Sur Vinted, des vêtements importés d’Asie se revendent sous couvert de seconde main


Des vêtements d’occasion expédiés à travers plusieurs continents, des articles Shein revendus plus cher et des vendeurs qui se professionnalisent discrètement. Sur Vinted, un commerce d’achat-revente prospère derrière l’image de la seconde main écologique et au grand dam des consommateurs.

Une enquête de Reporterre dévoile les circuits commerciaux qui alimentent une partie des annonces publiées sur Vinted. Certains utilisateurs achètent des vêtements d’occasion par dizaines, voire par milliers, auprès de grossistes spécialisés avant de les revendre individuellement avec une marge. Sur les réseaux sociaux, des influenceurs enseignent même les techniques permettant de transformer cette activité en véritable entreprise.

Le phénomène s’appuie notamment sur des fournisseurs installés en Asie. Au Pakistan, en Inde ou aux Émirats arabes unis, des vêtements collectés dans les pays occidentaux sont expédiés pour être triés à moindre coût. Certains retournent ensuite en Europe pour être revendus. Un habit donné en France peut ainsi parcourir deux fois 8 000 kilomètres avant de retrouver un acheteur français.

À Lille, un entrepreneur de 22 ans explique importer des conteneurs d’environ 25 000 pièces. Il propose notamment des jeans à 6 euros que ses clients peuvent revendre 15 euros sur Vinted. D’autres plateformes spécialisées permettent aux apprentis commerçants de se lancer avec de petits lots, comme 22 t-shirts Nike proposés à 91 euros.

Plus problématique encore, certains revendeurs achètent des vêtements neufs sur Shein ou Temu pour les proposer à un prix supérieur sous une apparence « vintage ». Des photographies générées par intelligence artificielle peuvent servir à masquer leur provenance. Les acheteurs peinent alors à distinguer les véritables articles d’occasion des produits d’ultra-fast-fashion.

Pourtant, en théorie, les règles commerciales de Vinted autorisent les professionnels enregistrés à vendre des articles d’occasion, mais interdisent aux comptes particuliers d’exercer une activité commerciale. Elles proscrivent également les présentations trompeuses sur l’origine ou l’état des produits. Les contrevenants risquent la suspension de leur compte, même si certains contournent les contrôles en multipliant les profils.





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