A propos de l’Obama Presidential Center, par Thomas Frank (Le Monde diplomatique, octobre 2026)


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Conor Harrington. – « The Blind Patriot » (Le patriote aveugle), 2017

© Conor Harrington – photographie MK Bruix

Aux États-Unis, la construction des bibliothèques présidentielles modernes obéit à deux grands principes. Le premier, esthétique, est de rivaliser de splendeur avec ses devancières. De l’immense bâtisse à angles droits de M. George W. Bush, à Dallas (Texas), au rectangle de verre surélevé de M. William Clinton à Little Rock, dans l’Arkansas, chaque nouvelle réalisation est tenue de surpasser les précédentes en coût, en majesté et en prouesse architecturale. Le second principe, presque aussi important, est que la fonction ostentatoire prend désormais le pas sur la fonction pédagogique. Théoriquement, ces institutions semi-publiques ont pour mission d’organiser les archives de l’exécutif et de les ouvrir aux chercheurs. Dans les faits, elles ressemblent de plus en plus à des pseudo-mémoriaux de Lincoln conçus par les pseudo-Lincoln eux-mêmes. Toutes incluent un musée sur les années passées à la Maison Blanche par l’intéressé et proposent une version de l’histoire que seuls peuvent valider ses partisans les plus dévoués.

Sans surprise, l’Obama Presidential Center, inauguré en juin dernier à Chicago, va plus loin encore que ses prédécesseurs (et sera probablement dépassé à son tour par la structure que M. Donald Trump prévoit d’édifier à Miami). Avec une facture à 850 millions de dollars, il a coûté environ le double de la bibliothèque de M. Bush, près de trois fois celle de M. Clinton et plus de quarante fois celle de Harry S. Truman — un modeste bâtiment de plain-pied achevé en 1957. Sa tour de soixante-neuf mètres, un bloc sculpté dans le granit, se dresse au milieu d’un superbe parc paysager qui fut le site de l’Exposition universelle de 1893. Au sommet, ciselé en lettres de béton de part et d’autre d’une des arêtes, un extrait du discours prononcé par M. Barack Obama en 2015 pour le cinquantième anniversaire de la marche de Selma. Pas une ou deux phrases mémorables, non — un paragraphe entier de dix-neuf lignes aussi haut qu’un immeuble de (…)

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Thomas Frank

Journaliste, auteur de The Creativity Con. How Innovation Became America’s Biggest Racket, Penguin Press, New York, à paraître le 20 octobre 2026. Une version de cet article a paru dans Harper’s, New York, septembre 2026.



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