À l’heure où les épisodes de forte chaleur se multiplient, Toulouse Anti-Cruauté invite à élargir le regard aux animaux non-humains, eux aussi exposés aux conséquences des canicules. Dans cette tribune, l’association interroge les conditions qui les rendent vulnérables à la chaleur, mais aussi, plus largement, les formes d’exploitation et de mise à mort auxquelles ils sont soumis.
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On peut lire et entendre, ainsi que soi-même penser, que « la canicule tue ». La chaleur seule n’explique pas ces morts.
Au-delà d’un certain seuil de chaleur, une chose peut être endommagée par la dite chaleur. Avec du temps ou plus de chaleur, ça peut être fatal.
Mais le problème n’est pas la chaleur en soi, c’est d’y être exposé. Les choses inanimées et les plantes n’ont pas de prise sur leur environnement, elles ne peuvent que subir. Il en est autrement des animaux, et les humains en sont.
Quand il est dit que « la canicule tue » pour un ou des animaux, c’est très souvent en fait que celui-ci ou ceux-ci n’ont pas pu faire en sorte d’atténuer les effets de la chaleur environnementale. Dans les contextes fréquents qui nous intéressent ici, il y a eu empêchement, plus ou moins direct.
Par exemple, les travailleur·euses ne souffrent pas et ne meurent pas de la canicule. Ils et elles souffrent et meurent des conditions de travail qui leur sont imposées plus ou moins directement par l’encadrement ou la concurrence du marché. De même, nos aîné·es ne crèvent pas de la canicule, mais notamment du sous-financement chronique du système de santé et d’absence de lieux proches qui soient frais, ainsi que de de la faiblesse de certaines pensions.
Les radicaux iraient plus loin en affirmant que c’est avant tout causé par un système qui a cru et continue d’accroître la puissance et la fréquence des canicules. Cet angle n’est ici pas le nôtre.
Nous proposons d’ouvrir notre regard sur autre chose : les animaux non-humains sentients, ou zoo sentients. Comme les êtres humains, ils peuvent souffrir et ont donc un intérêt à ne pas se voir infliger de la souffrance, mais aussi à ne pas être tués contre leur gré. C’est pourquoi on dit qu’ils sont sentients. Pour les poules et les poulets, les vaches et les veaux, les cochons, les lapins, et d’autres animaux non humains, à peu près tout le monde reconnait la sentience, sans utiliser le mot.
Eux aussi se prennent la canicule. Certains sont sauvages et il est souvent plus difficile d’agir pour eux. D’autres sont domestiqués.
Bien que souvent enfermés, les animaux terrestres considérés comme compagnons, bénéficient en principe d’une certaine considération. Et c’est sans compter le nombre élevé d’abandons de ces derniers devenus ultra-dépendants des humains. Enfin, il y a ceux « dédiés » à l’alimentation, à l’habillement, aux cosmétiques, aux loisirs, etc.
Il est scientifiquement démontré depuis des décennies que nous n’avons pas besoin du moindre produit d’origine animale pour être en bonne santé à tous les âges de la vie, y compris pour les enfants, les femmes enceintes et les sportifs de haut niveau. Remplacer la viande, le poisson, les produits laitiers et les œufs, par des légumineuses : lentilles, haricots secs, pois secs, soja, notamment, ça coûte moins cher – les ersatz ne sont pas indispensables, tandis que la complémentation en vitamine B12 est peu coûteuse.
Nous savons qu’il existe des alternatives au cuir pour nos chaussures ou nos canapés. Nous savons que nous pouvons découvrir le vivant sans enfermer des zoo-sentients derrière des barreaux ou des vitres. Nous savons également que de nombreux cosmétiques peuvent être conçus sans produits d’origine zoo-sentiente ni expérimentation sur des zoo-sentients. Et ce ne sont là que quelques exemples.
Eux aussi crèvent de la chaleur que l’exploitation humaine leur fait subir. Mais canicule ou pas, il y a le plus souvent pour eux une mise à mort planifiée avant même la naissance, pour des produits et services dispensables. Nos « justifications » sont principalement la commodité et le plaisir. Le cas échéant, on consommerait des aliments animaux aussi peu que possible, en s’autorisant tout de même une marge de sécurité, aucune chaussure ne contiendrait du cuir ou tout autre produit d’origine zoosentiente, etc.
Souffrir et se faire tuer ne nous plait pas, il en est de même pour les zoosentients. Soyons justes : ne les exploitons pas, ne les tuons pas, et faisons en sorte d’en finir collectivement avec l’exploitation et la mise à mort volontaire des êtres sentients.
– Toulouse Anti-Cruauté
Photo de couverture : montage / Unsplash
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