Les réseaux sociaux, les applications de rencontre et les intelligences artificielles conversationnelles prospèrent sur un même phénomène : la solitude. Dans une étude publiée par la Fondation Jean-Jaurès, l’essayiste Paul Klotz dénonce un modèle économique qui exploite l’isolement des individus et contribue à l’entretenir.
Dans un entretien accordé à Ouest-France, publié le 23 octobre, Paul Klotz, haut fonctionnaire et expert associé à la Fondation Jean-Jaurès, expose sa théorie du « capitalisme de la solitude ». Les grandes plateformes numériques auraient désormais un intérêt économique à exploiter l’isolement social, quitte à renforcer le phénomène dont elles tirent leurs revenus.
Dans une étude publiée le 26 août par la Fondation Jean-Jaurès, l’essayiste décrit un mécanisme particulièrement lucratif. Les plateformes cherchent à maximiser le temps passé par chaque utilisateur devant son écran, et plus celui-ci consulte de contenus, plus il génère de données personnelles et d’occasions de lui présenter des publicités. Les algorithmes sont donc conçus pour retenir son attention aussi longtemps que possible.
Mécaniquement, le temps consacré aux écrans réduit celui disponible pour les interactions sociales physiques. Un individu qui se replie davantage sur les usages numériques devient plus dépendant des mêmes services qui captent son attention. La solitude alimente ainsi un cercle économique dans lequel l’isolement favorise la consommation numérique, susceptible à son tour d’accentuer l’isolement.
Paul Klotz prolonge son raisonnement en évoquant les applications de rencontre, les services de recherche d’amitié et les compagnons virtuels fondés sur l’intelligence artificielle. Ces outils promettent de répondre au besoin de relation humaine, parfois au moyen d’abonnements payants. Les IA conversationnelles franchissent une étape supplémentaire en proposant des échanges personnalisés, permanents et potentiellement propices à l’attachement affectif.
L’essayiste alerte également sur les conséquences collectives de cette évolution. L’affaiblissement des relations sociales peut peser sur la santé mentale, les capacités d’attention et la cohésion démocratique. Il estime que l’isolement peut rendre les individus plus vulnérables aux discours simplificateurs et autoritaires.