Le message est désormais clair, et il vient de la plus haute juridiction administrative du pays. Les parents peuvent élever leurs enfants, mais pour savoir qui leur parle de sexualité à l’école, et de quelle manière… ce n’est pas leur problème.
Le 8 octobre, le Conseil d’État a rejeté la requête de la Confédération nationale des associations familiales catholiques (CNAFC). L’association demandait que les familles soient associées aux séances d’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité (EVARS), et qu’elles aient leur mot à dire sur le choix des intervenants extérieurs. Réponse des juges, aucun texte n’impose que les parents soient informés à l’avance des séances, ni que leur accord soit recueilli, ni qu’ils participent au choix de ceux qui viennent parler à leurs enfants. Pour le Conseil d’État, le programme ne porte pas atteinte à l’autorité parentale, puisqu’il vient en complément de l’éducation donnée par les familles.
C’est la deuxième fois que la juridiction tranche dans ce sens. En juin 2025, elle avait déjà rejeté le recours de plusieurs associations et de quelque 300 parents d’élèves qui réclamaient l’annulation pure et simple du programme.
Que reste-t-il aux familles ? Une information annuelle sur les objectifs d’apprentissage, et la possibilité de demander un entretien. Les établissements, eux, restent libres de faire appel à des associations agréées, censées s’abstenir de tout militantisme. Censées, car le contrôle de ces interventions a déjà plus que montré ses limites.
L’affaire de Lozère l’a cruellement illustré. En septembre 2025, un conseiller pédagogique chargé de former les enseignants du primaire au programme a été désigné référent EVARS alors qu’il avait été condamné en 2011 pour détention d’images pédopornographiques. Il a fallu les révélations de Mediapart pour que la rectrice de l’académie de Montpellier lui retire ses fonctions. Une députée a d’ailleurs relevé dans une question écrite que les référents ne faisaient l’objet d’aucune vérification préalable du casier judiciaire ou du fichier des auteurs d’infractions sexuelles. Ce n’est donc pas une procédure de contrôle qui a protégé les enfants, mais la presse.
D’autres alertes remontent déjà du terrain, SOS Éducation affirme avoir recueilli depuis plusieurs années des dizaines de témoignages de parents et d’enseignants, qui décrivent des séances, où des intervenants extérieurs ont abordé des pratiques sexuelles explicites avec des élèves de primaire, parfois en l’absence de l’enseignant et sans que les familles soient prévenues. La psychologue Marie-Estelle Dupont estime, de son côté, que confronter des enfants prépubères à des contenus sexuels dans un cadre scolaire peut constituer une effraction psychique, et qu’une salle de classe n’est pas le lieu adapté pour ce type d’enseignement.
Le contenu même du programme continue de faire débat. France-Soir avait déjà relevé que l’EVARS intègre dès le collège les notions d’identité de genre et d’intersexualité, et qu’il reprend, selon certains analystes, des concepts issus des travaux très contestés d’Alfred Kinsey.
Deux jours avant la décision, le collectif Droit à l’EVARS lançait une campagne nationale baptisée « Sans filtre », destinée à rassurer les parents. On leur explique le programme, mais sans leur demander leur avis.
Aujourd’hui un parent qui conteste ces modalités ne dispose d’aucun moyen légal d’empêcher une séance, ni de savoir à l’avance qui s’adressera à son enfant sur des sujets aussi intimes. L’école demande la confiance des familles. Mais de quelle confiance parle-t-on ?