chien le plus rapide au monde, le greyhound peut dépasser les 70km/h en vitesse de pointe. »

Alors qui sont les chiens aperçus lors des courses en cynodrome ? Il s’agit des greyhounds. Légèrement plus grands et souvent plus musclés que les galgos, ils en restent morphologiquement très proches. D’autant qu’aujourd’hui encore, certains galgos sont croisés avec des greyhounds afin d’accroître leurs performances à la course. La particularité de ces derniers réside dans sa vitesse hors norme : considéré comme le chien le plus rapide au monde, le greyhound peut dépasser les 70km/h en vitesse de pointe.

Le greyhound est considéré comme le chien le plus rapide au monde ©Pixabay
Le greyhound est considéré comme le chien le plus rapide au monde ©Pixabay

À l’instar du galdo, exceptionnellement rapide et doué pour chasser le petit gibier, ces lévriers sont finalement victimes de leur talent. Car c’est bien à cause de leur vitesse incroyable qu’ils sont victimes de trafics, de maltraitance et de traitements plus proches de ceux que l’on réserve à des objets dénués d’émotions qu’à des animaux de compagnie.

Les courses commerciales de lévriers, une pratique encore répandue

Les principaux pays qui pratiquent encore les courses commerciales de lévriers sont l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Irlande, le Royaume-Uni et les États-Unis. À plus petite échelle, des pays comme la Chine (Macao), le Portugal ou l’Afrique du Sud autorisent toujours les paris sur les courses de lévriers. En France, la course commerciale de lévriers est interdite depuis le 15 septembre 2020. Seule subsiste la course de loisir, sans pari, permettant aux chiens de courir dans un cadre bien plus sécurisé et détendu. Libres !

« Partout où les courses avec paris sont autorisées le nerf de la guerre reste le même : l’argent. »

Partout où les courses avec paris sont autorisées, le nerf de la guerre reste le même : l’argent. Un chien qui court plus vite que les autres vaut plus cher. Dès lors, les trafics se multiplient, les portées à répétition s’enchaînent, et les chiens ne sont plus considérés qu’à l’aune de leur valeur monétaire et de leur statut.

Blessures, dopage, souffrances et décès : la course de lévriers, un « loisir » qui tue

Aussi fiers que les greyhounds puissent rendre leurs propriétaires, ces derniers manquent d’états d’âme en cas de blessures, maladies et autres barrières à un futur succès. Des faits dénoncés par les associations de protection animale, car l’industrie des courses de lévriers n’est que peu reluisante.

En premier lieu, nombre de chiens élevés pour ces courses vivent une majeure partie de leur vie en cage ou en box, loin de tout confort. Le dopage est également monnaie courante pour améliorer les performances des chiens. Et si, par malheur, ils viennent à se blesser lors d’une course, leur « carrière » prend fin sans autre forme de procès.

Outre les chiens qui meurent en plein effort (arrêt cardiaque, choc ou chute mortels, trauma crânien…), ceux qui sortent d’une course avec une patte cassée ou un dos brisé, en plus de la souffrance subie, sont le plus souvent abattus.

« entre 2015 et 2024, presque 8 000 greyhounds ont été blessés aux États-Unis. »

L’association australienne Free the hound recense régulièrement les décès de chiens suite à leur présence sur les pistes de courses. En 2025, plus de 1 550 greyhounds ont péri lors de courses en Australie de l’Ouest. L’association américaine Grey2K estime quant à elle qu’entre 2015 et 2024, presque 8 000 greyhounds ont été blessés aux États-Unis.

Elle documente également les chiffres de 2 530 chiens tués suite à des blessures entre 2017 et 2023 au Royaume-Uni, ou encore 1 125 greyhounds morts sur les pistes irlandaises entre 2015 et 2023.

Quand le combat des associations porte enfin ses fruits

De nombreuses associations luttent depuis des décennies pour interdire les courses commerciales de lévriers. Elles sont particulièrement actives dans les pays les plus concernés, comme l’Australie, les États-Unis ou le Royaume-Uni. Aujourd’hui, leur combat porte enfin ses fruits. Si de nombreux cynodromes ont fermé pour des raisons financières ces dernières années, des lois interdisant définitivement ces courses sont enfin votées.

C’est ainsi que le 17 mars dernier, le Pays de Galles, par le vote du Senedd (Parlement gallois), est devenu le premier pays du Royaume-Uni à interdire les courses de lévriers. Une loi qui devrait être appliquée entre 2027 et 2030. Dès le lendemain, l’Écosse légiférait à son tour pour mettre un terme aux courses de greyhounds.

Les lévriers pourront-ils bientôt courir librement, loin des box des cynodromes ? ©Unsplash
Les lévriers pourront-ils bientôt courir librement, loin des box des cynodromes ? ©Unsplash

Ailleurs dans le monde, des projets de loi émergent. Aux États-Unis, le « Greyhound Protection Act », soutenu par 250 associations de protection animale réparties sur 15 pays, a vu le jour l’an dernier. En Nouvelle-Zélande, un projet de loi a été déposé le 10 décembre 2025 et devrait signer la fin des courses commerciales de lévriers.

L’Australie, quant à elle, suit la lancée : la Tasmanie a introduit en 2025 une législation visant à mettre fin à ces courses d’ici 2030. En Australie occidentale, les associations continuent le combat et ont récemment soumis un rapport à la Commission Parlementaire.

En parallèle, les nombreuses associations qui réhabilitent les lévriers de course continuent de se mobiliser pour offrir une nouvelle vie aux chiens réformés. En espérant que, bientôt, les lévriers de course ne courront plus qu’en forêt ou au bord d’une plage… et uniquement quand le cœur leur en dit. 

Marie Waclaw


Photo de couverture : Lévrier en pleine course par AngMoKio ©Wikipedia

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