Le Qatar et l’hélium partagé de l’Iran dans le golfe Persique sont en danger, par Alfredo Jalife-Rahme


Les États-Unis, usant de leurs manigances byzantines classiques, proclament que leur guerre contre l’Iran « est terminée », tandis que l’ancien secrétaire à la Défense, Chuck Hagel, et l’ancien secrétaire adjoint à la Défense, Kurt Campbell, lors d’un débat sur la guerre Iran-Chine, sous la modération du politologue Robert Pape de l’Université de Chicago, plaident pour la « reconfiguration du pouvoir mondial » qui signifie un « tournant dans la position des États-Unis dans le monde [1] ».

Le blocus iranien du détroit d’Ormuz et le contre-blocus états-unien en périphérie — en particulier depuis la mer d’Arabie qui borde le golfe d’Oman — ont révélé le danger qui affecte plusieurs substances stratégiques telles que l’hélium. Un sujet peu discuté est le câblage sous-marin qui assure la liaison Internet entre les pays côtiers de la partie occidentale du golfe Persique, tels que les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, ce que j’ai exposé dans mon article « L’atout caché » comme une carte très prévisible de la part de l’Iran, et l’impact sur le numérique qui en découle [2].

Nous ne pouvons pas non plus ignorer la guerre des « points d’étranglement », comme ce qui se produit actuellement dans le détroit d’Ormuz, et qui menace de se déplacer vers le détroit de Bab al Mandeb (ce nom signifie la Porte des Larmes en arabe) et peut entraver la navigation depuis l’océan Indien/le golfe d’Aden/la mer Rouge/le canal de Suez/ jusqu’à la Méditerranée orientale [3].

Selon le controversé Ambrose Evans-Pritchard du journal monarchiste britannique The Telegraph, « la prochaine victime de la guerre du Golfe est déjà là, tant que le blocus du détroit d’Ormuz se poursuit : une pénurie de puces pourrait très bien être à l’horizon [4] ». Evans-Pritchard révèle une réalité : « le monde a perdu 40 % de son approvisionnement en hélium depuis le début de la guerre du Golfe, produit d’abord au Qatar, puis en Russie. »


Pour commencer, l’économie numérique mondiale met en danger la bulle de l’intelligence artificielle (IA) puisque « l’industrie ne peut pas fabriquer d’IA de pointe ou de puces semi-conductrices de moins de 10 nanomètres » sans la magie de l’hélium, ce qui affecte également les véhicules et les ordinateurs. Evans-Pritchard est fasciné par le « besoin d’hélium pour d’autres priorités importantes : énergie nucléaire, armement sophistiqué, aérospatiale, câbles à fibre optique, informatique quantique, chromatographie et machines pour l’imagerie par résonance magnétique. »

Evans-Pritchard souligne à juste titre qu’« il n’existe pas de substituts simples » puisque « l’hélium liquide est la substance la plus froide de la planète avec un point d’ébullition de -269 degrés Celsius. » Il explique que « le Qatar fournit normalement un tiers de l’hélium planétaire, comme sous-produit de la production de gaz naturel dans son immense champ du Nord. »

D’ailleurs, l’iranophobie congénitale de Evans-Pritchard le conduit à cacher le fait que l’Iran dispose de réserves importantes d’hélium dans le gigantesque champ de South Pars — le plus grand au monde — et qu’il a développé des capacités d’extraction optimales [5]. Il ne faut pas négliger le fait que l’Iran détient 17 % des réserves « prouvées » de gaz naturel. Malgré les sanctions délétères imposées par divers gouvernements américains, l’Iran est le troisième plus grand « producteur » de gaz naturel, derrière les États-Unis et la Russie.

À 11 jours de la visite historique de Trump en Chine, le South China Morning Post basé à Hong Kong pointe justement « l’interaction entre les puces, le pétrole et l’Iran », qui « a poussé les États-Unis à accroître la pression sur la Chine sur plusieurs fronts stratégiques » alors que les récentes mesures de Trump visent à entraver l’accès aux semi-conducteurs et aux petites raffineries de pétrole chinoises [6].

Combien d’atouts Trump pourra-t-il avoir en mains dans les 11 jours précédant sa visite à Pékin, qui est aussi résiliente que l’Iran ? Tout sourire, les Chinois viennent de donner deux pandas aux États-Unis afin d’apaiser les esprits.



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