
Jean Pierre Ruel. — Sans titre, 2009
© Jean Pierre Ruel – @jeanpierreruel
«Nous, inquisiteurs de la foi, à vous, Sam Altman, fondateur d’OpenAI, que Dieu vous rende plus sage », aurait commencé l’inquisiteur-théologien. Puis, citant la Genèse, il aurait flétri une nouvelle Babel. Tour de cuivre, idole de silicone, deus ex machina : ils n’auraient pas manqué d’images, les frères inquisiteurs, pour prêcher contre l’hérésie de l’intelligence artificielle générale (IAG).
Du XIIIe siècle à nos jours, leur style a changé. En janvier 2025 paraissait Antiqua et Nova, une note doctrinale traitant de l’intelligence artificielle (IA), publiée par les dicastères pour la doctrine de la foi et pour la culture et l’éducation — deux des neuf congrégations de la curie romaine, organe central de l’Église catholique. Nous retrouvons nos prêcheurs : le dicastère pour la doctrine de la foi est le lointain descendant de l’Inquisition romaine, l’institution chargée de combattre les hérésies. Le Vatican percevrait-il l’IA comme une concurrente sur le marché des services de salut ? Celle-ci a, en tout cas, aiguillonné son sens critique.
Antiqua et Nova propose une étude détaillée et informée des récents développements de l’IA et de ses conséquences potentielles sur tous les aspects de l’existence humaine : éducation, vie sociale, capacité d’entendement et représentation de la vérité, santé, guerre, jusqu’aux inégalités économiques et aux outils de surveillance. Le Vatican déplore le fait que « la majeure partie du pouvoir sur les principales applications de l’IA soit actuellement concentrée entre les mains de quelques entreprises puissantes », s’inquiète de « formes de contrôle aussi subtiles qu’invasives ». Il critique le technosolutionnisme, qui vise à « résoudre tous les problèmes du monde par les seuls moyens technologiques », et réaffirme que « toutes les réalisations scientifiques et technologiques sont en fin de compte des dons de Dieu ». Ce qui impliquerait d’en subordonner (…)
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