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L’Élysée a proposé le 5 mai Emmanuel Moulin, proche conseiller et ancien secrétaire général de la présidence, comme futur gouverneur de la Banque de France. Ce choix relance les critiques sur le placement de fidèles aux postes clés par Emmanuel Macron en fin de mandat.
Emmanuel Macron poursuit sa stratégie de nominations de proches aux grandes institutions de l’État. L’Élysée a officiellement proposé Emmanuel Moulin pour succéder à François Villeroy de Galhau à la tête de la Banque de France, dont le départ anticipé est prévu début juin.
Un haut fonctionnaire au parcours macronien
Âgé de 57 ans, cet énarque discret a gravi les échelons des finances publiques tout en multipliant les passages en cabinet. Ancien directeur général du Trésor, il a été successivement conseiller économique de Nicolas Sarkozy, directeur de cabinet de Bruno Le Maire, puis de Gabriel Attal à Matignon, avant de devenir secrétaire général de l’Élysée en 2025. « Il coche toutes les cases », assurent ses défenseurs au sein de la majorité, soulignant ses compétences techniques et son expérience européenne.
Sur les réseaux sociaux, les réactions ont été immédiates et souvent critiques. Emmanuel Macron continue de placer ses très proches aux postes clés de la République. « Après […] Amélie de Montchalin à la Cour des comptes, c’est au tour de son secrétaire général de l’Élysée, Emmanuel Moulin », a tweeté la journaliste Natacha Polony, dénonçant un mépris de « l’esprit des institutions ».
Emmanuel Macron continue de placer ses très proches aux postes clés de la République. Après la fidèle d’entre les fidèles Amélie de Montchalin à la Cour des comptes, c’est au tour de son secrétaire général de l’Elysée Emmanuel Moulin, qu’il envoie à la Banque de France, grâce à…
— Natacha Polony (@NPolony) May 6, 2026
L’opposition dénonce une atteinte à l’indépendance de l’institution.
Éric Coquerel (LFI), président de la commission des Finances de l’Assemblée, a annoncé son opposition ferme, estimant que le parcours récent de Moulin « garantit presque l’inverse » de l’indépendance requise.
🔴L’Élysée a confirmé sa volonté de nommer Emmanuel Moulin gouverneur de la Banque de France : je suis opposé à cette nomination. Je l’ai d’ailleurs déjà dit à l’intéressé.
La Banque de France est une institution dont l’un des piliers principaux est l’indépendance. Le parcours… pic.twitter.com/VxY9YtbUwr
— Eric Coquerel (@ericcoquerel) May 5, 2026
Du côté du Rassemblement national, Jean-Philippe Tanguy fustige sa responsabilité présumée dans l’aggravation de la dette publique.
Après avoir nommé à la Cour des comptes @AdeMontchalin, M. Macron veut verrouiller la Banque de France avec son âme damnée E. Moulin.
Ce triste sire est responsable du naufrage budgétaire avec une «erreur» de 60 milliards en 2023-24.
Le Parlement doit bloquer cette nomination. pic.twitter.com/FUl4DNaspn
— Jean-Philippe Tanguy Ⓜ️ (@JphTanguy) May 5, 2026
La nomination doit encore être validée par les commissions des Finances de l’Assemblée et du Sénat, qui disposent d’un droit de veto à la majorité des trois cinquièmes.
Des auditions publiques sont prévues. Si elle aboutit, Emmanuel Moulin pourrait rester en poste jusqu’en juin 2032, couvrant ainsi le prochain quinquennat. Pour la nomination de Richard Ferrand, un de ses proches également, à la tête du Conseil constitutionnel, Emmanuel Macron avait pu compter sur l’abstention du Rassemblement national à l’Assemblée nationale.
Le choix du nouveau président de la Banque de France s’inscrit dans une série de nominations controversées en fin de règne : Richard Ferrand au Conseil constitutionnel donc, mais aussi Amélie de Montchalin à la Cour des comptes ont déjà suscité de vives polémiques. À l’approche de 2027, Emmanuel Macron est accusé de verrouiller l’État en plaçant des fidèles aux leviers stratégiques.
Emmanuel Moulin, père de quatre enfants et marié à une chercheuse, est décrit comme un homme affable, rationnel et doté d’un vrai sens politique, acquis notamment auprès de Nicolas Sarkozy.
Ses soutiens mettent en avant son humour et son sang-froid dans les crises. Ses détracteurs y voient surtout un pur produit de la macronie, trop proche du pouvoir exécutif pour incarner pleinement l’indépendance de la Banque de France, acteur majeur de la politique monétaire, de la régulation et de la lutte contre le surendettement.