Une récente enquête du Bureau of Investigative Journalism (TBIJ) fait enfin la lumière sur une pratique longtemps soupçonnée, mais jusque-là pas documentée avec précision : la manipulation de Wikipédia, au profit d’intérêts que l’on pourrait qualifier de « puissants ».
Au cœur de ce scandale, une agence, l’agence londonienne de relations publiques Portland Communications qui, comme le souligne le TBIJ, a été « fondée par le chef de la communication de Keir Starmer, qui aide de riches clients à « protéger leur réputation » » . En s’appuyant sur des intermédiaires, l’agence modifie discrètement les pages de Wikipédia pour redorer le blason de gouvernements et de milliardaires. Derrière la vitrine d’une encyclopédie « libre et fiable » se révèle ainsi un système d’influence plus que redoutable, où ce « wikiblanchiment » permet de réécrire la perception d’un public désormais pris en otage.
Des campagnes d’influence clandestines qui profitent à des acteurs de premier plan cherchant à dissimuler des informations compromettantes, à l’image du Qatar, par exemple, qui fait effacer toutes références aux violations des droits de l’homme ainsi qu’aux accusations de financement de terrorisme avant la Coupe du monde 2022. D’autres modifications ont permis de masquer les évaluations négatives d’un projet soutenu par la Fondation Gates ou encore de favoriser l’image d’une faction du gouvernement libyen en pleine guerre civile. Certains experts ainsi que d’anciens employés soulignent une demande qui ne fait qu’augmenter concernant ces manipulations, menaçant ainsi une intégrité déjà fort mise à mal de l’information à l’échelle mondiale, notamment sur Wikipedia.
Depuis quelques années déjà, de nombreuses voix alertent sur les dérives structurelles de Wikipédia. Parmi elles, celle de Larry Sanger, cofondateur de l’encyclopédie, qui ne reconnait plus la plateforme qu’il a contribué à créer. Il dénonce notamment des biais idéologiques, un manque de neutralité et une vulnérabilité croissante face aux manipulations organisées. Plusieurs scandales passés, sur le Covid notamment, ont déjà montré que des informations erronées ou orientées pouvaient rester en ligne durablement, nourrissant une défiance progressive à l’égard d’un outil pourtant massivement utilisé. C’est de ce constat alarmant que le Grokipedia d’Elon Musk a été lancé.
Tout comme les médias mainstream, cette enquête vient confirmer que Wikipedia est devenu un outil d’influence et de propagande parmi tant d’autres.