Stellantis met à l’arrêt quatre de ses cinq usines françaises, dont Sochaux et Rennes, pénalisées par la pénurie de batteries produites par ACC. Le fabricant, co-détenu par Stellantis, TotalEnergies et Mercedes-Benz, peine toujours à monter en cadence, trois ans après l’inauguration de sa gigafactory de Douvrin.
Créée en 2020 par Stellantis et TotalEnergies, avant que Mercedes-Benz ne rejoigne l’actionnariat, ACC (Automotive Cells Company) devait devenir l’un des principaux fabricants européens de batteries lithium-ion pour véhicules électriques, au moment où de nombreux fleurons émergeaient dans plusieurs pays sur le Vieux Continent. Sa première gigafactory, implantée à Billy-Berclau et Douvrin, dans le Pas-de-Calais, a été inaugurée en mai 2023.
L’activité à Sochaux et Rennes à plat
Le site des Hauts-de-France devait alors produire ses premières cellules avant la fin de 2023, avec une capacité initiale de plus de 13 gigawattheures (GWh), devant atteindre 40 GWh à l’horizon 2030. ACC visait une montée en puissance complète de cette première usine dès la fin 2024. L’entreprise prévoyait également deux autres gigafactories en Europe, en Allemagne et en Italie. À terme, ces trois sites devaient lui permettre d’atteindre une capacité cumulée de 120 GWh et de produire 2,5 millions de batteries par an en 2030.
C’était, du moins, l’ambition affichée en mai 2023, à son inauguration. Ce calendrier s’est enrayé à peine quelques mois plus tard, dès 2024. La croissance du marché européen du véhicule électrique avait nettement ralenti, sous l’effet notamment de taux d’intérêt élevés et de la réduction des aides publiques, peinant à convaincre les automobilistes d’abandonner l’hybride ou l’essence pour se tourner entièrement vers l’électrique. L’été de la même année, ACC a abandonné ses projets d’usines allemande et italienne, exprimant une volonté d’ajuster ses investissements “au rythme réel des ventes” de véhicules électriques.
La gigafactory française, elle, est restée en activité, mais sa montée en cadence s’est révélée plus lente que prévu. Entre fin 2023 et début 2024, ACC y avait livré ses premiers packs de batteries pour équiper la Peugeot e-3008, sans parvenir ensuite à atteindre rapidement les volumes initialement annoncés. La complexité des procédés de fabrication de cellules lithium-ion, la dépendance à la Chine, tant pour certains matériaux rares que pour les compétences techniques et les équipements nécessaires à la production, ralentissent le fabricant de batteries.
Début 2026, la société change de directeur général et Yann Vincent cède sa place à Allan Swan, ex-dirigeant de Panasonic, chargé d’accélérer la cadence. Mais la société codétenue par TotalEnergies, Mercedes-Benz et Stellantis pèse toujours sur l’activité et oblige à arrêter temporairement des usines en France. Sur cinq dans l’Hexagone, quatre s’arrêtent, à savoir Sochaux, Rennes et Poissy pendant une semaine, et Mulhouse pendant deux semaines, a-t-on annoncé cette semaine.
À Sochaux et Rennes, où sont assemblés les SUV électriques Peugeot e-3008 et e-5008 ainsi que Citroën ë-C5 Aircross, les usines font face à une pénurie de batteries produites par ACC, qui ne parvient toujours pas à atteindre la capacité de 10 000 batteries par mois, maintenant que la demande de véhicules électriques semble connaître un certain regain, en raison de la flambée des prix des carburants suite aux conflits au Moyen-Orient, notamment en Iran.
8 400 salariés concernés
À Poissy et Mulhouse, le problème n’est pas lié à ACC. Les deux usines tournent déjà au ralenti depuis plusieurs mois. Le constructeur préfère privilégier ses résultats financiers, avec une “gestion fine des stocks” qui consiste à réduire la cadence afin de ne pas accumuler des invendus. À Poissy, rappelle-t-on, la production automobile doit prendre fin en 2027 au profit d’une activité de recyclage de pièces.
Au total, environ 8 400 salariés sont touchés, c’est-à-dire près d’un cinquième des effectifs français du groupe. Ils ne percevront que 84% de leur salaire tandis que 1 900 intérimaires seront placés au chômage technique.
Les difficultés d’ACC rappellent celles de plusieurs fleurons européens de la batterie. Au Royaume-Uni, Britishvolt s’est placé en redressement judiciaire début 2023, faute notamment d’avoir sécurisé son financement. En Suède, Northvolt, longtemps présenté comme le champion européen du secteur, a déposé le bilan en mars 2025, après des retards de production, des coûts en hausse et un repli de la demande.
Certes, ACC bénéficie d’un coussin financier confortable, étant adossée à Stellantis, TotalEnergies et Mercedes-Benz. La société a toutefois commis, à l’image de ses homologues, le même excès de confiance. En allant vite en besogne pour suivre des objectifs d’électrification fixés par les législateurs locaux ou européens, le groupe a bâti son développement sur une croissance du véhicule électrique largement surestimée, au détriment des besoins réels du marché et, surtout, des automobilistes.