Faut-il renoncer aux zoos et aux aquariums ?

Dans l’imaginaire collectif, une journée au zoo ou à l’aquarium représente la sortie familiale parfaite où les enfants peuvent s’émerveiller et découvrir la nature. Et pourtant, derrière ce tableau touchant se cache une réalité différente, celle d’un vivant en cage, privé de son environnement d’origine.

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Pas moins de 24 millions de personnes visitent les parcs zoologiques français chaque année. Il s’agit donc d’une habitude largement ancrée dans les mœurs. À plusieurs égards, ne faudrait-il pas pour autant remettre en cause ce modèle où la biodiversité n’est plus qu’un objet de consommation comme un autre ?

Des temples de la biodiversité, vraiment ?

Si l’on écoute les défenseurs de ces espaces, les zoos et les aquariums participeraient à la protection des animaux, à la sensibilisation du public et à la recherche scientifique. Plus loin, ils permettraient même la conservation des espèces par des programmes de reproduction ou de soin.

Malgré tout, face à ce discours, la réalité est plus limitée. D’abord, une grande partie des espèces détenues ne sont absolument pas menacées de disparition. En France, c’est le cas de deux tiers des bêtes dans les parcs. La logique première d’un zoo, dans son essence, est bien d’exhiber des créatures vivantes au regard des gens afin d’en tirer un bénéfice financier.

Certains animaux, tels les tigres, les pandas ou les éléphants, font d’ailleurs office de « stars » ; ils sont bien plus mis en avant que d’autres pour des raisons marketing. Utiliser la conservation comme argument pour justifier une activité basée sur l’exposition d’animaux a tout du greenwashing.

Une machine à billets

La réintroduction en milieu naturel est même relativement exceptionnelle en comparaison du nombre de bêtes en captivité. Ces rares réintroductions représentent plutôt une bonne excuse pour maintenir un business très lucratif (près de 400 millions d’euros par an en France), bien plus large. Le pourcentage des bénéfices octroyé à la conservation s’avère d’ailleurs dérisoire. Le zoo de Beauval, plus grand de France, n’y consacre, par exemple, que 1 % de son chiffre d’affaires.

Avant tout, les parcs demeurent des entreprises de loisirs dont le but reste de gagner beaucoup d’argent. Derrière les animaux, se cachent ainsi billetterie, restaurants, produits dérivés, boutique et animations.

Protéger les animaux sans les écosystèmes

En soi, vouloir protéger les animaux pourrait très bien être un objectif réel d’un parc de ce type. Toutefois, à quoi bon sauver un spécimen en cage si personne n’est capable de respecter et préserver son habitat naturel ?

Car la disparition des espèces est principalement due à la destruction des milieux, le dérèglement climatique ou encore l’exploitation industrielle. Et c’est bien l’humanité qui est directement responsable de cette sixième extinction de masse. Dans ce contexte, ce n’est pas déplacer quelques individus derrière une vitre, à l’abri des ravages de la civilisation, qui protégera nos écosystèmes.

Car si les animaux ont besoin d’être défendus, c’est bien pour maintenir un équilibre environnemental nécessaire à la survie de l’humanité. Recréer un milieu artificiel décorrélé de la nature ne fait donc pas reculer le problème.

Quand le vivant devient un spectacle

Si les zoos et les aquariums ne sont pas une réponse à nos problèmes environnementaux, il devient alors beaucoup plus compliqué de justifier leur existence d’un point de vue éthique. Pour de nombreux êtres vivants, les études démontrent sans peine que la captivité nuit au bien-être de l’animal.

Certains poissons, mammifères et autres oiseaux sont habitués dans la nature à occuper de très grandes surfaces, voire à migrer sur plusieurs milliers de kilomètres. Privés de cette jouissance, certains animaux subissent des modifications physiques et comportementales. Leur santé peut alors se détériorer à cause du stress, allant parfois jusqu’à une dégradation du cerveau. Des mouvements répétitifs, des balancements et même des automutilations ont pu être observés.

Le manque d’espace n’est d’ailleurs pas le seul problème de la vie en captivité, puisque ces animaux sont aussi dépossédés du milieu pour lequel ils sont génétiquement programmés. L’exploration, la recherche de nourriture, les choix libres de trajectoires, et des interactions sociales complexes sont autant de comportements pour lesquels leurs espèces ont évolué et dont ils sont privés.

Quel message véhicule-t-on aux enfants ?

Parmi les arguments favoris des partisans des parcs animaliers, il existe la dimension pédagogique. Approcher de près des animaux permettrait de sensibiliser à la nature et engendrerait une volonté de la défendre.

L’idée de comprendre et apprendre à respecter les animaux est parfaitement louable et souhaitable. Et pourtant, ce genre de structure transmet un clair signal contre-productif : il serait normal de retenir captifs des êtres vivants pour les observer.

L’être humain, maître du monde

Le message est aussi clairement anthropocentré. L’être humain n’est plus une espèce animale appartenant à un tout, mais une entité supérieure qui aurait tous les droits sur le reste du vivant.

Pour les enfants, les animaux ne sont plus alors des membres d’un écosystème complexe, mais bien des individus soumis à la volonté humaine, transformés en simples objets de divertissement. On va ainsi voir des animaux, comme on va à Disneyland. Certains parcs, comme le Pal, n’hésitent d’ailleurs même pas à mélanger zoo et manèges. Les animaux ne sont plus là que pour amuser et piquer la curiosité, mais ils demeurent dans une position d’infériorité.

Vers de nouveaux zoos ?

Bien conscients de la réalité de tous ces problèmes, plusieurs établissements tentent de rassurer les visiteurs en se prétendant plus modernes. Cette rhétorique du « changement » certifie que les espaces seraient plus adaptés, avec plus de normes de « bien être ».

Si certains centres font effectivement des efforts (autant pour la bonne publicité que pour répondre à ces enjeux), ils se heurteront toujours à des limites structurelles : un enclos restera un enclos et la captivité ne reproduira jamais les conditions de vie naturelles.

De fait, le problème n’est pas seulement la qualité des installations pour les animaux, mais bien le système de domination et d’exploitation imposé par l’être humain qui continue à se placer aux dessus des autres espèces.

D’autres moyens de pédagogie existent

À rebours des parcs, si l’on veut vraiment sensibiliser les jeunes générations, ne faudrait-il pas plutôt leur faire comprendre que la biodiversité représente un enjeu essentiel et que l’intelligence humaine ne lui confère pas tous les droits, mais au contraire, une grande responsabilité ?

Pour découvrir la faune, il existe des moyens beaucoup plus respectueux, comme les documentaires, les réserves naturelles, les sanctuaires, les sorties en milieu sauvage ou encore les associations de protection.

Rester à distances des spécimens exotiques en captivité, c’est aussi une bonne façon de rappeler que l’être humain n’a pas un privilège d’accès à tout et que les animaux vivent tous dans un habitat spécifique qu’il est indispensable de préserver. En ce sens, il est bien plus intéressant d’observer la faune locale, dans son habitat d’origine tout en apprenant à la comprendre et à la considérer.

Une nécessité de repenser le monde

En définitive, l’existence des parcs animaliers en dit long sur le rapport que l’être humain entretient avec l’environnement dans son ensemble. Et, si des sanctuaires destinés à soigner, sans but commercial, peuvent répondre à des cas d’urgence, il est surtout indispensable de garder à l’esprit que l’urgence va à la conservation des habitats naturels.

La meilleure façon d’interagir avec les animaux reste en effet de vivre en harmonie avec eux, en leur laissant l’espace de vivre, sans contrainte et sans intervention. Pour ce faire, il est primordial de ne plus les considérer comme des « bêtes curieuses », mais comme des membres à part entière d’un écosystème dont nous faisons également partie.

Simon Verdière


Photo de couverture : Parc Zoologique de Paris / WikimediaCommons

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