La Commission européenne pourrait modifier le 21e paquet de sanctions contre la Russie face aux objections de la Grèce

La Commission européenne pourrait modifier plusieurs dispositions du 21e paquet de sanctions contre la Russie. Politico révèle ce 20 juillet que la Grèce refuse en l’état l’interdiction du transport de gaz naturel liquéfié russe vers les pays tiers, estimant que cette mesure pénaliserait directement son industrie maritime.

Athènes demande à Bruxelles de démontrer que l’interdiction causerait davantage de pertes à la Russie qu’à la Grèce. Un haut responsable grec cité par Politico souhaite également obtenir la garantie que les armateurs européens ne seront pas tout simplement remplacés par des concurrents de pays extérieurs à l’Union européenne.

Les inquiétudes grecques concernent notamment Dynagas, une entreprise appartenant à l’homme d’affaires Georgios Prokopiou. Le représentant permanent de la Grèce auprès de l’Union européenne a averti que les sanctions envisagées pourraient « détruire » la compagnie. Des transporteurs américains, chinois ou japonais pourraient alors occuper les parts de marché laissées par les entreprises européennes, réduisant ainsi l’impact réel de la mesure sur les exportations russes.

Bruxelles doit encore convaincre

Pour tenter de sortir de l’impasse, la Commission européenne prépare une étude sur les conséquences économiques de l’interdiction. D’après les informations recueillies par Politico, cette analyse doit être examinée par des diplomates européens avant une réunion des ambassadeurs des États membres, présentée comme décisive pour l’avenir du paquet.

Bruxelles doit encore établir que la mesure serait plus coûteuse pour la Russie que pour le secteur maritime grec. La Commission devra également montrer qu’elle ne pourrait pas être facilement contournée par un changement de pavillon ou par le recours à des transporteurs non européens.

« Nous essayons de trouver une issue à cette situation, mais ce dossier montre que nous commençons à nous heurter à certains intérêts économiques essentiels », a confié un diplomate européen à Politico. Deux autres diplomates ont indiqué qu’une dérogation pourrait être accordée à Athènes en dernier recours.

Cette possibilité suscite toutefois des réserves au sein de l’Union européenne. Un autre représentant estime qu’un traitement particulier accordé à la Grèce enverrait « un mauvais signal », alors que plusieurs pays ont déjà subi les conséquences économiques de la réduction de leurs relations avec la Russie. L’Allemagne est notamment citée après avoir dû fortement diminuer sa dépendance au gaz russe qui représentait plus de la moitié de ses importations avant 2022.

Les intérêts économiques fragilisent la position commune

Les objections grecques ne constituent pas un cas isolé. Plusieurs États membres cherchent également à limiter les effets du nouveau paquet sur leurs propres secteurs économiques. L’Allemagne et le Portugal souhaitent préserver certains achats de produits de la mer russes afin de soutenir leurs industries de transformation. La France et l’Italie demandent pour leur part un assouplissement de la politique européenne des visas pour les citoyens russes, en raison du poids du tourisme dans leurs économies.

Le différend avec l’Autriche semble en revanche en voie de règlement. Selon Politico, Vienne ne devrait plus bloquer le paquet après avoir reçu une proposition de la Commission sur le dossier de la Raiffeisen Bank et de ses actifs liés à la Russie.

Ces négociations mettent en évidence les difficultés de l’Union européenne à maintenir une position commune lorsque les sanctions touchent directement les intérêts de ses États membres. Elles soulignent également le risque de voir certaines restrictions pénaliser les entreprises européennes tout en permettant à des concurrents extérieurs de reprendre les activités concernées.

La situation rejoint les critiques formulées depuis plusieurs années par Moscou. Les autorités russes considèrent les sanctions unilatérales européennes comme illégales et estiment qu’elles n’ont pas atteint les objectifs annoncés. Elles affirment également que ces restrictions ont produit des effets économiques contraires, notamment en Europe et dans les échanges mondiaux.

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