Le ministre norvégien de l’Énergie, Terje Aasland, a affirmé le 24 août que la Norvège poursuivrait le développement de ses ressources pétrolières et gazières dans l’Arctique, malgré la position de l’Union européenne. « Nous exploiterons ces zones », a-t-il déclaré. Selon lui, il reviendra ensuite à l’UE de décider si elle souhaite ou non acheter le pétrole et le gaz qui y seront produits.
Bruxelles soutient depuis 2021 un moratoire sur les nouveaux projets d’hydrocarbures dans l’Arctique. Depuis, l’équilibre énergétique européen a nettement changé. La forte baisse des approvisionnements russes à partir de 2022 a fait de la Norvège le premier fournisseur de gaz naturel de l’UE. Le pays couvre aujourd’hui environ 30 % de la demande en gaz de l’Union européenne et du Royaume-Uni.
Oslo entend maintenir sa production et ses exportations de pétrole et de gaz à des niveaux proches de ceux d’aujourd’hui jusqu’en 2035 au moins. Les nouveaux projets arctiques doivent jouer un rôle central dans cette stratégie, alors que les gisements déjà exploités devraient progressivement décliner.
Politico rapporte que Torgeir Stordal, directeur du Norwegian Offshore Directorate, prévoit une baisse de la production d’hydrocarbures d’environ 230 millions de mètres cubes standard équivalent pétrole en 2026 à 150 millions en 2050, même dans le scénario le plus favorable.
Bruxelles face aux choix de ses États membres
La position européenne se heurte toutefois aux besoins exprimés par plusieurs États membres. Terje Aasland a notamment cité l’Allemagne et la Pologne : « Quand on parle à l’Allemagne, ils veulent ce gaz. Et quand on parle à la Pologne, ils veulent ce gaz. »
Cette demande se traduit concrètement par de nouveaux engagements. Le groupe allemand Uniper a conclu avec Equinor un accord d’approvisionnement sur 15 ans, tandis que le groupe polonais Orlen investit dans des champs pétroliers offshore norvégiens.
Le débat dépasse d’ailleurs les seules autorités norvégiennes. Le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, a lui aussi appelé l’UE à reconsidérer son opposition aux nouveaux projets arctiques, en mettant en avant les enjeux de sécurité énergétique.
Oslo estime également ne pas dépendre exclusivement du marché européen. Le directeur général d’Equinor, Anders Opedal, assure que le pétrole et le GNL produits dans l’Arctique pourraient être écoulés sur d’autres marchés si l’UE décidait de limiter ses achats. « La seule chose qui en pâtira, en réalité, sera la sécurité européenne », a-t-il déclaré.
La Norvège défend sa souveraineté énergétique
Les nouveaux projets restent contestés par des organisations environnementales, qui mettent en avant leurs conséquences possibles pour le climat et les écosystèmes arctiques. La Cour suprême norvégienne examine également les autorisations accordées à trois champs pétroliers, notamment au regard de leur impact climatique.
Le gouvernement norvégien maintient néanmoins sa position. Il souligne que les zones ouvertes aux activités pétrolières sont libres de glace et insiste sur le rôle du secteur dans l’emploi, l’activité économique et le maintien de la population dans le nord du pays, près de la frontière russe.
Cette volonté de conserver la maîtrise de sa politique énergétique ne concerne pas uniquement les hydrocarbures. Oslo veut aussi limiter son intégration supplémentaire au marché électrique européen. Le gouvernement ne considère plus la Norvège comme « la batterie verte » de l’Europe et ne prévoit pas de nouvelles interconnexions électriques avec ses voisins.
La Norvège entend ainsi poursuivre l’exploitation de ses ressources et ses exportations selon ses propres priorités. Pour Bruxelles, la question est désormais de concilier sa politique environnementale dans l’Arctique avec une réalité énergétique marquée par la réduction des approvisionnements russes et la demande persistante de plusieurs États européens.
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