Violences du 17 octobre : Berlin appelle ses ressortissants à la prudence, Laurent Nuñez admet “une perte de contrôle”


Deux jours après une journée de mobilisation contre la vie chère qui a dégénéré dans plusieurs grandes villes, l’Allemagne invite ses ressortissants présents en France à la vigilance. Place Beauvau, Laurent Nuñez reconnaît les défaillances du maintien de l’ordre. Il avait présenté dimanche sa démission à Emmanuel Macron, qui l’avait refusée.

Le ministère allemand des Affaires étrangères a appelé ses ressortissants se trouvant en France à la “prudence” après les violences survenues en marge des manifestations de samedi. L’avertissement vient du premier partenaire européen de Paris. Il ne passera pas inaperçu.

Samedi soir, le locataire de Beauvau attribuait encore l’essentiel des désordres à des groupes de casseurs, plusieurs centaines voire plusieurs milliers selon les endroits, agissant d’après lui “à l’instigation très claire de l’ultragauche”. Lundi, changement de ton. Le ministre de l’Intérieur reconnaît “une perte de contrôle” des forces de l’ordre dans “certaines grandes villes”. Dans la bouche d’un ancien préfet de police de Paris, la formule est rare.

Entre les deux, il y a eu dimanche. Ce jour-là, Laurent Nuñez a remis sa démission au chef de l’État. Refusée. L’Élysée invoque “la nécessité d’un commandement continu des forces de l’ordre”, et Emmanuel Macron admet dans la foulée des failles d’anticipation et de renseignement, tout en réclamant de nouveaux modes d’action contre les casseurs. On ne change pas de commandant en pleine tempête, le raisonnement se tient. Il a un prix. En gardant un ministre qui a lui-même proposé de partir, l’Élysée attache son sort à celui de Beauvau. Dimanche, plusieurs voix de l’opposition, l’extrême droite en tête, réclamaient déjà sa tête. Laurent Nuñez est en poste depuis un an, presque jour pour jour.

La journée du 17 octobre avait pourtant rassemblé une foule considérable, 550 000 personnes selon le ministère, 800 000 selon les organisateurs. Un attelage disparate où l’on croisait gilets jaunes, lycéens, étudiants, salariés, militants du climat et antifascistes. Le soir venu, de Paris à Marseille, les rues offraient un tout autre visage. Vitrines brisées, magasins pillés, voitures en feu, bâtiments officiels pris pour cibles. À Paris, un incendie s’est déclaré boulevard Haussmann. La mairie de Lille a été brièvement envahie puis dégradée, le centre de Bordeaux a basculé dans le chaos, et le maire de Limoges a confié ne pas trouver de mots pour condamner ce qu’avait subi sa ville.

Selon France 24, environ 1 200 interpellations ont été recensées sur l’ensemble du territoire, alors que l’on comptait déjà 7 950 gardes à vue au 14 octobre depuis le début de la contestation lycéenne.

Emmanuel Macron a promis que les auteurs des casses et des pillages seraient poursuivis et sanctionnés, avant de s’adresser aux Français dimanche à 20 heures. Le Premier ministre Sébastien Lecornu, lui, dénonçait une violence d’une extrême intensité et présidait dès samedi soir une cellule interministérielle de crise. Il a aussi croisé le fer avec Jean-Luc Mélenchon, que le ministre de l’Intérieur avait lui-même pris pour cible. Marine Le Pen, de son côté, dénonçait “une prise d’otage par l’extrême gauche”.

La CGT revendique 1 750 rassemblements dans le pays, la mobilisation la plus importante depuis la rentrée selon elle. Elle exhorte l’exécutif à cesser la répression pour répondre aux revendications sociales et appelle à une grande journée intersyndicale de grève le 5 novembre.

L’aveu de Laurent Nuñez pèsera dans les jours qui viennent, le refus présidentiel aussi.





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