Bagdad suffoque, par Rémi Guyot (Le Monde diplomatique, octobre 2026)


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Bagdad, janvier 2025

Il est 21 h 30 à l’hôpital public de Zafaraniyah, dans le sud-est de la capitale irakienne. On est loin des complexes modernes, des grandes enseignes et de la luminosité du centre-ville, situé à seulement une vingtaine de minutes en voiture. Pour ce quartier de plusieurs centaines de milliers de personnes, trois jeunes médecins, deux infirmières et trois pharmaciens sont chargés de tenir l’hôpital durant la nuit. Ils peuvent traiter jusqu’à cinq cents patients par jour. Au sein des urgences masculines, une salle exiguë, huit lits alignés, serrés les uns contre les autres. En face, M. Ali Z., 62 ans est placé sous assistance respiratoire. « Il a de plus en plus de mal à respirer, chuchote son fils. Il vient presque tous les mois, surtout l’été. Ici nous pouvons avoir de la Ventoline, et de l’oxygène, ça le calme. Mais, pour que sa situation s’améliore, il faut acheter des médicaments à la pharmacie, et cela coûte cher ».

Dans la rue ou à travers la vitre, il suffit de lever les yeux pour voir l’épais voile jaunâtre qui obscurcit l’horizon. Tôt le matin, une concentration de particules noires se dresse. On sent le soufre. M. Othman Kareem, 26 ans, fait partie de cette génération qui souhaite prendre la question environnementale à bras-le-corps. Il a cofondé le think tank Iraq Climate Change Center, participe à conseiller le gouvernement ainsi que le programme des Nations unies pour le développement (PNUD). « Il y a quelques semaines, un nuage noir est resté au-dessus de la ville durant quatre jours entiers. J’ai eu la chance de pouvoir partir à Erbil à ce moment, par crainte pour ma santé, mais ce n’est pas possible pour tout le monde », avoue l’ingénieur et expert en politique environnementale.

« Ce nuage était une concentration de ce que l’on respire quotidiennement à Bagdad. Un mélange de dioxyde de carbone et de soufre. Un cocktail qui provient de deux sources principales : le trafic routier et l’entreprise de raffinage (…)

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